Hypnose Therapie Breve

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Hypnose Thérapeutique, Médicale, Ericksonienne, Thérapies Brèves Orientées Solution, EMDR, IMO sur Paris, Marseille. L'avis de professionnels de santé
Mis à jour : il y a 7 heures 43 min

Trouble du comportement à l’adolescence. Arnaud Zeman.

lundi 24 septembre 2018 - 10:11
Mon activité de psychologue se déroule
au quotidien dans un ITEP, un Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique pour des adolescents en grande difficulté avec ce qui relève du scolaire et ayant ce que l’on appelle
« des troubles du comportement ». Les troubles du comportement sont tous les actes que font ces jeunes qui ne sont pas attendus d’eux et, par conséquent, troublent l’ordre public et rendent difficiles les processus de socialisation, ainsi que les processus relationnels. Cela va de la provocation de collégien en classe aux actes délinquants, en passant par les insultes, les menaces, les actes de transgression, etc. Autrement dit, ce sont des jeunes qui ont des relations aux autres perturbées et perturbantes. Travailler avec des adolescents qui présentent ce genre de troubles signifie travailler sur la relation. L’attention dans ce texte sera portée sur les implications des dissonances relationnelles, voire de conflits ouverts, entre parents et enfants et notamment sur les difficultés de construction chez ces adolescents d’une autonomie relationnelle.

Tout d’abord, une présentation sera faite du contexte d’apparition des troubles du comportement chez l’adolescent et les processus relationnels dans lesquels parents et enfants se situent. Ensuite, des pistes d’explication ainsi que des conséquences qu’un tel processus génère. Enfin, la démarche thérapeutique sera présentée en se concentrant sur la question de l’alliance avec les adolescents, sur l’approche solutionniste et sur le travail avec l’hypnose.
Les questions sont les suivantes :

• Quels sont les processus dans lesquels ces jeunes sont pris ?

• Du fait de leurs modalités relationnelles, dans quelles impasses entrent-ils ?

• Quelles sont les possibilités de dégagement qui s’offrent à eux ?
• Quelles thérapies pour ces adolescents ?

1- CONTEXTE. Rapport de force entre parents et adolescents L’adolescence est une étape qui peut s’avérer difficile, voire douloureuse, dans ce passage de l’âge de l’enfance à celui de l’âge adulte. L’enfant se caractérise par un besoin de protection lié à une dépendance vis-à-vis des parents, celle de l’âge adulte par la capacité à l’indépendance, à exercer des choix en responsabilité. L’adolescent, on le sait, est pris dans un double mouvement, celui d’une demande de protection associée à une demande d’indépendance. Cette double demande parasite les échanges entre adolescents et parents et sont la source de conflits.
Lorsque l’enfant présente des troubles du comportement, ce contexte conflictuel va se muer en un rapport de force. Celui-ci se situe sur le registre de la rhétorique guerrière : il s’organise en deux camps séparés et opposés, avec la recherche réciproque d’un gagnant et d’un perdant. C’est la lutte et l’escalade réciproques. Le parent va vouloir obtenir par différents moyens (y compris des moyens coercitifs) le comportement attendu de l’enfant. L’enfant, de son côté, bien en difficulté pour satisfaire cette demande du parent, va perdre une partie de la confiance qu’il accordait à son parent. Des deux côtés, la confiance va s’émousser, s’étioler, se désagréger, jusqu’à laisser place à la méfiance. D’une confiance mutuelle nécessaire au développement de l’enfant, la relation parent-enfant va passer à une méfiance mutuelle. Les propos et les actes de l’enfant vont être perçus et compris par le parent comme constituant des intentions agressives envers lui. En retour, les messages du parent vont être perçus d’une manière identique par l’enfant. Parents et enfants ne perçoivent alors plus l’intention positive portée par les actions et les propos de l’autre. Ils entrent dans un processus rivalitaire.
L’adolescent va se tourner vers des pairs, des jeunes qui se trouvent dans le même monde que lui, qui partagent les mêmes expériences, et qui en tirent (parfois intuitivement) les mêmes constats et les mêmes bénéfices. Ils vivent dans le même monde, dans le même système, et ils se comprennent, ils se rassurent, en se disant qu’ils ne sont pas seuls et incompris. L’adolescent partage avec eux la même vision du monde, il a les mêmes goûts (en nourriture, en musique, en jeux vidéo), les mêmes codes vestimentaires, le même langage, le même rythme de vie, etc. Il se sent également accepté pour ce qu’il est. Il se sent compris et valorisé dans ses choix et ses actions, même quand ces actions sont celles que son parent réprouve.
En réponse, les parents vont mettre en place un discours et un com- portement. Cela se traduit par des énoncés du type : « cesse d’avoir de mauvaises fréquentations », « arrête de faire des bêtises », « change de comportement », « les jeunes n’ont plus de respect », etc. Cette rhétorique du droit chemin va se mettre en place, soutenue généralement par les amis proches ou par d’autres parents, logique discursive qui se verra donc validée socialement.
L’adolescent a toute fois besoin d’un parent pour les outenir et pour l’aider à se construire. Il a besoin d’un tiers pour être validé dans ses actions et engager une nouvelle action. Le parent constitue ce tiers en position d’autorité qui permet que l’action de l’enfant soit validée. Cette validation confirme l’action, comme s’il disait « c’est OK, tu peux continuer ». A l’inverse, lorsque l’enfant n’est pas validé, il se trouve dans l’attente d’une validation de son action, il va hésiter, il va buter, et il se retrouve bloqué.
2 - Retrouver sa liberté et construire son autonomie Dans un tel contexte, l’adolescent ne parvient pas à se construire, à se repérer dans ses choix et dans ses actions. Il perd alors en liberté et en autonomie. Autrement dit, il a du mal à percevoir le sens de ses actions tant il se perd dans cette version réductrice construite dans l’interaction avec son parent, celle de l’adolescent dont le comportement est inadapté et ne répond en rien aux attentes des parents et aux attentes sociales.

Dans un tel contexte, comment peut-il retrouver sa liberté, comment peut-il à nouveau redevenir maître et possesseur de ses actions et se les réapproprier ?

Une voie possible s’offre à l’adolescent : l’acte transgressif en lien avec ses copains, ceux qui lui ressemblent. Lorsqu’il effectue un acte transgressif, lorsqu’il fume, qu’il pénètre dans un lieu privé par infraction ou qu’il vole quelque chose, il est avec ses pairs, avec ses copains. Il agit comme ses copains et ils agissent comme lui. Il se sent alors en lien avec eux et il retrouve la reconnaissance qu’il cherchait et qui lui manquait. Autrement dit, il se réassocie par l’action dans sa relation à ses pairs. En effet, il trouve à travers les actes transgressifs la complicité dans le regard de ses copains. Il se sent validé dans ses actions et dans son identité : il est reconnu, apprécié et accepté. Dans la transgression de l’adolescent, quelque chose se forme d’une liberté en lien, il rencontre une certaine forme d’autonomie relationnelle qui faisait défaut. Il fait l’expérience que ses copains acceptent et comprennent son action puisqu’ils se comportent de la même manière. L’adolescent découvre alors un contexte dans lequel il se sent à nouveau libre dans ses actions et en relation avec autrui.

3 - Approches thérapeutiques L’enjeu thérapeutique est de remettre l’adolescent en relation avec son expérience et avec son parent. Autrement dit, qu’il puisse vivre le moment de transgression comme un moment où il se sent en lien avec ses copains et par extension des moments où il se sent libre. Si le thérapeute parvient à mettre l’ado en lien avec l’intention positive sous-tendue par son action, c’est-à-dire en lien avec autrui, il pourra parallèlement plus facilement accéder à l’intention positive portée par les actions et les propos de son ou ses parents.

Cette approche n’a pas pour objectif de valider la transgression, de l’excuser ou de déresponsabiliser l’adolescent, mais au contraire de le rendre pleinement conscient et responsable de son acte, dont il est pleinement auteur et dans lequel il se réalise. Cette tentative est paradoxale, ou plutôt à 180 degrés de la position des parents.

Nous allons définir trois étapes afin de travailler sur les difficultés de l’adolescent. Bien entendu, ceci ne constitue pas un protocole mais plutôt des pistes ou des points de repère afin de travailler la problématique adolescente de rupture avec les parents.
Etape 1 - Identification du problème L’utilité et le pragmatisme. Dans le travail avec les adolescents, les questions seront du genre solutionniste, en insistant sur les détails relationnels avec ses camarades.

Les questions à cette étape sont :

• Qu’est-ce qu’on peut faire ensemble, toi un adolescent
et moi un psychologue ? Concrètement ça ressemblera à quoi ?
• A quoi ça va servir de se voir ? A quoi tu sauras que nos rencontres sont utiles ?

• Comment espères-tu que je puisse t’aider ?
ARNAUD ZEMAN
Psychologue clinicien en libéral. Hypnothérapeute. Formateur en hypnose ericksonienne à l’AREPTA. Psychologue en ITEP (Institut Thérapeutique, Educatif et Pédagogique).
Commandez ce numéro Hors-Série n°11 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: « La relation thérapeutique » Lorsque la Version papier de ce numéro sera épuisée, la version PDF sera fournie à la place

Hors série n°11 de la revue Hypnose & Thérapies brèves. Mars 2017.
C'est un numéro double de 196 pages.
Thème : « La relation thérapeutique »


- Éditorial : La relation thérapeutique. S. Cohen
- Éditorial : La relation au coeur de l’hypnose. J. Betbèze
- L’alliance thérapeutique. M. Arnaud
- Enseigner la relation thérapeutique. A. Bioy
- Le thérapeute ? Un guide qui ne devance pas. J.-M. Benhaiem
- Autonomie relationnelle. J. Betbèze
- Avec le patient douloureux chronique. De la formation à la pratique. J. Nizard
- En salle de naissance. B. Bobenrieth
- Monde psychotraumatique. E. Bardot
- La relation thérapeutique. M. Picard Destelan et L. Fodorean
- Comment faire vivre un paranoïaque ? E. Malphettes
- Positionnement, et alliance... thérapeutiques. W. Martineau
- Rapport, alliance et changement : « l’Homonoia ». A. Vallée
- Une semaine aux urgences psychiatriques. V. Lagrée
- Retour à l’essentiel. G. Ostermann
- En Thérapie Systémique Brève. Y. Doutrelugne
- Un truc incroyable... Conversation en thérapie narrative. C. Besnard-Péron
- Retour aux bases. De l’infiniment petit à l’infiniment grand. P. Aïm et L. Gross
- Trouble du comportement à l’adolescence. A. Zeman

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Sophie TOURNOUËR
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Psychologue.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargée de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille
Rédactrice web sur l'Hypnose et Thérapies Brèves.
...En savoir plus sur cette rédactrice


Un truc incroyable... Conversation en thérapie narrative

samedi 22 septembre 2018 - 12:13
Confortablement installés dans les fauteuils du cabinet, ce sont sous ces auspices légers que s’amorce la séance de thérapie de Bruno, un jour de décembre. Ce qui s’annonce comme une banale conversation de « filles », va, comme beaucoup de conversations en thérapie narrative, s’avérer être une conversation qui fera une « différence ».
« Il m’est arrivé un truc incroyable cette semaine. J’ai enfin trouvé une marque de peintures où les vendeurs sont agréables, où l’on peut poser des tas de questions que l’on ne peut poser ailleurs sans que l’on vous fasse sentir que vous êtes un gars pénible, tatillon et obsessionnel.

- Ah bon ? Ça m’intéresse beaucoup ce que vous avez découvert… Racontez-moi ça…
- Eh bien, je suis allé avec ma sœur dans un magasin que je ne connaissais pas. D’ailleurs je vous recommande cette marque parce que la qualité est véritablement au rendez-vous…
- Je vous crois, Bruno, toutefois, dites m’en plus sur ce truc incroyable que vous avez vécu cette semaine. En quoi est-ce incroyable ?
- Vous savez sans doute, nous en avons déjà parlé, que la perspective d’aller dans les magasins est une torture pour moi. Que je finis par n’acheter que sur Internet, tellement cela devient maltraitant pour moi de percevoir l’agacement des vendeurs lorsque je pose des questions, ou bien même de voir que malgré tout le soin que je prends à expliquer ce que je cherche, ils ne prennent pas la peine d’écouter, et me proposent des choses qui n’ont rien à voir avec ce que j’ai demandé…

Pire, en ignorant totalement en quoi ma demande peut être bien fondée, comme si j’étais un chieur qui ferait mieux d’aller voir ailleurs…Eh bien j’ai enfin vécu tout autre chose en allant dans cet endroit… C’est ma sœur qui a insisté pour y aller avec moi, car elle était persuadée que là bas, enfin, je pourrais trouver une réponse à mon problème de couleurs de murs. Dix ans qu’elle sait que je galère avec cette décoration, que tout le monde (enfin… les quelques personnes qui m’entourent familialement et amicalement) me somme de résoudre parce que, ça va bien, à un moment il faut se décider… On m’a dit que je procrastinais, que je ne finissais rien… mais je sais bien, moi, quel est le problème… Ce n’est pas que je ne finis rien, c’est que je ne peux finir quand je n’ai pas trouvé ce qui convient parfaitement à ce que je recherche, tout en ne sachant pas comment faire pour y arriver… C’est bien pour cela que je pense que les vendeurs devraient proposer une différence avec le logiciel d’achat en ligne… Mais non, on dirait qu’ils sont totalement à côté de ce qui devrait être leur préoccupation en tant que personnes donnant des conseils…

- Peut-être que compte tenu de votre haut niveau de sensibilité, vous prêtez attention à des détails qu’ils ne perçoivent même pas ? Et par conséquent ils ne peuvent y répondre ?
- J’avoue que, peut-être, je prends en compte trop de paramètres pour et selon les autres, mais pour moi, c’est important. Et personne pour me soutenir sur le fait que oui, les couleurs qui semblent proches entre elles sont en fait très différentes et que moi je perçois ces différences et que non, elles ne génèrent pas le même effet, en fonction des différentes heures de la journée et de la couleur de la lumière qui arrive sur les murs. Et aussi que les couleurs interagissent entre elles et que cela rajoute un degré de complexité dans le choix, et que comme c’est petit chez moi, c’est très important d’avoir des couleurs qui se marient bien entre elles avec un effet apaisant sur celui qui y vit. Vous comprenez ce que je veux dire ?
- Oui, il me semble.

En fait dans ce cas précis, ce que relate Bruno est totalement en accord avec l’expérience que j’ai à titre personnel, en lien avec les couleurs et la peinture, avec ces prises de tête à n’en plus finir parce que je perçois des différences très fines des couleurs qui échappent à beaucoup d’autres apparemment ou qui ne semblent pas les affecter au moment du choix. Je pourrais me contenter d’abonder dans le sens de Bruno, en lui disant que oui, je comprends tout à fait, mais ce serait me couper d’une formidable occasion de trouver en dehors de l’espace thérapeutique une expérience relationnelle qui fasse une réelle différence pour lui. Je décide donc de continuer l’exploration de cette « expérience de vie ».

« Oui, il me semble que je comprends que c’est difficile pour vous de trouver ce que vous recherchez, compte tenu de la subtilité qui vous est chère… Mais si vous permettez que j’y revienne : vous ne m’avez pas encore raconté l’événement incroyable que vous avez vécu la semaine passée. Que s’est-il passé dans ce magasin dans lequel vous avez pris la peine de vous déplacer…

- Je ne connaissais pas cette enseigne, aussi j’y suis allé pour faire plaisir à ma sœur… et j’ai commencé à regarder autour de moi et j’ai vu des nuanciers de tailles géantes, sur des planches que l’on pouvait bouger, mettre à côté les unes des autres… Les couleurs étaient fantastiques, profondes, lumineuses. J’ai pu manipuler les planches, les mettre les unes à côté des autres, les baies vitrées de la boutique permettaient de voir différentes expositions… et surtout il n’y avait pas de radio qui hurlait dans les haut-parleurs, ça devenait donc possible de prendre son temps, et même des heures à regarder, juxtaposer, se reculer, regarder, déplacer à nouveau, reculer, comparer, apprécier toutes ces interactions entre couleurs, finitions, lumières… »

J’observe le visage de Bruno, il est lumineux, lui aussi. Sa voix décrit ce qui se déroule là sous ses yeux encore brillants, de tout ce spectacle qui reprend vie au fil de ses descriptions, de plus en plus précises… Il me semble alors qu’il n’est pas à l’apogée de son plaisir. Je vois bien à l’animation qui traverse son visage qu’il va me décrire quelque chose d’exceptionnel, tout à la transe dans laquelle il s’est plongé à la remémoration de ce souvenir. Il n’hésite pas à faire monter le suspense, conquis sans doute par cette idée dont il se moque parfois, qu’une bonne histoire se raconte lentement, et avec moults détails. C’est précisément cet état d’esprit, ré-associé à l’expérience que je recherche dans ces conversations où chaque détail de l’histoire, chaque précision donnée, aussi anodine soit-elle, peut receler un passage vers un autre histoire. Celle d’une autre expérience, en lien avec une autre thématique. S’il me semblait que le meilleur était à venir, je commençais à me dire qu’il manquait des personnes dans cette histoire de fusions de couleurs…

- « Dites-moi Bruno, vous êtes resté combien de temps dans cette boutique ?
- Je ne sais plus, à peu près deux heures trente… Au bout d’un moment une vendeuse s’est dirigée jusqu’à moi, je l’ai vue arriver avec ombrage car je n’avais pas envie d’être dérangé… Et là, a commencé la plus étrange conversation que je n’aurais jamais cru pouvoir avoir avec une vendeuse… Elle m’a demandé si j’avais un projet à étudier et si elle pouvait m’aider… J’ai pensé dire non, et puis je me suis ravisé.

- Ah, et pourquoi donc ?
- Parce que je me suis dit que c’était déjà exceptionnel d’avoir passé le temps de cette façon inhabituelle dans ce magasin et que peut-être la vendeuse serait aussi… exceptionnelle !
- Qu’est-ce qu’une vendeuse exceptionnelle pour vous, Bruno ?
- Celle-ci m’a écouté, elle n’a pas poussé de discret soupir lorsque j’ai commencé mes longues explications, elle m’a regardé dans les yeux et elle m’a posé des questions qui m’ont surpris. Des questions qui me montraient qu’elle suivait. Qu’elle n’était pas soûlée par mes réponses. Mieux, elle a semblé comprendre ce que je disais sur l’influence des couleurs, elle n’a pas tenté de me faire voir autrement ce que je voyais, ou ce que je voulais. Elle ne m’a pas proposé ce qu’elle avait en magasin qui se rapprocherait grossièrement de ce que je pouvais demander. Non… elle a pris en compte, elle m’a fait préciser, détailler encore plus ce que je voyais dans les couleurs que les autres ne voyaient pas… Elle m’a fait des propositions… nous avons construit ensemble la palette de couleurs que j’allais pouvoir mettre chez moi et de fait, elle m’a fait aller beaucoup plus loin que ce que j’envisageais au départ…

- Comment ça, plus loin ?
- Elle a eu des idées qui m’ont surpris, par leur créativité, par leur bon goût. Pour une fois, une personne pouvait me comprendre dans un truc aussi banal que la peinture murale et sans remettre en cause mes dires, elle pouvait même m’apporter des informations, des conseils qui allaient me servir pour ma vie entière… C’était vraiment un moment délicieux, celui où je me suis senti comme un vrai client et non pas un type qui ennuie tout le monde. Je me suis senti compris et légitime dans mes demandes.
- Très bien… et quelle différence cela fait-il pour vous désormais ?
- Cela signifie que je peux être entendu et compris. Que c’est possible d’avoir mon niveau d’exigence (pour moi ce n’est pas de l’exigence, mais c’est ce que l’on me renvoie) sans être inadéquat… Et ne pas sentir d’animosité dans une relation c’est aussi très agréable… »

Une des principales difficultés qui ont conduit Bruno à consulter en thérapie est celle de la communication avec autrui et d’un réseau relationnel peu développé. Aujourd’hui, une forme d’isolement social se manifeste très sensiblement, très peu d’amis, des relations familiales peu simples sauf avec sa sœur. Au plan professionnel, les difficultés relationnelles subsistent mais il occupe un poste à responsabilité en ressources humaines pour lequel ses compétences sont largement reconnues....


Catherine BESNARD - PERON.
Psychothérapeute en cabinet libéral sur Nantes et Angers, formatrice en Thérapie narrative (coanimation avec Julien Betbèze). Codirection avec Béatrice Dameron des livres Pistes narratives : Pour faire face au sentiment d’échec personnel et professionnel, paru en 2011, Hermann Editions, et Les approches collaboratives en thérapie, paru en 2013 chez Satas, Le Germe.

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C'est un numéro double de 196 pages.
Thème : « La relation thérapeutique »


- Éditorial : La relation thérapeutique. S. Cohen
- Éditorial : La relation au coeur de l’hypnose. J. Betbèze
- L’alliance thérapeutique. M. Arnaud
- Enseigner la relation thérapeutique. A. Bioy
- Le thérapeute ? Un guide qui ne devance pas. J.-M. Benhaiem
- Autonomie relationnelle. J. Betbèze
- Avec le patient douloureux chronique. De la formation à la pratique. J. Nizard
- En salle de naissance. B. Bobenrieth
- Monde psychotraumatique. E. Bardot
- La relation thérapeutique. M. Picard Destelan et L. Fodorean
- Comment faire vivre un paranoïaque ? E. Malphettes
- Positionnement, et alliance... thérapeutiques. W. Martineau
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Laurence ADJADJ
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychologue.
Formatrice en Hypnose Ericksonienne, EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution à l’Institut Hypnotim de Marseille, dont elle est Présidente Fondatrice.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Marseille 13006
Conférencière au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.
Rédactrice web sur l’Hypnose et les Thérapies Brèves… En savoir plus sur cette rédactrice


En Thérapie Systémique Brève

vendredi 21 septembre 2018 - 12:13
Dr Yves Doutrelugne Médecin qui fait ce qu’il peut face à un autre homme qui fait ce qu’il peut… Comment la systémique voit-elle la posture du thérapeute ? En quelques mots pour aller à l’essentiel… Les interactions sont circulaires. Les interactions, c’est ce qui intéresse le systémicien, dans un système où « le tout est supérieur à la somme des parties », concept holistique.
« A » adresse des informations, qui arrivent à « B ». Lequel envoie lui aussi ses informations à « A ». Lequel en renvoie à « B », etc. Exemple : Patiente : « mon mari me critique, je me justifie, il me critique, je me justifie ». Soignant : « si je vous comprends bien, chaque fois que vous vous justifiez, il recommence à vous critiquer ? ».

Quand l’échange se crée, B reçoit « ce qui lui tombe dessus » (d’une personne, d’un groupe ou de la vie) qui, dans bien des cas, ne dépend pas directement de lui. Sa réponse à A, en revanche, lui appartient ET elle influence la suite, c’est-à-dire la réponse suivante de A vers B. C’est ce nous appelons le tennis relationnel. Cela à l’air banal… et pourtant…

Comment le patient se voit-il victime ? Victime ou acteur ? Combien de patients se présentent en « victimes », passives, de « ce qui leur tombe dessus » plutôt qu’en acteurs de leurs réponses. Inhibition de l’action5. Impuissance apprise6. Etre victime ce peut être un choix de carrière7. Que de souffrances au long cours si rien ne change…

Notre travail sera de leur proposer de se poser ces deux questions :

° Qu’est-ce que JE fais qui permet à cette interaction de continuer
(étant l’auteur d’une balle sur deux) ?

° Qu’est-ce que JE pourrais faire de différent qui y mettra fin ?

La première question le positionne en acteur, le sort de la passivité et de la victimisation. Il devient acteur de la solution dès la deuxième question.

Dans la relation thérapeutique, si le thérapeute est B, A (le patient) peut jouer tous
les jeux possibles, le métier du soignant est de savoir comment lui répondre… Dans la clinique quotidienne, nombreux sont les soignants qui se plaignent des patients, leurs reproches étant multiples et variés. Le thérapeute/soignant se met linéairement en position de « victime de l’autre ».

Vu du point de vue systémique, quand le soignant se plaint du patient, il y a une erreur quelque part et elle n’est pas du côté du patient… Exemple : Soignant : « ce patient a voulu me manipuler ! » Superviseur : « que fais- tu quand ce patient veut te manipuler pour que cela s’arrête ? »


Comment le soignant se voit-il ? Neutre ou influent ?

Les trois axiomes de la communication de Palo Alto sont bien connus :
1. On ne peut pas ne pas communiquer8.
2. Toute communication exerce une influence9.
3. Donc on ne peut pas ne pas influencer.


La question qui se pose alors n’est plus de savoir si l’on influence ou pas, mais porte sur le « comment influencer ? ». Question que l’on retrouve d’ailleurs dans toute communication.

Wittgenstein écrit : « Le fait que le psychiatre envisage la psychiatrie comme une science réflexive, c’est-à-dire qu’il accepte de s’inclure dans le processus thérapeutique, ou non, déterminera les aspects les plus profonds de l’éthique et de la pratique de son activité. »

Cette posture thérapeutique m’a amené à parler de moi en thérapie, ce qui est a priori contraire à une règle classique. Cela ne fait pas partie du modèle en lui-même. Cela ne s’impose à personne. Ce n’est pas non plus une constante et il y a de claires limites à cette façon d’agir. Mais un humain qui parle à un autre humain en souffrance de ses apprentissages passés d’homme, de ses limites et de ses forces, de la condition humaine finalement, c’est une posture qui me paraît juste. Chacun est évidemment libre de me suivre ou pas…

Quelle éthique pour cette influence ? Quelle éthique pour cette relation thérapeutique « à influence réciproque » ? Nicholas Cummings dit : « En relation d’aide, ce que vous ne faites pas pour l’autre, ne le faites pas. » Encore une phrase qui peut paraître évidente. Qu’implique-t-elle ?

Que tout ce qui serait de l’ordre de la séduction ou du contre-transfert agressif serait contraire à la bienveillance. Et le patient ne s’y trompera pas… Dans les interventions dites « provocatrices », quand le thérapeute est dans cette totale bienveillance, le patient le ressent. Il sait, au fond de ses tripes, que ce qui est fait là est pour lui, exclusivement et totalement pour lui. Et si ce n’était pas le cas (pas totalement pour lui), il le saurait tout aussi viscéralement…
Dr Yves DOUTRELUGNE.
Médecin, fondateur de l’Espace du Possible (Tournai, Belgique, 1988), de l’Institut Milton Erickson de Belgique ( 1988 ) , de l ’Institut Milton H. Erickson du Nord de la France (IMHENF,1992) et de la Confédération Francophone d’Hypnose et de Thérapies brèves (CFHTB).

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Thème : « La relation thérapeutique »


- Éditorial : La relation thérapeutique. S. Cohen
- Éditorial : La relation au coeur de l’hypnose. J. Betbèze
- L’alliance thérapeutique. M. Arnaud
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- Autonomie relationnelle. J. Betbèze
- Avec le patient douloureux chronique. De la formation à la pratique. J. Nizard
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- Monde psychotraumatique. E. Bardot
- La relation thérapeutique. M. Picard Destelan et L. Fodorean
- Comment faire vivre un paranoïaque ? E. Malphettes
- Positionnement, et alliance... thérapeutiques. W. Martineau
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Laurence ADJADJ
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychologue.
Formatrice en Hypnose Ericksonienne, EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution à l’Institut Hypnotim de Marseille, dont elle est Présidente Fondatrice.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Marseille 13006
Conférencière au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.
Rédactrice web sur l’Hypnose et les Thérapies Brèves… En savoir plus sur cette rédactrice


La relation thérapeutique. Retour à l’essentiel.

vendredi 21 septembre 2018 - 00:11
Pr Gérard Ostermann « La psychothérapie est une technique indéfinie appliquée à des cas non spécifiques, avec des résultats imprédictibles. Pour cette technique, une formation rigoureuse est requise. » Victor Raimy, 1950 A l’heure où l’on assiste, dans la nébuleuse des psychothérapies, au brouillage des frontières et au déclin des orthodoxies, la relation demeure un essentiel, le minimum incontournable et sans doute le levain indispensable au changement. Or, comme aimait à le rappeler mon maître Michel Sapir dans les formations Balint, la relation ne s’enseigne pas ! Quelle que soit la qualité d’un exposé sur la relation thérapeutique, il ne saura jamais remplacer l’expérience vivante qui se tisse à deux au fil des séances au sein même de la relation.
Ce qui fonde la relation, c’est bien le dialogue (dia : à travers) et un dialogue qui vienne s’établir au-delà de la simple conversation. « Il est venu me voir. Je ne le connaissais pas. Il est venu pour me donner de mes nouvelles. » Cette citation du poète André Breton paraît idéale pour saisir ce moment-là et la position du thérapeute. En effet, le patient que vous ne connaissiez pas, quand vous le rencontrez et que vous l’écoutez, vous lui donnez de ses nouvelles, mais il vous donne également de vos nouvelles. Quand il se dit à vous, lorsqu’il exprime ses plaintes, qu’il se confie en ses craintes et ses désirs, ses mots créent alors en nous des résonances : en cela il vous donne de vos nouvelles.

Pour éclairer la question de la relation thérapeutique, nous trouverons un grand intérêt à relire les ouvrages de Carl Rogers, en ce qu’il nous enseigne notamment que trois attitudes sont indispensables au thérapeute : la compréhension empathique du patient, la considération positive inconditionnelle et le degré d’authenticité (de congruence) dans la concordance entre paroles et sentiments.

Nous avons fait le choix ici de faire appel à trois grandes figures qui pourront nous permettre de refaire le chemin vers l’essentiel de la relation thérapeutique : John Bowlby, Martin Buber et Daniel Stern.

Au commencement est la relation :
Le moi s’éveille par la grâce du toi
« Mais qu’un tu murmure à notre oreille, et c’est la saccade qui lance les personnes : le moi s’ éveille par la grâce du toi. L’efficacité spirituelle de deux consciences simultanées, réunies dans la conscience de leur rencontre, échappe soudain à la causalité visqueuse et continue des choses. La rencontre nous crée : nous n’étions rien – ou rien que des choses – avant d’être réunis. » Gaston Bachelard
John Bowlby : l’attachement sécure, un lien qui libère La théorie de l’attachement, élaborée par le psychanalyste anglais John Bowlby (dès les années 1950) et ses successeurs, met l’accent sur une approche relationnelle de la construction psychique de l’être humain. C’est une théorie de la relation interpersonnelle mais elle ne prétend pas être une théorie globale du fonctionnement psychique. On observe qu’un enfant sans attachement n’a aucune chance de se développer, il flotte, il erre, il n’a pas de valeurs dans sa vie, ça ou autre chose, debout ou assis, mort ou vivant, ça n’a pas d’importance. Il est tel un épouvantail. Comment ne pas rappeler ici Donald Winnicott qui dit qu’effectivement, un bébé tout seul, cela n’existe pas, ou comme dirait Boris Cyrulnik, qu’il faut toujours deux hommes pour en faire un. A l’inverse, on voit que ce qui permet une séparation sereine, c’est un attachement secure et heureux. L’attachement constitue un système motivationnel inné qui va continuer à se développer toute la vie du berceau à la tombe, dans une recherche de proximité et de sécurité intérieure. Ces différentes interactions vont permettre à l’individu d’intégrer des modèles internes opérants qui moduleront sa fonction réflexive, ses capacités intersubjectives et de résilience. L’attachement secure constitue un puissant régulateur émotionnel. Stress et attachement constituent en effet un couple indissociable. L’attachement est le lien qui fait l’unité d’une partie du Vivant. L’attachement c’est ce qui met l’autre au cœur du monde, ce monde devient alors peuplé au moins d’un autre et l’attachement permet de passer par-dessus la peur pour aller à la rencontre du plaisir3. Face à des situations à la fois cruelles et de longue durée, ce sont les nourritures affectives qui comptent. Nous sommes des êtres sociaux avant d’être des êtres psychologiques.

S’il y a un message fondamental des théories de l’attachement, c’est que l’indépendance est une illusion idéologique : nous ne sommes jamais indépendants. Nous sommes tous interdépendants. On peut avancer que la théorie psychanalytique est une métapsychologie de l’absence et que les théories de l’attachement constituent et de façon complémentaire une métapsychologie de la présence. Avec la théorie de l’attachement, il y a du singulier parce qu’il y a du lien. Le principal message de John Bowlby est certainement que « le lien n’implique pas un état de dépendance, mais au contraire qu’il peut constituer un facteur d’ouverture, de socialisation ».

Martin Buber : Je et Tu « Toute vie véritable est rencontre. »
(« Alles wirkliche Leben ist Begegnung »)
Pour Martin Buber, « au commencement est la relation ». Martin Buber est un philosophe de la relation et de la réciprocité, malheureusement trop souvent méconnu des psychothérapeutes.
Son ouvrage majeur, Je et Tu, a nourri les discours de Martin Luther King et les chansons de Leonard Cohen. Martin Buber (1878-1965) a influencé les philosophies de la relation au XXe siècle, de Levinas à Blanchot en passant par Husserl. A travers cet ouvrage Je et Tu, il propose une réforme de la relation des êtres humains par rapport aux autres êtres humains. Il propose une renaissance de la relation originaire entre les hommes et le monde. Ce n’est que dans la relation, rendue possible par la rencontre, qu’apparaît la vraie vie. Cette rencontre se réalise à trois niveaux : l’homme dans sa relation à la nature, l’homme dans sa relation avec les autres hommes, l’homme dans sa relation avec les « existences spirituelles » (Geistige Wesenheiten).
Dans Je et Tu, Buber dénonce subtilement la chosification du monde. Pour que la rencontre de l’autre soit possible, il s’agit de « ressentir » que l’autre n’est pas autre mais que, d’une certaine manière, l’autre est soi- même. Françoise Dolto avait coutume de dire que si l’on s’intéresse à l’autre, c’est qu’il y a de l’autre en nous. Nous sommes contraints à l’altérité.

Le couple « Je-Tu » non seulement permet la découverte d’autrui dans la relation, mais rend seul possible la condition d’ existence du Je, puisque c’est la rencontre du Tu qui constitue le Je comme personne. C’est par le Tu (par l’autre) que l’homme devient lui-même un Je. « Je deviens Je en disant Tu. » Si l’autre n’est pas autre, chacun cependant est particulier. C’est ainsi que nous sommes nés « individu » car nous sommes différents des autres. Nous ne sommes pas nés « personne ». Notre personnalité naîtra par l’interpellation de l’autre dans la rencontre. Une rencontre, c’est toujours une mise en question et le passage d’un ordre établi à un désordre, prélude à un nouvel ordre.Toute psychothérapie suppose une rencontre.

La rencontre peut être exprimée selon trois dimensions6. La première est totalisatrice, en ce que le sujet s’engage entièrement, de tout son être, et devient « totalité agissante » ; de plus, bien que les êtres doivent se placer dans une certaine forme d’isolement, le monde dans sa totalité existe au sein de la relation. La deuxième dimension de la rencontre est la réciprocité : le dialogue met en jeu deux sujets libres et dépendants (les protagonistes forment, malgré leur altérité et leur statut d’êtres à part entière, une unité, mais ne fusionnent ni ne disparaissent. En effet, la négation du Moi ne peut avoir lieu dans la rencontre, le Je est à la fois rencontrant et rencontré). Enfin, la troisième dimension est créatrice, car la relation authentique et parfaite fait surgir l’être : la personne naît de la relation et, en découvrant son Tu, elle peut elle-même se poser comme Je – Je n’étant en aucun cas antérieur à la rencontre. La relation est ainsi le fondement de toute conscience de soi.
Pr Gérard OSTERMANN.
Professeur de thérapeutique, psychothérapeute, praticien EMDR Europe et HTSMA, président d’ICAL (Institut des conduites alimentaires), président du Collège des Alcoologues aquitains, administrateur de la Société Française d’Alcoologie, et fondateur responsable du diplôme universitaire de Pathologie de l’Oralité.
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Hors série n°11 de la revue Hypnose & Thérapies brèves. Mars 2017.
C'est un numéro double de 196 pages.
Thème : « La relation thérapeutique »


- Éditorial : La relation thérapeutique. S. Cohen
- Éditorial : La relation au coeur de l’hypnose. J. Betbèze
- L’alliance thérapeutique. M. Arnaud
- Enseigner la relation thérapeutique. A. Bioy
- Le thérapeute ? Un guide qui ne devance pas. J.-M. Benhaiem
- Autonomie relationnelle. J. Betbèze
- Avec le patient douloureux chronique. De la formation à la pratique. J. Nizard
- En salle de naissance. B. Bobenrieth
- Monde psychotraumatique. E. Bardot
- La relation thérapeutique. M. Picard Destelan et L. Fodorean
- Comment faire vivre un paranoïaque ? E. Malphettes
- Positionnement, et alliance... thérapeutiques. W. Martineau
- Rapport, alliance et changement : « l’Homonoia ». A. Vallée
- Une semaine aux urgences psychiatriques. V. Lagrée
- Retour à l’essentiel. G. Ostermann
- En Thérapie Systémique Brève. Y. Doutrelugne
- Un truc incroyable... Conversation en thérapie narrative. C. Besnard-Péron
- Retour aux bases. De l’infiniment petit à l’infiniment grand. P. Aïm et L. Gross
- Trouble du comportement à l’adolescence. A. Zeman

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Sophie TOURNOUËR
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Psychologue.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargée de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Une semaine aux urgences psychiatriques.

jeudi 20 septembre 2018 - 23:59
Dr Virginie Lagrée A propos de quelques outils de thérapie brève… Garder une relation thérapeutique lors d’une rencontre contrainte. Lundi aux urgences… M. L. est amené par la police, il est manifestement très angoissé, instable, il refuse de parler, ne veut pas rester...
Je valide. Et j’accepte qu’il déambule rageusement… J’essaie de faire avec ce qu’amène le patient.
« J’imagine bien – je ne dis plus“je comprends”pour avoir essuyé plusieurs
répliques d’une pertinence indéniable :“vous ne pouvez pas comprendre, vous n’êtes pas à ma place”– que vous n’ayez aucune envie de parler à une inconnue, Monsieur, et je n’ai pas besoin de tout connaître de vous, mais seulement ce que vous pensez que j’ai besoin de savoir pour vous laisser sortir ou vous aider. »
Il poursuit. « Ils sont là , ils m’en veulent !...
- Qui ?
- Les hommes du FBI !
- Où ?
- Partout ! Je les entends !
- Mais comment ?
- Ils m’ont mis une puce dans l’oreille quand j’avais 17 ans et depuis ils font des expériences sur moi… je leur sers de cobaye !
- Je vois, on va essayer de vous débarrasser de ces personnes malveillantes,
et pour cela il faut d’abord vous mettre à l’abri à l’hôpital et on se charge du reste. (Je tente…)
Quelques minutes de négociations encore et il accepte l’hospitalisation.
Mon externe me dit alors, surpris : « Vous rentrez dans son délire ?
- J’en utilise quelques bribes pour tenter une alliance, valider l’angoisse liée à ce qu’il me décrit, et éviter une hospitalisation sous contrainte qui débuterait par une sédation assortie d’une contention…

Mardi... M. M., 26 ans, psychotique, arrive aux urgences suite à une scarification importante ayant nécessité 26 points de suture.
Il ne veut pas rester, refuse la consultation qu’il finit par accepter, résigné.
Il se montre assez réticent, le discours est pauvre et parasité par ses demandes intempestives de sortie.
« Je comprends que vous ayez hâte de sortir M. M., mais pour le moment je ne peux prendre cette décision, tant que vous ne m’aurez pas rassurée sur ce geste qui nous inquiète et pour lequel vous êtes là… J’avoue mon inquiétude.

- C’est rien ça ! me répond-il, j’voulais pas venir, c’est ma mère qui a appelé les secours, je voulais pas me suicider comme tout le monde semble le croire, je voulais lui montrer que je n’étais pas fou…
- Mmmmm… ? attitude non verbale dubitative...
- Ben oui, je lui ai montré que si j’étais fou je ferais ça !
- Et vous l’avez fait !… que peut-elle penser, pensez-vous ?
- Que je le suis ?
- ... Est-ce que cela a marché au moins, à quoi verrez-vous qu’elle a compris ?
- Non j’crois pas, non…
- Bon… désolée
- A votre avis, M. M., qu’est-ce qui pourrait lui montrer que vous n’êtes pas fou ?
- Je ne sais pas… De toute façon elle pense que je le suis, elle me le répète,
en plus j’ai été hospitalisé sept mois en psy, elle n’arrête pas de me dire que je devrais y retourner !
- Et vous faites des choses graves qui du coup nous inquiètent, inquiètent
votre mère et on vous réhospitalise...
- Ben oui, je ne sais pas quoi faire… »
Je l’ai finalement laissé rentrer chez lui après l’avoir laissé appeler sa mère en espérant que le fait qu’il ne soit pas hospitalisé puisse le réassurer sur son état de santé et qu’il puisse faire l’expérience qu’il n’est pas « fou ». Il n’est pas dissocié, ni délirant, ni confus, ni suicidaire. La loi du 5 juillet 2011 ne m’autorise donc pas à l’hospitaliser.
Mercredi… M. S., 70 ans, a tenté de se pendre dans un contexte de rupture sentimentale. Alors qu’il vient d’apprendre que Madame a un nouveau compagnon, il installe une corde dans son grenier et envoie un message suggestif à son ex-femme. Celle-ci appelle les secours qui, accompagnés de la police, pénètrent au domicile de M. S. qui est donc amené aux urgences. Un premier certificat de soins psychiatriques sous contrainte (3212.1-2-1) est rédigé par SOS Médecins, qui a contacté l’ex-épouse aussi. Celle-ci est d’accord pour signer une demande d’hospitalisation mais elle ne se trouve pas sur Nantes, donc elle viendra plus tard…

Je me présente à lui dans la salle d’attente, d’emblée il me dit :
« J’allais partir !
- Je suis désolée pour cette attente, M. S., les urgences vous savez… Venez me dire ce que vous y faites aux urgences justement. Position basse en m’excusant.
- Faites pas l’innocente, vous le savez !, dit-il en entrant dans mon bureau.
- J’ai effectivement un certificat du médecin que vous avez rencontré où il est écrit que vous avez installé une corde dans l’intention de vous pendre.
- Bof ! je ne sais pas si je l’aurais fait… C’était plutôt pour la faire réagir !
De toute façon, je rentre chez moi, me dit-il d’un ton péremptoire. J’aurais pu partir tout à l’heure… en attendant.
- C’est vrai c’est un service ouvert… position basse… Mais j’ai sous les
yeux un certificat médical qui indique la nécessité d’une hospitalisation – rappel du cadre dont je suis garante – et pour le moment je ne peux encore décider de vous laisser sortir, c’est la loi, et j’y suis soumise comme vous l’êtes… temps de pause… Cependant, c’est une loi établie pour la protection des personnes… Maintenant que vous êtes là, M. S., est-ce qu’on peut faire en sorte, ensemble, que cela soit, tant qu’à faire, un peu utile pour vous ? »

Il s’est alors confié, et est apparu très dépressif, profondément blessé d’être quitté mais pouvant l’accepter dans un premier temps, au vu de l’âge de sa compagne :
« Elle est tellement jeune encore, et belle, que je comprends qu’elle m’ait quitté, ça n’empêche que cela me fait mal et je ne le supporte pas… Mais je suis resté digne…
« Si je comprends bien – je vérifie que j’ai bien compris – vous vous êtes
séparés il y a déjà plusieurs mois… Dites-moi, M. S., comment est-ce que vous avez réussi à ne pas mettre fin à vos jours durant tous ces mois ? activation des ressources.
- Je crois que j’avais encore espoir qu’elle revienne… Mais quand j’ai su qu’elle avait rencontré quelqu’un d’autre… Je n’ai pas supporté, tout s’est effondré ! Je préférerais mourir, tant pis ! Leur laisser le champ libre…
- M. S., qu’est-ce vous penseriez d’un médecin, d’ailleurs d’un humain,
mais encore plus d’un médecin, à qui vous venez de confier que vous vouliez mettre fin à vos jours et qui vous laisse sortir… ton hypnotique… Comme ça ! je claque des doigts... Comme si de rien n’était…
- … (ne répond rien, triste, semble accepter).
Je reviens alors sur le fait d’être « resté digne »… Peut-être un levier thérapeutique ? Je commence par lui faire un compliment :
- Permettez-moi de vous dire que je trouve très courageux d’avoir réussi à respecter le choix de votre compagne, sa décision de partir… Vous m’avez dit que vous étiez resté digne, en quoi est-ce important pour vous de rester digne ? A laquelle de vos valeurs la dignité fait-elle appel chez vous ? […] activation des ressources. Qu’est-ce que “rester digne” vous permettrait-il aujourd’hui ?
- Qu’elle garde une belle image de moi. »
J’ai fini par le laisser rentrer chez lui, en lui faisant promettre de revenir me voir trois jours après.
Il a rappelé la veille de notre rendez-vous pour me demander une hospitalisation en clinique…


Dr Virginie LAGREE
Psychiatre, responsable des urgences médico-psychologiques du CHU de Nantes, chargée de cours à l’université au DIU de Suicidologie et au DU de Médecine d’Urgence. Vice-présidente de l’AREPTA.
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C'est un numéro double de 196 pages.
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- Éditorial : La relation thérapeutique. S. Cohen
- Éditorial : La relation au coeur de l’hypnose. J. Betbèze
- L’alliance thérapeutique. M. Arnaud
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- Monde psychotraumatique. E. Bardot
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- Positionnement, et alliance... thérapeutiques. W. Martineau
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- En Thérapie Systémique Brève. Y. Doutrelugne
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Philippe AÏM
Psychiatre, Hypnothérapeute, Thérapeute EMDR, Thérapies Brèves.
Responsable pédagogique du CHTIP à Paris, Dirige l’Institut UTHyl à Nancy, membre de la CFHTB Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brève. Chargé de Formation dans les hôpitaux de l’AP-HP.
Auteur et conférencier international.
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Rapport, alliance et changement: "l’Homonoia". Dr Alain Vallée

lundi 17 septembre 2018 - 15:30
Cet article se propose d’amener l’idée que si la thérapie brève ne peut être qu’une forme d’hypnose conversationnelle, l’inverse n’est pas vrai : toute forme d’hypnose conversationnelle ou d’hypnose formelle n’est pas automatiquement de la thérapie brève. Celle-ci a des apports spécifiques et la connaissance de quelques « trucs » n’est pas suffisante. Pourtant, au-delà des spécificités, le chemin du changement est globalement identique. Nous nous limiterons à décrire d’abord les conditions de l’alliance en thérapie brève solutionniste et celles du rapport hypnotique, avant de réfléchir sur les ressorts du changement utilisés dans l’une et l’autre approche. Tout en sachant que la réflexion y trouverait largement matière, nous n’aborderons pas la question des tâches, s’appelleraient-elles autohypnose.

L’alliance en Thérapie Orientée Solutions : TOS, mais aussi dans toute pratique, il semble bien que les facteurs amplifiant l’alliance thérapeutique soient :
- la ratification du problème sous la forme de l’accord sur une description cherchant à donner à la plainte une nouvelle signification ou recadrage destinée à susciter la motivation au changement ;
- l’accord sur un objectif commun source de motivation ;
- un mandat, synonyme d’engagement des deux parties à mettre tous leurs efforts en jeu dans cette direction.
Il est certain que certaines qualités relationnelles comme l’empathie ou simplement la gentillesse ou l’usage délibéré d’une influence bienveillante sont nécessaires.

L’accord sur une description va se révéler par un changement corporel perceptible par les interlocuteurs. La plainte, quelle qu’elle soit, doit faire la place à un recadrage, un nouveau sens qui, s’il est pertinent, va transformer ce qui était jusque-là un mur infranchissable en une nouvelle situation susceptible de se modifier. Pourtant, il aura été quelquefois nécessaire de pousser le premier niveau de description jusqu’à une intensité dramatique suscitant une crise telle que le patient verra enfin plus clairement ce qu’il souhaite vraiment voir changer, ce qui se fera souvent par l’intermédiaire d’une représentation plus focalisée, épaissie.

Par exemple, cette personne qui consulte pour un vague sentiment dépressif, source d’un mal à vivre inconsistant et variable, pourra être tellement effrayée par la vision du clochard qu’elle craint de devenir qu’enfin sa motivation à changer va devenir claire et franche : tout sauf ça !


Objectif La conversation lui permettra peut-être de découvrir qu’à la place de ce futur effrayant, elle préférerait se sentir simplement apaisée, ce qui lui permettrait, par exemple, de pouvoir se poser un moment chaque soir dans le canapé en rentrant du travail. Cette nouvelle image va provoquer un nouveau changement dans les réactions coenesthésiques des interlocuteurs, une légèreté le plus souvent : ce n’est donc que cela qu’il y a à changer !


Mandat Il se provoque alors un changement important du type de relation : le patient devient client pour son changement puisqu’il n’est pas si impossible à atteindre ; le spécialiste devient enfin thérapeute aux yeux du patient puisque la tâche n’est plus herculéenne. « Etes-vous d’accord pour que je vous aide à atteindre cela ? » : un mandat est donné.
Les trois piliers ayant été posés, l’alliance est établie pour cette rencontre.

En hypnose, nous retrouverons avec Milton Erickson des éléments assez proches. Si nous reprenons les travaux de recherche de Dominique Megglé, pour Milton H. Erickson, l’alliance repose sur la ratification, la nécessité et l’objectif.


Ratification Le thérapeute accepte d’accueillir la souffrance sans la minimiser ; c’est l’occasion pour lui d’utiliser ses capacités d’empathie pour rentrer dans le monde du patient. Il ne s’agit pas de dire que ça va s’arranger, mais plutôt : « OK, ça a l’air d’être dur pour vous ! » ; c’est aussi faire décrire simplement ce qui amène la personne à consulter en observant soigneusement la communication non verbale pour, éventuellement, la ratifier et en profiter pour induire une transe.


Nécessité Mettre en évidence la nécessité, c’est amener le patient à se rendre compte qu’il n’a pas le choix, qu’il doit changer. En effet, quelquefois si l’intention de changer semble présente, elle n’est pas suffisamment intense pour provoquer la bascule.

Objectif L’alliance en hypnose, le but, toujours nécessaire mais souvent implicite, est plutôt la recherche d’une résolution de l’état de tension de la nécessité.
Dr Alain VALLEE
Après une carrière de psychiatre hospitalier, il exerce maintenant comme psychothérapeute. Enseigne l’hypnose et les thérapies brèves dans plusieurs DU ainsi que dans divers instituts français et étrangers. Auteur de nombreux articles et d’un livre à paraître en 2017 : « Nouveau cours de TOS, dialogues et récits », éditions Satas, Bruxelles. Président de l’AREPTA
Institut Milton Erickson de Nantes
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Positionnement, et alliance... thérapeutiques

dimanche 16 septembre 2018 - 20:11
Dr Wilfrid Martineau. La relation thérapeutique n’est pas l’alliance mais c’est elle qui va la permettre. La relation thérapeutique représente l’ensemble des attitudes que le thérapeute et le patient auront ensemble. L’alliance est un lien affectif. Elle suppose une entente sur les objectifs de la thérapie et un accord sur les tâches et moyens à mettre en œuvre pour parvenir à l’objectif. Cette alliance est bien sûr renforcée par les effets de l’intervention et par le positionnement du thérapeute.
C’est l’alliance qui sera médiateur de changement. C’est pourquoi tous les moyens utiles et respectueux du patient doivent être employés pour la renforcer dès lors qu’ils sont congruents à la situation clinique.
Il semble que l’alliance soit même plus importante que la technique thérapeutique dans le résultat de la thérapie (« Pour en finir avec Babel », B.L. Duncan). Mais on ne peut ignorer que l’alliance thérapeutique dépend certes du patient et de la personne du thérapeute, mais surtout de son savoir-faire. En cela, elle est elle-même très technique et ne se réduit pas à une écoute attentive, voire empathique ou à une spontanéité. Mais cette stratégie, même très technique, ne peut pas faire l’impasse sur l’essence de l’alliance : le « bien être ensemble ».

Nous nous proposons de faire un rapide survol de quelques-uns de ses ressorts qui transcendent les différentes orientations thérapeutiques de Rogers à De Shazer en passant par Weakland ou Erickson.

La réflexion, portée par les approches constructionnistes, a grandement contribué à en enrichir les contours et les ressorts mettant en exergue la place de l’espace interrelationnel – de l’entre-deux – pour l’émergence d’un changement. Cet espace créatif est le centre de toute thérapie mais tout ce qui se dirige vers une coconstruction de la conversation thérapeutique qui sera centrée sur l’expertise du patient/client/demandeur (par rapport à sa situation) et l’objectif tel qu’il a pu être défini au terme de l’entretien.

Se risquer à un inventaire, jamais exhaustif et forcément trop court, dans le cadre d’un article est un pari osé mais celui-ci peut servir de guide ou de rappel utile en cas d’éloignement de notre patient dans une relation qu’il est nécessaire de toujours mieux préserver.

Ethique et foi du thérapeute dans le client et l’avenir de la thérapie : quelques principes. Le thérapeute doit considérer la démarche du patient vers lui comme authentique et donc partir du principe que le client fait de son mieux… Sa « lenteur » est sa « vitesse »… sa « paresse » est son « activité maximum ». La « résistance » est parfois le mieux qu’il puisse faire à un moment donné, mais si le client est présent, c’est que de manière implicite il souhaite qu’elle soit vaincue. La résistance est souvent perçue du point de vue de l’observateur.

Le deuxième principe qui fonde la position thérapeutique est celui de la présence de ressources et de compétences chez le client, mais elles ne sont pas disponibles pour le moment ou il ne les perçoit plus.
C’est la tâche du thérapeute de les mettre en valeur ou de permettre au client d’en retrouver l’usage en le questionnant, par exemple, sur ce qu’il fait déjà, ce qu’il a réussi ou ce qu’il aime, ou encore sur les intentions signifiées dans les actions entreprises.

Le patient doit se sentir écouté, « supporté »… aimé, et c’est cette écoute attentive (que Mickael White nomme position décentrée et influente) qui va lui révéler la capacité du thérapeute à lui montrer son intérêt pour ce qu’il vit seul ou avec son entourage dans son quotidien.

L’optimisme thérapeutique (qui ne peut être artificiel) fait partie de l’entretien mais ne doit pas être le déni des difficultés du patient. On s’associe d’abord avec les compétences du patient avant de chercher ses difficultés ou de s’enquérir de ses souffrances.

Le thérapeute mobilise ses capacités d’empathie pour comprendre la position du patient sans se laisser emporter par ses propres émotions. Cela lui permet de se montrer respectueux de son interlocuteur (ce qu’il fait, pense, ressent) et authentique dans ses propos comme dans ses réactions ou ses messages de validation ou d’encouragement ou de félicitations. Cette authenticité est garante de sa crédibilité mais aussi de la confiance dans la relation.

La position humble de « non-savoir » et collaborative. Engager l’entretien par une phrase comme : « Je vous remercie d’avoir accepté de venir… de me faire confiance (fonction du contexte)… je vais faire de mon mieux et je compte sur vous pour m’aider… » Il faut savoir interroger sur l’aide espérée et sur les questions qu’on aurait pu oublier dont le patient aurait eu besoin pour avancer.
Même l’utilisation d’outils thérapeutiques centrés sur les perceptions du patient peut faire l’objet de précautions oratoires comme celle-ci :

« Je vous demande la permission d’établir une échelle pour m’aider à com- prendre votre situation », ou « permettez que je récapitule ce que j’ai compris et interrompez-moi si je me trompe » (Nardone). Cela implique le respect et favorise le dialogue et l’expression des idées du thérapeute. Les mots seuls ne peuvent représenter la souffrance. L’échelle proposée y contribue mais surtout va permettre des nuances qui sortent le patient (et son problème) d’un sentiment d’immuabilité.

Le thérapeute, par son questionnement, montre qu’il a besoin du sujet pour comprendre et avancer, mais la force implicite du questionnement renforce la personne dans la conscience de ses ressources personnelles et de ses compétences. Il interroge sur le changement avant la première rencontre ou entre deux séances (les capacités du sujet) et fait remarquer la survenue des changements passés inaperçus. Il sait rentrer dans le monde de l’autre (langage, valeurs, position, contexte de vie).
Pour avoir un positionnement ajusté – c’est-à-dire au plus près du patient –, la place du corps dans la relation, le langage non verbal, les changements d’attitude ou de ton seront observés pour favoriser un accordage et une synchronisation qui renforcent le lien thérapeutique.

Cette position permet de se centrer sur le patient :
• - Il faut avant tout écouter ce qui est important pour le patient et donc se centrer sur ses objectifs et l’aider à construire ses objectifs.
• - On peut s’attacher à avoir une description « vidéo » du vécu du patient (entre autres, les modes interrelationnels, les dialogues… tout ce qui permet d’avoir un tableau vivant de la situation vécue par le sujet ou/et sa famille).
• - Le repérage et l’utilisation des mots, expressions métaphoriques et formules du patient.
-Toutes les formules et modes relationnels – du « for you » (Anne Bodmer Lutz), empathique (« bien sûr tout cela est très important pour vous »)… au « yes set » – favorisent l’engagement dans le processus thérapeutique.
• - On évite de nier le problème ou la douleur mais on tâche de faire contrepoids (Y. Dolan) : mettre du « et » en associant la douleur et les aspects positifs présents à côté (ressources, réalisations).




Dr Wilfrid MARTINEAU
Psychiatre des hôpitaux, psychothérapeute, formateur en hypnose et thérapie brève. Chef du pôle hospitalo-universitaire du CHU de Nantes, coordinateur pédagogique du DU d’Hypnose thérapeutique de l’Université de médecine de Nantes.
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Hors série n°11 de la revue Hypnose & Thérapies brèves. Mars 2017.
C'est un numéro double de 196 pages.
Thème : « La relation thérapeutique »


- Éditorial : La relation thérapeutique. S. Cohen
- Éditorial : La relation au coeur de l’hypnose. J. Betbèze
- L’alliance thérapeutique. M. Arnaud
- Enseigner la relation thérapeutique. A. Bioy
- Le thérapeute ? Un guide qui ne devance pas. J.-M. Benhaiem
- Autonomie relationnelle. J. Betbèze
- Avec le patient douloureux chronique. De la formation à la pratique. J. Nizard
- En salle de naissance. B. Bobenrieth
- Monde psychotraumatique. E. Bardot
- La relation thérapeutique. M. Picard Destelan et L. Fodorean
- Comment faire vivre un paranoïaque ? E. Malphettes
- Positionnement, et alliance... thérapeutiques. W. Martineau
- Rapport, alliance et changement : « l’Homonoia ». A. Vallée
- Une semaine aux urgences psychiatriques. V. Lagrée
- Retour à l’essentiel. G. Ostermann
- En Thérapie Systémique Brève. Y. Doutrelugne
- Un truc incroyable... Conversation en thérapie narrative. C. Besnard-Péron
- Retour aux bases. De l’infiniment petit à l’infiniment grand. P. Aïm et L. Gross
- Trouble du comportement à l’adolescence. A. Zeman

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Sophie TOURNOUËR
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Psychologue.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargée de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Comment faire vivre un paranoïaque ?

dimanche 16 septembre 2018 - 19:52
Dr Emmanuel Malphettes. Je travaille comme psychiatre dans un service de psychiatrie générale. Ce type de travail implique de poser des diagnostics pour discuter avec les différents intervenants, choisir un traitement, faire une cotation... Le « diagnostic » a mauvaise presse dans le milieu de la thérapie même s’il peut donner la sensation d’être compris et devenir parfois, si on l’externalise, un moteur de la coopération : « Comment faites-vous face aux “attaques” de l’anorexie ? »

Mais effectivement, s’il est utilisé comme une réalité identitaire, il peut obliger la personne à se soumettre à une définition du problème.

Ce qui amène généralement deux attitudes :
- pour les plus en forme : la résistance ;
- pour les autres : la soumission.

La rencontre décrite ci-dessous nous a peut-être permis d’explorer corporellement tout cela… voire autre chose ?
Aujourd’hui le service accueille Monsieur Te.
Depuis plusieurs mois les voisins se plaignent de l’odeur se dégageant de son appartement. Comme il refuse l’entrée des services sanitaires, la police est intervenue. Il dit s’être fait traîner en slip violemment sur le gravier par quatre policiers devant tous ses voisins, puis il s’est senti écrasé pendant longtemps par une botte.

SOS Médecins est donc interpellé et M. Te arrive finalement dans le service en soin sous contrainte.
M. Te a bien sûr très mal vécu ces événements, il s’est senti trahi par son assistante sociale, puis il dit qu’on l’a forcé à signer des papiers.

Sur l’observation des urgences et sur le compte rendu de ses précédentes hospitalisations sous contrainte, on peut lire « délire paranoïaque ».
Ces mots viennent accompagnés de leur champ lexical : rigidité, hypertrophie du moi, projection… tous ces mots qui infusent déjà mon corps, qui répond par tension, raideur…

Et déjà, une méfiance contagieuse m’envahit ; avec cette possibilité de paresse relationnelle qu’on réserve aux affaires déjà pliées.

Il faut que j’imite tous ces gens que j’ai admiré faire quelque chose qu’on appelle souvent « thérapie ». Pas tellement pour M. Te, ni même pour la relation mais pour ma posture : ouverte, libre.

Je vais le chercher dans sa chambre.

Th. (celui qui se fait appeler thérapeute) : « Bonjour, Emmanuel Malphettes, je travaille ici comme psychiatre. » J’évite le « je suis psychiatre », pour sous-entendre « je suis plein d’autres choses que cela ». Il semble plus prudent de se positionner comme un être humain en face d’un autre humain que dans l’identité « psychiatre » avec cette connotation experte qui force à développer une identité de « malade » en face. (Questionnement sur l’identité dans les thérapies narratives.)

M. Te (celui qui se fait appeler patient) : « … »
Th. : « Est-ce que c’est OK pour vous de me suivre en salle d’entretien ou vous préférez qu’on parle ici ? »
Pour dissoudre sa sensation de contrainte, je tente d’augmenter celle de liberté par une position basse avec le plus souvent possible l’utilisation d’un langage interrogatif, la demande de permission, la possibilité de choix… (Approches centrées solution – ACS – et théorie de l’engagement.)

M. Te : « … »
Il se lève, il sent mauvais, je distingue un peu de peau sous les cheveux, la barbe. Je tends une main qui reste suspendue dans le vide. Une catalepsie qui n’indique pas franchement l’alliance.

Mais il me suit.
Je me place à coté de lui et nous marchons pour franchir les cinquante mètres qui nous séparent de la salle d’entretien. Au bout de quelques pas on se synchronise : sa jambe gauche est plus raide, comme s’il trainait un boulet. La respiration du gros fumeur, je suppose qu’il doit exister une dissociation confusionnante entre la confiance que j’aimerais dégager et la réalité.

Th. : « Vous préférez vous asseoir ici ou là ? »
M. Te : « … »
Je m’assois en face de lui.

Nous discutons de ses craintes, peut-être une... juste une sensation au début ? Peut-être que cela s’appelle insécurité ? Quand cette sensation et ces pensées viennent-elles ? Quand sont-elles moins présentes ? A-t- il une représentation de cela ? Comment fait-il pour retrouver de la stabilité, un certain confort ? Peu à peu, la méfiance est ainsi externalisée et posée sur la table en lien avec des questions de l’approche narrative. J’ai l’im- pression que ça prend… je poursuis. Est-il d’accord pour se laisser gouverner par ces attaques de méfiance ? Si non, pourquoi ?

M. Te : « Vous ne comprenez pas… la police s’est introduite chez moi, on m’a violenté. Vous n’avez pas le droit de me retenir. »

La tension monte, la situation se bloque, ma bienveillance est vue comme une tactique mielleuse pour l’endormir… « Comme les autres... » Je rentre dans une lutte de pouvoir et par contagion je deviens moi aussi parano : qu’est-ce que je fais là ? pour qui je travaille ? suis-je un esclave de cette « norme invisible » ? Tous ces moments où j’ai pensé faire de la « bonne thérapie », n’aurais-je pas confondu alliance et soumission ?

Je pars dans ma tête avec des pensées désagréables qui font des choses désagréables dans mon corps. Cette dissociation nous fait perdre le peu de lien et chacun se remet en mode survie ; alimenté, peut-être pour lui, par le sentiment d’incompréhension, et pour moi, par la sensation d’impuissance et d’incompétence.

Chez moi, ces sensations peuvent alimenter la projection (« l’autre est résistant ») et donc le rejet, venant ainsi confirmer sa vision du monde (« le monde est hostile »). La boucle est bouclée, le problème nous a tous contaminés. Avec des risques différents pour chacun, car moi on m’a donné le pouvoir de le maintenir dans cette case avec la possibilité que chacune de ses actions viennent entretenir ma théorie de la paranoïa (« merde, ça existe la paranoïa, j’ai fait tout ce que j’ai pu, j’ai été un gentil médecin »).

Cela sonne peu esthétique et fait de l’inconfort dans le corps. Je dois être plus stable à l’intérieur pour être dans l’action et non dans la réaction. Je fais ce mouvement qui avec le temps est devenu une contraction invisible de mes avant-bras. Ce va-et-vient sur ma barre de kitesurf me met en lien avec ma « safe place ». Je suis dans la baie de Penthièvre, près de Quiberon, les conditions météo sont beaucoup plus éprouvantes que mon niveau le permet et ce jour-là j’ai décidé d’aller vers l’île de Téviec.

Sur le retour, trop de vent, trop de vagues, je tombe et je me fais traîner dans l’eau… alors qu’on fait du sport un week-end, on pourrait bêtement mourir ? Je prends appui sur cette barre, le regard vers cette maison d’enfance qui abrite ma nouvelle famille, je sors de l’eau après ce baptême puis adopte cette posture « parfaite », comme dirait Spinoza. Rien ne peut m’arriver, ou plutôt tout, car je suis au mieux de ce que ce corps peut faire, c’est lui qui sait… J’ai le cap et je prends appui sur le vent et les vagues.

C’est calme à l’intérieur ; je le vois maintenant ce piège dans lequel je suis tombé, à m’occuper des contenus avant de m’occuper du contenant, de chercher des solutions alors que l’alliance n’est pas là.

Je le vois lui aussi perdu dans la tempête. Alors comme cela, on peut être pareil ?
Mon corps change de place et s’assoit à côté de lui. Mes yeux voient sa poitrine se soulever douloureusement, et non cette tête hirsute qu’il semble avoir érigée comme un rempart contre le monde. Nous regardons dans la même direction, évitant la lutte de pouvoir du face à face ; sa respiration m’informe avant toute chose de ce qui se passe.

J’alterne ainsi entre son épaule et ce que l’on pourrait voir en commun sur ce mur blanc d’hôpital.
Mon corps m’a dit quoi faire et dans le même temps ma tête lui trouve des raisons qui maintiennent cette posture. Je sais que l’on peut se sortir de la tempête mais que le premier mouvement ne dépend pas de moi. François Roustang est sur mon épaule, ce mélange de confiance générateur d’espoir, mais aussi d’impassibilité (et non d’indifférence) quant à la réponse que la personne peut proposer.

On ne dit rien mais il semble accepter que nous regardions dans la même direction et sans chercher, nous accordons notre rythme respiratoire.
M. Te : « J’ai envie de tout péter… »
Th. : « Vous êtes très en colère ? » Reformulation et validation.
M. Te : « … »
Th. : « Et cette colère elle dit non à quoi ? »
Externalisation de la colère et recherche d’une intention positive derrière cette sensation réifiée (approches narratives).
M. Te : « Je suis piégé… depuis longtemps… j’ai fait tout ce que j’ai pu mais je suis… »
Th. : « Si je comprends bien ce que vous me dites c’est que vous avez le sentiment de ne rien contrôler dans votre vie… C’est ça le plus difficile en ce moment ou autre chose ? »
Reformulation en élargissant le problème à une valeur (approche narrative), validation avec majoration émotionnelle et demande d’un accord en proposant un choix binaire (permettant un effet « d’entonnoir »
– Giorgo Nardone et les thérapies stratégiques).
M. Te : « Oui ! »

Premier signe de collaboration.
La respiration se calme, la sensation de compréhension augmente peut- être celle de maîtrise et nous rentrons dans le monde de l’exception, c’est- à-dire en dehors du problème. Le fait de se sentir compris est sans doute un marqueur de l’alliance et de pouvoir passer sur le versant « changement » de la thérapie. Je ne peux permettre à la relation de me changer que si j’autorise l’autre à rentrer dans ma « zone proximale de développement » (Vygotski).
Th. : « Donc si je vous suis, et corrigez-moi si je me trompe, une priorité pour vous serait actuellement de reprendre un peu de contrôle sur votre vie ? »
Reformulation et proposition d’un objectif (approches centrées solutions).

Dr Emmanuel MALPHETTES
Psychiatre des hôpitaux, travaille sur la crise : responsable de l’unité de post-urgence et sur des pathologies chroniques, enseignant auprès des internes, à la Faculté de psychologie, l’Ecole d’infirmières et de sages-femmes et formateur au DU diplôme universitaire d’Hypnose de Nantes.
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C'est un numéro double de 196 pages.
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- Éditorial : La relation thérapeutique. S. Cohen
- Éditorial : La relation au coeur de l’hypnose. J. Betbèze
- L’alliance thérapeutique. M. Arnaud
- Enseigner la relation thérapeutique. A. Bioy
- Le thérapeute ? Un guide qui ne devance pas. J.-M. Benhaiem
- Autonomie relationnelle. J. Betbèze
- Avec le patient douloureux chronique. De la formation à la pratique. J. Nizard
- En salle de naissance. B. Bobenrieth
- Monde psychotraumatique. E. Bardot
- La relation thérapeutique. M. Picard Destelan et L. Fodorean
- Comment faire vivre un paranoïaque ? E. Malphettes
- Positionnement, et alliance... thérapeutiques. W. Martineau
- Rapport, alliance et changement : « l’Homonoia ». A. Vallée
- Une semaine aux urgences psychiatriques. V. Lagrée
- Retour à l’essentiel. G. Ostermann
- En Thérapie Systémique Brève. Y. Doutrelugne
- Un truc incroyable... Conversation en thérapie narrative. C. Besnard-Péron
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Philippe AÏM
Psychiatre, Hypnothérapeute, Thérapeute EMDR, Thérapies Brèves.
Responsable pédagogique du CHTIP à Paris, Dirige l’Institut UTHyl à Nancy, membre de la CFHTB Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brève. Chargé de Formation dans les hôpitaux de l’AP-HP.
Auteur et conférencier international.
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La relation thérapeutique

dimanche 16 septembre 2018 - 19:11
Marc Picard Destelan et Liliana Fodorean. Les auteurs nous montrent comment la relation thérapeutique se construit entre le patient et le thérapeute. Cette coopération s’installe dans un climat où compétences de part et d’autre sont de réels points d’appui au changement. La relation est constitutive de l’être humain. Aristote parle de l’homme comme animal politique et place, dans son éthique, un traité de l’amitié. Son maître, Platon, écrit des dialogues. Socrate, le maître de Platon, en est le héros. Socrate se présente lui-même comme un homme qui rencontre ses contemporains et dialogue avec eux en vue d’une métanoïa : un changement, une conversion. Voilà pour le monde grec.

Regardons maintenant du côté du monde juif. Dès la Genèse, la relation est mentionnée. « Dieu créa l’Homme à son image […], Homme et Femme il les créa » (La Bible, Médiaspol, Paris, 1994, p. 4). Le maintien dans la même phrase du singulier et du pluriel signifie cette relation comme définissant l’être humain. Le second récit de la création donne encore plus de force à la relation. Il y est indiqué une solitude d’Adam : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, je veux lui faire une aide semblable à lui » (op. citée, p. 8). Et, pour mieux marquer l’assomption de la femme, Dieu fabrique d’abord tous les animaux. Il les façonne à partir du sol.

L’homme les nomme : il désigne ce qu’ils sont. Le texte ajoute : « Il ne trouva pas d’aide qui lui corresponde » (op. citée, p. 8). Alors, Dieu plonge l’homme dans une torpeur et fabrique, à partir de son côté, la femme. En la rencontrant, l’homme a cette exclamation : « Voici enfin l’os de mes os, la chair de ma chair, elle sera appelée femme (isha) parce qu’elle a été tirée de l’homme (ish) » (op. citée, p. 8). Elle est identique, elle est différente. Dans la structure du récit (fabrication des animaux puis extraction et modelage de la femme à partir de l’homme) la relation est au cœur de la vie humaine, tout simplement en rendant humaine cette vie. En reconnaissant la femme, l’homme se reconnaît.

Dans la même phrase, il exprime qu’elle est lui et qu’elle est différente. Peut-on voir là une lointaine référence aux neurones miroirs ? Ce double effet, à la fois même et autre, donne à la relation un statut de grande fragilité et de grande puissance. Grande fragilité, car infiniment précieuse pour me constituer comme humain : cela ne dépend pas que de moi, mais aussi de l’autre. Grande puissance car la relation est ce par quoi je change l’autre. Grande fragilité car je ne peux changer l’autre qu’en me changeant moi- même. La puissance de changer ne passe pas par une puissance exercée sur l’autre, mais par la puissance du désir : en me changeant j’éveille le désir et les ressources du changement chez l’autre. La relation nous met en position de même « fréquence » (les neurones miroirs encore). Donc, l’humilité est puissante dans la relation. N’est-ce pas ce que nous montre le rôle de l’empathie et de la position dite « basse » en thérapie ? Voilà pour l’apport juif.

Signalons qu’en combinant les deux apports, le grec et le juif, la théologie chrétienne va porter la relation à un niveau incandescent : Dieu est Un en Trois. De façon rapide on peut dire que les Trois sont Un par la relation amoureuse. Le mot « relation » est employé pour désigner les personnes divines.

Voilà pour la relation. Mais en quoi une relation peut-elle être qualifiée de thérapeutique ?

Selon Ludwig Binswanger, le but de la thérapie est de permettre au patient de « participer au koïnos cosmos, à la vie de koïnonia authentique » (Introduction à l’analyse existentielle, éd. Minuit, pp. 131, 138). Autrement dit, réconcilier l’homme avec lui-même et avec le monde (entendu comme communauté humaine et réalité naturelle). Ce que Milton H. Erickson exprime d’une façon plus lapidaire : « Aider le patient à vivre d’une manière plus satisfaisante et à parvenir à une meilleure expression de soi » (L’Intégrale des articles de M. H. Erickson sur l’hypnose,Tome 1, Satas, Bruxelles, 1999, p. 672).Voilà pour la finalité de la relation thérapeutique. Mais qu’est- ce qui permet à une relation d’atteindre ce but ? Quelles en sont les conditions ? Qu’est-ce qui est utile dans une relation thérapeutique ?

Blaise Pascal écrit quelque chose de fort intéressant pour nous aider à saisir l’orientation concrète à donner à la relation thérapeutique. Nous le citons : « On se forme l’esprit et le sentiment par les conversations. On se gâte l’esprit et le sentiment par les conversations. […] Il importe donc […] de les savoir choisir […] et on ne peut faire ce choix, si on ne l’a déjà formé et point gâté. Ainsi cela fait un cercle d’où sont bienheureux ceux qui sortent » (Pensées, 51, Le Livre de Poche, Paris, 1972, p. 5). Sortir du cercle est l’enjeu de toute thérapie. Ainsi ce ne sont pas les conversations qui constituent le cœur de la thérapie, mais ce qui est hors du cercle des conversations. Cercle du discours interne (ruminations destructrices) ou bien cercle des discussions entre personnes (entretien systémique des problèmes). La thérapie, fusse par la conversation, doit permettre un saut dans l’expérience vécue. Comme le dit Michael White, il s’agit de « pénétrer dans de nouveaux territoires de l’expérience » (Cartes des pratiques narratives, Le Germe, Bruxelles, 2009, p. 14). C’est tout l’intérêt de l’hypnose, qu’elle soit dite conversationnelle ou formelle. C’est ce que nous allons illustrer par la vignette clinique qui suit.

Une rencontre en trois épisodes


1er épisode : un coup de fil
Cela commence par un coup de fil. Mais, avant l’appel téléphonique, il y a d’abord une rencontre fantasmée. Comment le patient imagine l’autre alors qu’il n’a que la projection de ses propres besoins ?

Et puis, il y a la voix. Cette rencontre, en partie tronquée par l’absence de contact direct, est-ce une voix qui rassure déjà ? Est-elle congruente avec mon fantasme ?
Et peut-être est-ce déjà le début de la synchronisation ? Les neurones se regardent déjà… comme on dit, en miroir ?

« Je voudrais prendre un rendez-vous avec vous, c’est pour faire de l’hypnose pour arrêter de fumer. »
« Qu’est-ce qui vous fait penser que l’hypnose peut vous aider ? » ou « comment l’hypnose peut-elle vous aider ? »

Ce sont des questions qui mobilisent déjà, qui donnent le contexte, le cadre. C’est concret et donc global : toutes les facultés de la personne sont sollicitées. Pas seulement sa pensée au sujet de l’hypnose.

Je travaille dans une clinique et je précise parfois « qu’il ne s’agit pas d’un rendez-vous au bloc opératoire, là où on dépose le corps et on attend que cela se fasse ».
Et le dialogue continue.

« Avez-vous déjà arrêté de fumer ? Qu’avez-vous déjà réussi par faire dans le passé ? » Mettre le patient en position d’acteur.

« Comment le savez-vous que c’est le bon moment pour vous d’arrêter de fumer ? »

On me répond parfois : « Ce n’est jamais le bon moment ! »

Je précise alors : « Quand on est au creux de la vague ce n’est pas le meilleur moment car nous n’avons pas l’énergie pour se mobiliser efficacement. » Phrase d’implication de la mobilisation personnelle dans la démarche.

Le cadre du changement est déjà posé : il s’appuie sur les compétences du patient. Elles ont été mobilisées à travers des questions qui incitent la personne à témoigner de son expérience vécue.

2e épisode : la rencontre

Marc PICARD DESTELAN.
Après des études de philosophie, devient éducateur, enseignant, formateur, puis psychologue clinicien et thérapeute. Formé en hypnose et thérapies brèves à l’AREPTA - Institut Milton Erickson de Nantes. Travaille en institution auprès de patients atteints de cancer et de patients souffrant de douleurs chroniques et mène une activité en cabinet libéral. Formateur.

Liliana FODOREAN.
Médecin généraliste, pratique l’hypnose dans sa consultation de psychosomatique et sevrage tabagique dans l’hôpital privé Le Confluent à Nantes. Enseignante à l’AREPTA - Institut Milton Erickson Nantes, et pour le DU Hypnose thérapeutique au CHU de Nantes

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- Éditorial : La relation thérapeutique. S. Cohen
- Éditorial : La relation au coeur de l’hypnose. J. Betbèze
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Florent HAMON
Hypnothérapeute, Praticien EMDR, Infirmier anesthésiste à Paris. Chargé de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille et dans les hôpitaux de l’AP-HP.
Consulte au cabinet d’Hypnose, EMDR et Thérapies Brèves de Paris 11.
Spécialisé dans les addictions au tabac, alcool…
Rédacteur web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Monde psychotraumatique.

dimanche 16 septembre 2018 - 16:11
Dr Eric BARDOT. L’objet de mes propos va se centrer sur cette question qui m’a guidé : « Si la source de la relation thérapeutique est la relation humaine, alors comment la relation humaine, dans la diversité de ses potentialités, peut-elle être mobilisée au service de la thérapie ? » Cette question a valeur pour moi de guide, c’est-à-dire qu’elle ne demande pas d’autre réponse que d’être requestionnée à chaque séance. Néanmoins, à partir de ma pratique clinique, particulièrement avec l’enfant et sa famille, il en est sorti un modèle thérapeutique, l’HTSMA (Hypnose, thérapie stratégique et mouvement alternatifs).

Mon histoire m’a amené à focaliser mon attention sur la manière d’«être en relation» des personnes et plus précisément celles chez qui la détresse, le désespoir, l’altération de la confiance dans la vie comme dans la relation humaine, dirigent leur existence.

Pour aider les patients à sortir du monde de la survie, il m’a semblé nécessaire de construire une modélisation qui puissent intégrer l’idée suivante : comment amener le patient à modifier les liens dysfonctionnels qui le maintiennent, le figent dans les effets d’une histoire passée.

Lors du premier rendez-vous, je me pose la question suivante : « Comment coconstruire avec ce patient un espace relationnel dans lequel la thérapie va pouvoir se dérouler ? » Cette entrée en thérapie mobilise quatre paramètres.

Le premier concerne la confiance dans la capacité de se faire aider. Elle vient questionner la confiance dans la relation humaine. Elle met en œuvre la relation d’attachement.

Le deuxième répond à la capacité à s’engager dans un processus de changement. Elle questionne l’autonomie, l’autorisation au changement et son corollaire : les risques du changement.

Le troisième concerne l’objectif. L’objectif va donner un cap au processus thérapeutique. Il met en œuvre la relation intersubjective, c’est-à-dire la capacité à entrer dans une relation de coopération, dans une bulle partagée (la bulle hypnotique). Le premier objectif peut être justement la possibilité de mettre en place une rencontre qui permette le déroulement de la thérapie. La définition d’un objectif n’est pas une fin en soi : un bon objectif est un objectif qui lorsqu’il va être atteint devient un moyen pour atteindre un nouvel objectif.

Le dernier paramètre tient dans la capacité à se sentir compris. La compréhension porte sur la manière dont le patient a vécu et vit encore les événements, ses tentatives pour tenir debout, les valeurs qu’il essaie de préserver.

Dans le même temps, par l’utilisation de questionnements, nous allons aider le patient à transformer son monde des représentations sursaturé par le trauma. Ce peut être au niveau sensorimoteur, comportemental, imaginaire ou des ruminations mentales. Il s’agit de métaphoriser la problématique traumatique dans l’ici et maintenant de la séance. Cette métaphorisation va demander la participation active du thérapeute. Celui- ci va pouvoir s’utiliser si nécessaire. L’objectif est de coconstruire une mise en forme des effets dans le présent du vécu traumatique.

A ce moment, avec l’aide des mouvements alternatifs : mouvements oculaires, tapping, balancements, on va aider le patient à dissoudre les liens entre cette mise en forme du vécu traumatique et lui-même. Le principe de base est le suivant : on externalise les formes traumatiques. On internalise les liens/ressources.

Il s’agit d’amener le patient, dans l’ici et maintenant, dans une expé- rience de sécurisation en lien avec le thérapeute.

Dans ce parcours, le thérapeute aidera le patient activement comme soutien, comme modèle, jusqu’à la phase de séparation où peuvent se manifester des peurs anticipatoires.

Pour l’illustrer, je vais utiliser comme support métaphorique de la relation thérapeutique et de ses variations dans le déroulé de la thérapie du psychotraumatisme, le mythe de la descente d’Orphée aux Enfers.

« Tandis qu’il exhalait ces plaintes, qu’il accompagnait en faisant vibrer les cordes, les ombres exsangues pleuraient ; Tantale cessa de poursuivre l’eau fugitive ; la roue d’Ixion s’arrêta ; les oiseaux oublièrent de dévorer le foie de leurs victimes, les petites-filles de Bélus laissèrent là leurs urnes et toi, Sisyphe, tu t’assoies sur ton rocher. Alors pour la première fois, des larmes mouillèrent, dit-on, les joues des Euménides, vaincues par ces accents ; ni l’épouse du souverain, ni le dieu qui gouverne les Enfers ne peuvent résister à une telle prière ; ils appellent Eurydice ; elle était là, parmi les ombres récemment arrivées ; elle s’avance, d’un pas que ralentissait sa blessure. Orphée du Rhodope obtient qu’elle lui soit rendue, à la condition qu’il ne jettera pas les yeux derrière lui, avant d’être sorti des vallées de l’Averne ; sinon, la faveur sera sans effet. Ils prennent, au milieu d’un profond silence, un sentier en pente, escarpé, obscur, enveloppé d’un épais brouillard. Ils n’étaient pas loin d’atteindre la surface de la terre, ils touchaient au bord, lorsque, craignant qu’Eurydice ne lui échappe et impatient de la voir, son amoureux époux tourne les yeux et aussitôt elle est entraînée en arrière ; elle tend les bras, elle cherche son étreinte et veut l’étreindre elle-même ; l’infortunée ne saisit que l’air impalpable. »

« Le mythe d’Orphée / Les métamorphoses d’Ovide » (« Le retour solitaire » : vers 40 à 85).

Campons le décor. Un environnement : le monde des Enfers, Orphée dans le rôle du thérapeute, Eurydice dans le rôle de la patiente.

Le monde des Enfers va symboliser le monde de la plainte, expression chez Eurydice du vécu psychotraumatique. Ce monde de la plainte n’est pas lié à l’agression physique – la morsure du serpent – mais à l’empoisonnement lié à l’inoculation du venin. C’est un monde à la fois vivant et mortifère. Chacune des Euménides illustre les formes que peuvent prendre les relations destructrices dans ce monde traumatique. Chacune est liée à une action (poursuivre, tourner, déclarer, garder).

Dr Eric BARDOT. Psychiatre, pédopsychiatre, psychothérapeute. Formateur en hypnose et thérapies brèves depuis plus de vingt ans. Concepteur de l’HTSMA (Hypnose, thérapies stratégiques et mouvements alternatifs), de l’utilisation du dessin en thérapie stratégique orientée solution. Créateur et directeur de l’Institut MIMETHYS. Formateur au DU d’Hypnose à la Faculté de médecine de Nantes. Président de l’association francophone HTSMA.

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Hors série n°11 de la revue Hypnose & Thérapies brèves. Mars 2017.
C'est un numéro double de 196 pages.
Thème : « La relation thérapeutique »


- Éditorial : La relation thérapeutique. S. Cohen
- Éditorial : La relation au coeur de l’hypnose. J. Betbèze
- L’alliance thérapeutique. M. Arnaud
- Enseigner la relation thérapeutique. A. Bioy
- Le thérapeute ? Un guide qui ne devance pas. J.-M. Benhaiem
- Autonomie relationnelle. J. Betbèze
- Avec le patient douloureux chronique. De la formation à la pratique. J. Nizard
- En salle de naissance. B. Bobenrieth
- Monde psychotraumatique. E. Bardot
- La relation thérapeutique. M. Picard Destelan et L. Fodorean
- Comment faire vivre un paranoïaque ? E. Malphettes
- Positionnement, et alliance... thérapeutiques. W. Martineau
- Rapport, alliance et changement : « l’Homonoia ». A. Vallée
- Une semaine aux urgences psychiatriques. V. Lagrée
- Retour à l’essentiel. G. Ostermann
- En Thérapie Systémique Brève. Y. Doutrelugne
- Un truc incroyable... Conversation en thérapie narrative. C. Besnard-Péron
- Retour aux bases. De l’infiniment petit à l’infiniment grand. P. Aïm et L. Gross
- Trouble du comportement à l’adolescence. A. Zeman

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Laurent GROSS
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychothérapeute certifié ARS en 2013.
Formateur en Hypnose Médicale, Ericksonienne et EMDR au CHTIP Collège d'Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris dont il est le Président Fondateur.
Chargé d'enseignement dans les hôpitaux de l'AP-HP. Conférencier au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.

Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.
Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur internet ...En savoir plus sur cet auteur

Avec le patient douloureux chronique. Julien Nizard

dimanche 16 septembre 2018 - 15:15
De la formation à la pratique La prise en charge de la douleur constitue un problème de santé publique et 20 à 30% de la population en Europe se plaint de douleurs chroniques, alors qu’elles sont intenses chez 5% de la population, soit près de 3 millions de personnes en France.

La posture du médecin ou du soignant lorsqu’il évalue la douleur du patient et son retentissement est capitale : il s’agit d’abord d’écouter le patient, de le croire. Ce premier élément, qui paraît si évident, est pourtant relativement rare, si l’on écoute les patients douloureux faire part de la souffrance qu’ils ont ressentie lorsque les praticiens, qui les ont pris successivement en charge, ne les ont pas suffisamment écoutés ou pris en compte, les interrompant rapidement, se tenant en face de leur ordinateur ou de leurs certitudes.

Il s’agit aussi d’expliquer de façon humaine et attentive à un patient en souffrance, dans un langage simple, volontiers positif, le diagnostic envisagé, les différents traitements possibles. Le patient est placé au centre de sa prise en charge : en premier lieu, il réalise lui-même l’évaluation de ses symptômes et de leur retentissement.

Contrat de soins et alliance thérapeutique
La médecine de la douleur repose sur la participation active et centrale du patient à sa prise en charge, qui bénéficie d’une éducation thérapeutique lui permettant de mieux comprendre les enjeux de sa prise en charge et les moyens de l’optimiser. La définition d’objectifs communs entre le patient et son thérapeute est capitale. Faute de tels objectifs, l’errance diagnostique et thérapeutique du patient risque de se poursuivre en cercle vicieux. En effet, le patient douloureux est souvent en attente d’une disparition complète, magique, de ses douleurs et d’un traitement qui lui permettra d’y parvenir. Le thérapeute non averti risque de tomber dans ce piège en poursuivant à son tour cet objectif inatteignable.

Ce sont surtout les facteurs d’entretien du syndrome douloureux chronique qu’il convient de connaître et d’expliquer au patient et à son entourage (et aussi d’enseigner aux jeunes médecins et soignants), afin qu’ils puissent se mobiliser pour limiter tout ce qui contribue à l’entretien des douleurs (le « faites vous-mêmes votre malheur », de Paul Watzlawick). 

Les ressources du patient seront mobilisées, en cherchant avec lui les solutions qu’il pourra lui-même apporter pour avancer dans la prise en charge de ses douleurs, en promouvant une dynamique de changement grâce à laquelle le patient pourra « mieux vivre avec ses douleurs » plutôt que « vivre avec ses douleurs ». 
Il est important de valoriser les efforts du patient douloureux, dont l’estime de soi est souvent détériorée et qui recueille de son entourage, de ses collègues et des médecins qui le « traitent », des ressentis souvent indifférents voire franchement négatifs à son encontre. 


Chaque thérapeutique, qu’elle soit physique, psychologique ou socioprofessionnelle, a pour but d’autonomiser le patient qui s’approprie les différents traitements, et met en place une autopratique régulière

A titre d’exemple, voici des objectifs personnalisés de qualité de vie que nous avons pu construire avec une patiente fibromyalgique de 45 ans, aide-soignante, en arrêt de travail depuis un an et hospitalisée au Centre de la douleur : diminution de la douleur (d’environ 2 points/10 et non- disparition de la douleur) ; rationalisation du traitement avec diminution et si possible suppression des médicaments responsables de dépendance (morphine, somnifères, benzodiazépines) ; au plan physique : marcher davantage (avec un but, par exemple celui d’aller chercher ses enfants à l’école), passer moins de temps au lit (par exemple, 16 h/jour la première semaine à la place des 20 h/jour actuelles) ; au plan psychologique : travailler son hygiène du sommeil (avec des levers et des couchers réguliers), s’autoriser à consulter un psychiatre, s’engager dans un travail de couple ; au plan socioprofessionnel : débuter une activité socialisante (activité associative pour la scolarisation des enfants en difficulté), avancer sur son projet au retour au travail (avec un premier contact avec ses collègues et de son cadre de santé).


Les clés du devenir du patient douloureux chronique
Davantage que les médicaments ou les approches techniques ou chirurgicales les plus pointues, c’est la qualité de la relation thérapeutique qui permettra au patient douloureux d’aller vers une vie meilleure et moins centrée sur ses douleurs, de diminuer sa consommation des médicaments responsables de dépendance, et de reprendre son travail et/ou ses activités. Chaque thérapeutique, qu’elle soit physique, psychologique ou socioprofessionnelle, a pour but d’autonomiser le patient qui s’approprie les différents traitements, et met en place une autopratique régulière. C’est autant valable pour l’activité physique régulière qu’il pérennisera, que pour les séances d’autohypnose quotidienne… 


La relation thérapeutique auprès du patient douloureux peut s’apprendre...
Enfin la responsabilisation du patient, qui reprend les rênes de son devenir, qui en prend conscience et s’en réjouit, permet au patient, dans le meilleur des cas définitivement, de changer de stratégie vis-à-vis de ses douleurs qui l’ont handicapé, et qu’il a désormais appris à apprivoiser…


Hypnose et pratique de la relation thérapeutique
Au sein de la prise en charge du patient douloureux, l’hypnose et les autres thérapies complémentaires (acupuncture, médecine manuelle- ostéopathie, méditation en pleine conscience « mindfulness ») ont une place de choix dans l’approche du patient douloureux chronique. La Haute Autorité de Santé et les sociétés savantes de la douleur comme de la rhumatologie ou la médecine physique et rééducation, encouragent leur pratique, au sein de la prise en charge pluridisciplinaire recommandée, au sein de laquelle ils s’insèrent (« add-on therapies », pour les Anglo-Saxons). 
JULIEN NIZARD
Docteur en médecine et docteur en sciences, titulaire de l’Habilitation à diriger les recherches, dirige le service Douleur, soins palliatifs et de support, éthique clinique et thérapies complémentaires du CHU de Nantes, au sein duquel il promeut, avec son équipe, une approche intégrative du patient douloureux et en soins palliatifs et de support. Il dirige les enseignements et DU, diplômes universitaires de la douleur, des soins palliatifs et de support, de l’hypnose thérapeutique, de médecine manuelle, de l’acupuncture et de la prévention des risques psychosociaux liés au travail, à la Faculté de médecine de Nantes. Il anime l’unité de recherche clinique Douleur, soins palliatifs, neurochirurgie du CHU de Nantes.

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Hors série n°11 de la revue Hypnose & Thérapies brèves. Mars 2017.
C'est un numéro double de 196 pages.
Thème : « La relation thérapeutique »


- Éditorial : La relation thérapeutique. S. Cohen
- Éditorial : La relation au coeur de l’hypnose. J. Betbèze
- L’alliance thérapeutique. M. Arnaud
- Enseigner la relation thérapeutique. A. Bioy
- Le thérapeute ? Un guide qui ne devance pas. J.-M. Benhaiem
- Autonomie relationnelle. J. Betbèze
- Avec le patient douloureux chronique. De la formation à la pratique. J. Nizard
- En salle de naissance. B. Bobenrieth
- Monde psychotraumatique. E. Bardot
- La relation thérapeutique. M. Picard Destelan et L. Fodorean
- Comment faire vivre un paranoïaque ? E. Malphettes
- Positionnement, et alliance... thérapeutiques. W. Martineau
- Rapport, alliance et changement : « l’Homonoia ». A. Vallée
- Une semaine aux urgences psychiatriques. V. Lagrée
- Retour à l’essentiel. G. Ostermann
- En Thérapie Systémique Brève. Y. Doutrelugne
- Un truc incroyable... Conversation en thérapie narrative. C. Besnard-Péron
- Retour aux bases. De l’infiniment petit à l’infiniment grand. P. Aïm et L. Gross
- Trouble du comportement à l’adolescence. A. Zeman

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Théo CHAUMEIL
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Kinésithérapeute.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargé de Formation au CHTIP à Paris, dans les hôpitaux de l’AP-HP, et à l’Institut Hypnotim de Marseille.
Rédacteur web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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La relation en salle de naissance.

dimanche 16 septembre 2018 - 11:12
Bénédicte Bobenrieth. La lutte contre la douleur est devenue une des priorités du système de santé publique. Sa prévention et son traitement sont une exigence éthique, légale et font partie des indicateurs de la qualité des soins. En accueillant régulièrement des patientes qui exigent de « ne pas avoir mal » parce que de « nos jours, ce n’est pas normal d’avoir mal », mon exercice en salle de naissance m’y confronte régulièrement.
Sage-femme, exerçant en salle de naissance et en libéral, j’ai pu au fil des années développer quelques « techniques » de communication et de détournement de l’attention. Ces méthodes, bien que personnelles, sont dans leur principe utilisées par un grand nombre de sages-femmes mais ont cependant leurs limites.

Les techniques hypnotiques me permettent de compléter mon approche en étoffant ma prise en charge des patientes souhaitant un accompagnement le plus physiologique possible, tout comme celle des futures mamans perdues dans des sensations douloureuses souvent inattendues, déroutantes et non acceptées (dystocies de démarrage, travail très rapide ne laissant pas le loisir de recourir à une analgésie péridurale, sensations d’engagement…).
Le travail hypnotique va se porter non pas sur la douleur elle-même, mais sur la perception que la patiente a de sa douleur Si la lutte contre la douleur est un enjeu national, on peut cependant s’interroger sur l’intérêt de faire totalement disparaître la douleur de la salle de naissance, tout comme de notre société. En effet, sans douleur, comment reconnaître l’état de bien-être ?

La douleur est une expérience multidimensionnelle avec une composante physique, qui permet de qualifier et de quantifier la douleur, et des composantes affectives et comportementales qui correspondent à la manière dont la patiente va percevoir sa douleur. La douleur est donc une expérience subjective, et chaque patiente aura un seuil de douleur et un seuil de tolérance (ou de confort) individuels mais aussi différents selon le vécu, l’état d’esprit et le contexte.
C’est dans cette différence entre douleur et tolérance, qu’apparaît l’intérêt de l’hypnose en salle de naissance. En effet, le fait d’expliquer les soins, le déroulement du travail et de l’accouchement, ou bien encore de s’appuyer sur l’accompagnant, sont des moyens simples de diminuer l’anxiété de la patiente. Cependant la douleur toujours présente ravive les éventuels souvenirs des douleurs passées, et majore l’anxiété et l’appréhension. De plus, les composantes affectives et culturelles peuvent également jouer sur le vécu négatif de la douleur.

Si la douleur apparaît comme difficilement évitable au décours d’un accouchement, la souffrance est quant à elle à bannir. Or, une douleur peut être confortable. Ainsi, on ne peut nier qu’une patiente souhaitant accoucher sans péridurale ait mal. Mais on peut analyser cette situation comme une « douleur confortable » ; cette patiente accepte la douleur, elle est pour elle tolérable, elle reste ainsi dans son seuil de confort et ne souhaite pas recourir à une analgésie péridurale.

Le travail hypnotique va se porter non pas sur la douleur elle-même, mais sur la perception que la patiente a de sa douleur. En effet, l’hypnose ne va pas annuler une douleur, mais bien diminuer la perception de cette dernière. La souffrance pourrait s’apparenter à une sorte de « douleur de la douleur ». Lorsque la douleur est refusée, en plus de la douleur non acceptée et rejetée qui revient, va s’installer un processus dissociatif de « douleur de la douleur » et d’« angoisse de l’angoisse » qui majore les sensations et amène la patiente à souffrir.

L’hypnose va permettre de diminuer la perception de l’angoisse, de détendre la patiente et d’enrober la douleur, de la rendre acceptable. Il faut pouvoir accompagner la douleur et non la combattre et pour cela la patiente doit l’accepter. En utilisant une focalisation agréable (jardinage, vagues, souvenir agréable…), le but est de permettre à la patiente d’être plus détendue, d’être en relation en même temps avec la douleur et d’autres informations

Bénédicte BOBENRIETH
Sage-femme, titulaire du DIU d’acupuncture obstétricale de Strasbourg ainsi que du DU d’hypnose thérapeutique de Nantes. Elle fait partie de l’équipe obstétricale de la clinique Saint-CharlesVendée, une petite maternité où l’accent est mis sur la physiologie en proposant, entre autres, des consultations d’acupuncture et d’homéopathie aux patientes. Depuis quelques années, elle partage son temps entre cette activité salariée et une activité libérale où elle exerce sa profession de sage-femme et d’acupunctrice, en agrémentant sa pratique de techniques hypnotiques.

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Thème : « La relation thérapeutique »


- Éditorial : La relation thérapeutique. S. Cohen
- Éditorial : La relation au coeur de l’hypnose. J. Betbèze
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Valérie TOUATI-GROSS
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Ostéopathe.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose Médicale, Ostéopathie, EMDR de Paris 12.
Spécialisée sur les traitements et approches de la Fécondation In Vitro (FIV), et de la Procréation Médicalement Assistée (PMA), Infertilité Inexpliquée. 
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Les Abstracts de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves 46 à 49

vendredi 14 septembre 2018 - 20:11
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Revue Hypnose & Thérapies Brèves 46 Le carnet de bord : un outil pour provoquer le changement ?

Soin de la dépression. La Maison du MOI. Carlos Manuel P. Castro

Hypnose: Au service de nos grands aînés. Dr Marie Floccia et Fabienne Bidalon

Une Note. Selon François Roustang. Sylvie Le Pelletier

En cancérologie. Dr Lauriane Bordenave

Écouter les mots. Anne-Sophie Bounié

Cancer, stress et hypnothérapie. Dr Fabrice Lakdja

Hypnose et anesthésie : « Dormez, je le veux ? ». Dr Aurore Marcou

Un abandon. Par Vanessa C., une patiente

« Prenez place ». Dr Stefano Colombo

Le point de vue de la guérison. Dr Adrian Chaboche

L’entretien d’explicitation. Dr Dina Roberts

Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi

Livres en bouche. Dr Julien Betbèze

La Corse sous Hypnose. Dr Marc Galy

Rééducation, douleur, anesthésie. Dr Adrian Chaboche et Dr Lauriane Bordenave

Lettre ouverte à Madame la Ministre des Solidarités et de la Santé



Revue Hypnose & Thérapies Brèves 47 En automne. L'Edito de Sophie Cohen

Notes de lecture. Sophie Cohen

Comment devient-on thérapeute ? Dr Dominique Megglé

Le corps : guide et mémoire. Mady Faucoup Gatineau

L’hypnose en prison. Dr Pascal Vesproumis

Note Deuxième Selon François Roustang. Dr Sylvie Le Pelletier-Beaufond

Sortir du tunnel de la douleur. Dr Francine Zonens

Douleur, littérature et ressources hypnotiques. Anita Violon

Regards croisés sur les douleurs de la chute. Patrick Martin et Aurore Burlaud

L’hypnose dans les situations d’urgence. Dr Jacques Wrobel

Algodystrophie et respiration. Jeanne-Marie Jourdren

Livres en bouche. Jeanne-Marie Jourdren

Hypnose et douleurs neuropathiques. Dr Jean-Pierre Alibeu

"Je dois tout contrôler". Dr Stefano Colombo.

La voix du thérapeute. Dr Dina Roberts

Les Grands Entretiens: Teresa Robles. Par Dr Gérard Fitoussi

Livres en bouche. Christine Guilloux

Mise à l’épreuve de la théorie du jeu de rôle. Dr Adrian Chaboche


Revue Hypnose & Thérapies Brèves 48 Bouffées de chaleur: apports de l’hypnose. Marc PICARD-DESTELAN

Les 11 principes d'Erickson. Etude synthétique

Note troisième. Selon François Roustang. Sylvie LE PELLETIER-BEAUFOND

Traumatismes complexes : Adaptation de l'hypnose. Olivier PIEDFORT-MARIN

Personne âgée démente et l'hypnose aux urgences. Marie-Laure MOUEZA

La respiration est le souffle de vie. Jeanne-Marie Jourdren

Le souffle de vie dans la réadaptation. Jeanne-Marie Jourdren

Mouvement de respiration. Concepcion RUANO-SICHI

En orthophonie, la respiration. Isabelle HUÉ-DELETTREZ

Observer et utiliser la respiration. Jean-Michel HÉRIN

« Ça tombe bien ! » Dr Stefano Colombo, Revue Hypnose et Thérapies brèves 48

Laissez advenir...Sophie COHEN

Cette phobie, une peur de mourir… ou de vivre ? Dr Adrian CHABOCHE

Hypnose et danse avec Catherine Contour. Dr Dina ROBERTS

Les Grands Entretiens: Jean-Marc Benhaiem par Gérard Fitoussi

30 jours pour pratiquer l’autohypnose.

Recherches: Neuroscience of consciousness 2017. Dr Adrian CHABOCHE



Revue Hypnose & Thérapies Brèves 49 Trauma complexe: Apport de l'Hypnose. Olivier PIEDFORT-MARIN

Troubles des apprentissages: Mémoire, émotion et neurosciences. Amer SAFIEDDINE

L'Hypnose en Ophtalmologie. Dr Robert BENHAMOU

Le ventre, grenier à émotions. Une suggestion. Dr Jean DENIS

Infertilité et Hypnose. Concerto pour un bébé. Claire MARIE-RODA

Note Quatrième selon François Roustang. Sylvie LE PELLETIER-BEAUFOND

Edito: Autour de la maternité. Dr Véronique WAISBLAT

Apports de l’hypnose en consultations prénatales. Mélina SINGER

Hypnose en salle de naissance. Delphine GERMAIN et Dr Véronique WAISBLAT

Accouchement personnel maison: Sortir des violences obstétricales. Isabelle IGNACE

Grossesse et accouchement: Communication Hypnotique. Dr Allan CYNA

Trois rituels de guérison. Apaisement avant ou après la naissance. Dr Christelle ROUX

« Si j’avais su... ».Dr Stefano Colombo, Revue Hypnose et Thérapies brèves 49

A deux mains dans la neige. Sophie COHEN et Véronique BONNET

Merci, au revoir. Dr Adrian Chaboche

Hypnose: le pouvoir des odeurs. Dr Dina ROBERTS

Entretien de Martin Wall, Président de European Society of Hypnosis

Couleur Chronique, Jean-Michel Hérin

Etre là, sous la direction du Dr Marc Galy

Laurent GROSS
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychothérapeute certifié ARS en 2013.
Formateur en Hypnose Médicale, Ericksonienne et EMDR au CHTIP Collège d'Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris dont il est le Président Fondateur.
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Autonomie relationnelle. Dr Julien Betbèze

mercredi 12 septembre 2018 - 18:11
Chaque thérapie doit s’adapter aux besoins d’un individu particulier et c’est la prise en compte de la relation spécifique du thérapeute avec le sujet qui permet à cette singularité de pouvoir être reconnue, accueillie, pour devenir le moteur du changement.

Hypnose ou suggestion.
Lorsque Milton H. Erickson commence son travail de recherche en 1923-1924, il prend ses distances avec le travail de Clark L. Hull qui pensait pouvoir développer une approche « scientifique » de l’induction hypnotique en développant des techniques standardisées. Cette critique n’est compréhensible que par l’attention que portait Erickson à la singularité du sujet. Il lui arrivait souvent de comparer le caractère unique et original de chacun à celui d’empreintes digitales. Erickson dessine une anthropologie relationnelle de l’être humain, anthropologie où la singularité émerge d’une relation vivante. Lorsque le sujet vit une telle relation, il habite son corps, c’est-à-dire qu’il est dans la capacité de lâcher prise, de faire confiance à l’autre pour se retrouver dans un espace partagé où « plus je suis en relation avec l’autre, plus je suis en relation avec moi-même ». Lors de sa présentation de l’hypnose en janvier 1941, de même que dans son texte de 1954 publié dans l’Encyclopedia Britannica, pour aider à comprendre les processus hypnotiques, Erickson parle de « coopération totale et volontaire du sujet » et de « coopération interpersonnelle ».

Toutes les stratégies et techniques inventées par Milton Erickson sont ainsi au service de cette coopération, celle-ci étant le chemin à partir duquel la singularité va pouvoir émerger. La notion de ressource doit ainsi être comprise non pas comme une compétence neutre, mais comme une singularité en acte dans un contexte relationnel. C’est cet arrière-plan anthropologique qui nous permet de comprendre la rupture épistémologique apportée par l’hypnose ericksonienne, par rapport à la vision de l’hypnose à la fin du XIXe siècle. A cette période, sous l’influence de Bernheim, l’hypnose est assimilée à la suggestion. Cette vision confond la suggestion utilisée dans l’induction avec le processus de réassociation caractéristique de la dynamique hypnotique. « On avance trop souvent, de manière mal fondée et injustifiée, que comme l’état de transe est induit et maintenu par la suggestion, et comme les manifestations hypnotiques peuvent être suscitées par la suggestion, tout ce qui se développe en hypnose doit nécessairement être entièrement le résultat de la suggestion et être fondamentalement une expression de celle-ci. En réalité, c’est tout le contraire de ces conceptions erronées, et la personne hypnotisée demeure la même personne (...) L’induction est le maintien d’une transe qui permet de disposer d’un état psychologique spécial dans lequel le patient peut ré-associer et réorganiser ses complexités psychologiques internes et utiliser ses propres aptitudes de manière à être en accord avec ses expériences de vie personnelles. »

C’est contre cette vision erronée, confondant hypnose et suggestion, qu’Erickson va développer une nouvelle conception de la psychothérapie. Lorsqu’à la fin du XIXe siècle Bernheim réduit l’hypnose à la suggestion, il pense le sujet en thérapie comme un objet devant être éduqué, en laissant l’imaginaire du patient devenir transparent au pouvoir de l’hypnothérapeute. Il s’agit d’une relation au sein de laquelle le thérapeute ne s’adresse pas à la singularité blessée du sujet, pour lui permettre de trouver son propre chemin, mais s’adresse à un homme pensé comme un simple réflexe évolué dont la thérapie va l’amener à développer un comportement adéquat. La nonprise en compte de la singularité individuelle que l’on retrouve dans la confusion entre hypnose et suggestion, chez Bernheim comme chez Hull, est une confusion qui continue encore de nos jours, par exemple dans le rapport de l’Inserm en 2015 sur l’hypnose 5. Le génie d’Erickson nous semble avoir été de répondre aux impasses de l’hypnose-suggestion du XIXe siècle, dans laquelle la singularité individuelle n’est pas reconnue, en développant une thérapie « sur mesure », dans laquelle le sujet va co-créer une nouvelle manière d’être.

Pour nous, Erickson s’est posé les mêmes questions que Freud à la fin du XIXe siècle quand ce dernier a rompu avec l’hypnose, mais à la différence du créateur de la psychanalyse qui a confondu, sous l’influence de Bernheim, hypnose et suggestion, Erickson a permis de retrouver pardelà l’individualisme moderne, le rôle central de notre identité relationnelle.


Idéomotricité et hypnose.

Nous proposons de prendre l’exemple de la lévitation de la main, technique qu’Erickson va développer dès les années 1923-1924 pour comprendre l’avancée produite par rapport à Bernheim et Freud. Pour Freud, lors de la technique de lévitation de la main, deux possibilités s’ouvrent : soit la main du sujet se lève, comme l’hypnotiste l’a demandé, et à ce moment-là Freud parlerait de suggestion, soit la main du sujet reste sur sa cuisse et à ce moment-là Freud parlerait de résistance.

Dans cette vision, nous avons donc deux options : soit il y a suggestion, soit il y a résistance. Si la main se lève, il y a suggestion, cela veut dire que le sujet est en relation involontaire avec la parole de l’hypnotiste, comme si la main s’était levée de manière automatique, le mouvement donnant forme à l’intention du thérapeute. Dans cette occurrence, la suggestion est pensée comme une relation sans liberté. Réduire l’hypnose à la suggestion, c’est penser le mouvement comme automatique, le sujet ayant perdu sa liberté de faire ou de ne pas faire. Si la main reste sur la cuisse, à ce moment-là Freud parlerait de résistance, c’est-à-dire que le sujet est en contact avec ses possibilités, mais il n’est plus en relation avec le thérapeute. Nous avons ainsi deux possibilités, soit une relation sans autonomie, c’est-à-dire produite par la suggestion, soit une autonomie contre la relation exprimée par le concept de résistance.

C’est pour sortir de l’impasse de cette vision qui ne donne pas sa place à la subjectivité individuelle que Freud pense le début de la psychanalyse comme une analyse des résistances, c’est-à-dire une thérapie visant à réintroduire la singularité individuelle non prise en compte dans l’approche de l’hypnose réduite à la suggestion.

Si nous nous interrogeons sur la vision freudienne de l’idéomotricité, dans laquelle la compréhension de la lévitation se réduit à une alternative entre une relation sans autonomie ou une autonomie contre la relation, nous comprenons la logique à partir de laquelle la pulsion de vie s’est trouvée contaminée par la pulsion de mort, le monde de la vie devenant le monde de la survie. Pour Erickson, le monde de la vie est un monde dans lequel le sujet est libre dans la relation, le monde de la survie étant celui de la psycho - pathologie, à savoir un monde dans lequel il y a une contradiction entre l’autonomie et la relation. Nous pourrions même dire que toute la psycho - pathologie peut être pensée comme l’expression de cette contradiction : soit il y a une relation et pas d’autonomie, et nous sommes dans le monde de la maltraitance, le sujet étant réduit à un objet, soit nous sommes dans un monde où l’autonomie est pensée sans relation possible, et nous avons le monde abandonnique. Ce monde de maltraitance et d’abandon est la forme que nous pouvons donner au monde psychotraumatique que Freud confond avec le monde de la vie.

Cette confusion est accentuée par l’essai de compréhension de ce qu’est un être humain à partir de la psycho - pathologie. Si Freud a voulu réintroduire la notion de sujet donc de liberté, en pensant cette dernière dans un monde psychopathologique, il rend cette liberté illusoire, l’analyse des résistances étant sans fin à l’image de Sisyphe. La relation pensée comme transfert et la collaboration comme forme de l’analyse de la résistance enferment le sujet dans un transfert infini. Pour que celui-ci s’arrête, comme l’a montré François Roustang, il est nécessaire que le sujet soit capable de rentrer dans un processus d’autohypnose,c’est-à-dire un processus dans lequel il puisse être en même temps libre et en relation. C’est ce qu’a permis de comprendre l’avancée produite par Milton Erickson : dans une lévitation, si le sujet lève sa main « c’est OK », il est en même temps libre et en relation ; en effet, il ne répond pas à une injonction, mais à une possibilité ouverte par les propositions de l’hypnothérapeute.

Si la main reste sur la cuisse, c’est également « OK », car c’est la manière la plus adaptée trouvée par le sujet pour rester en relation avec l’hypnothérapeute. Dans les deux cas, que la main se lève ou qu’elle reste sur la cuisse, le sujet expérimente une autonomie relationnelle. Et ce monde auquel nous ouvre Erickson est le monde de la vie, un monde dans lequel l’autre est pensé dans son intention collaborative. Ainsi, un des axes centraux de la technique ericksonienne, à savoir la mise entre parenthèses du concept de résistance, est au centre d’une nouvelle manière d’exister. L’hypnose ericksonienne est ainsi une thérapie dans laquelle la résistance n’existe pas.Nous renvoyons ici au modèle éclairant développé par Steve de Shazer qui a prolongé cette vision co opérative de la thérapie avec son texte célèbre sur la mort de la résistance. Cette perplexité qu’a ressentie Steve de Shazer devant le concept de résistance a pu émerger dans le cadre du changement épistémologique initié par Milton Erickson. Nous citons Steve de Shazer : « J’étais de plus en plus convaincu que les clients ont réellement envie de changer. Bien sûr, il peut arriver que certains d’entre eux trouvent que la manière dont on leur propose d’opérer ce changement ne leur convient pas très bien. Néanmoins j’avais de la difficulté à attribuer à cette difficulté le terme de “résistance” alors qu’il semblait plutôt s’agir d’un message de la part des clients, message destiné à aider les thérapeutes à les aider 8. » Nous sommes passés ainsi d’un monde de la survie, où l’autonomie est pensée contre l’autre, à un monde de la vie dans lequel l’autonomie est pensée avec l’autre. La résistance n’est alors qu’une des formes de la coopération, c’est la meilleure manière trouvée par le sujet, là où il est, pour indiquer au thérapeute le chemin de sa liberté.


Dr Julien BETBÈZE
Psychiatre des hôpitaux, chef de service de l’Accueil familial thérapeutique de Loire-Atlantique, CHS de Blain. Chargé de cours à Nantes à la Faculté de psychologie (DESS Cognitif et clinique) et à l’UER de médecine : DU Addictions, DU Hypnose thérapeutique, DU Douleur. Thérapeute familial, Service d’addictions du CHU de Nantes. Responsable pédagogique et formateur à l’Arepta-Institut Milton Erickson de Nantes. Coauteur avec Y. Doutrelugne, O. Cottencin, L. Isebaert et D. Megglé de Interventions et thérapies brèves : 10 stratégies concrètes, crises et opportunités, éditions Masson, 2016.
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C'est un numéro double de 196 pages.
Thème : « La relation thérapeutique »


- Éditorial : La relation thérapeutique. S. Cohen
- Éditorial : La relation au coeur de l’hypnose. J. Betbèze
- L’alliance thérapeutique. M. Arnaud
- Enseigner la relation thérapeutique. A. Bioy
- Le thérapeute ? Un guide qui ne devance pas. J.-M. Benhaiem
- Autonomie relationnelle. J. Betbèze
- Avec le patient douloureux chronique. De la formation à la pratique. J. Nizard
- En salle de naissance. B. Bobenrieth
- Monde psychotraumatique. E. Bardot
- La relation thérapeutique. M. Picard Destelan et L. Fodorean
- Comment faire vivre un paranoïaque ? E. Malphettes
- Positionnement, et alliance... thérapeutiques. W. Martineau
- Rapport, alliance et changement : « l’Homonoia ». A. Vallée
- Une semaine aux urgences psychiatriques. V. Lagrée
- Retour à l’essentiel. G. Ostermann
- En Thérapie Systémique Brève. Y. Doutrelugne
- Un truc incroyable... Conversation en thérapie narrative. C. Besnard-Péron
- Retour aux bases. De l’infiniment petit à l’infiniment grand. P. Aïm et L. Gross
- Trouble du comportement à l’adolescence. A. Zeman

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Laurent GROSS
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychothérapeute certifié ARS en 2013.
Formateur en Hypnose Médicale, Ericksonienne et EMDR au CHTIP Collège d'Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris dont il est le Président Fondateur.
Chargé d'enseignement dans les hôpitaux de l'AP-HP. Conférencier au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.

Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.
Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur internet ...En savoir plus sur cet auteur

Enseigner la relation thérapeutique.

mardi 11 septembre 2018 - 20:38
A priori, il n’est pas besoin de convaincre le lecteur de ce numéro spécial de l’importance de la relation, qu’il s’agisse de celle mobilisée par le cadre hypnotique ou dans d’autres pratiques.

Et il ne faudrait pas se pousser beaucoup pour dire que la relation constitue l’essentiel lorsque l’on aborde la question des effets thérapeutiques, guidant vers l’endroit où se pose le levier du changement. Pour autant, la relation n’est pas un thème aisé : il ne s’agit pas d’une simple rencontre, ni d’une improvisation de circonstance. La déontologie pousse à envisager comment l’apprendre, à l’apprivoiser et à travailler sa posture de façon conscientisée avant qu’elle ne soit intériorisée et « simplement là » en entretien. Faute de quoi la relation est limitée à ses aspects techniques, à la « course aux scripts » pour bien faire, et le suivi livré à l’aveuglement du praticien quant à son propre principe d’influence, alors même qu’il s’agit d’une fonction essentielle du professionnel usant d’une méthode de nature psychologique et relationnelle telle que l’hypnose.

Alors où et comment travailler la relation ? Cet article explore la façon dont elle a pris place dans une université française (Université de Bourgogne, Dijon), en cycle de Psychologie.

Importance de l’alliance thérapeutique
Toute approche thérapeutique possède à la fois des facteurs spécifiques, mais aussi des facteurs communs comme l’impact des caractéristiques de personnalité du patient comme du thérapeute sur le déroulé des suivis. Parmi ces facteurs communs, celui qui possède l’influence la plus élevée dans les effets obtenus est la notion d’alliance thérapeutique. Elle peut se définir comme la coopération, le partenariat, entre le patient et le thérapeute dans le but d’accomplir les objectifs fixés lors d’une rencontre temporaire. Elle ne se décide pas, elle est en fait la conséquence d’un travail thérapeutique adéquat (Despland et al., 2006). C’est au travers de ce concept que l’on comprend le mieux la dynamique des suivis et la façon dont s’organisent les effets. Jusqu’à une période proche, la notion d’alliance thérapeutique était présente dans les manuels d’hypnose comme étant une notion importante, mais n’avait pas été étudiée scientifiquement. Nous avons engagé une ligne de recherches à ce propos1 qui montre notamment que la dynamique de l’alliance dans les premières séances d’hypnothérapie relève plus de facteurs d’ajustement du praticien vis-a -vis de son patient que d’une évolution du patient au cours des premières séances. C’est parce que le praticien « bouge » que le patient va « bouger », ce qui rejoint les conclusions de recherches précédentes, notamment en psychologie humaniste (Bioy et Servillat, 2017 ; Santarpia, 2016) et aussi en psychologie psychodynamique (de Roten et al., 2006). Cette dynamique n’est pas fonction de l’utilisation de l’hypnose (classique ou conversationnelle), mais son usage en séance accentue le sentiment d’un travail vers l’objectif en congruence avec la forme de travail « attendu ». Le sentiment d’être compris et apprécié est plus important lorsque l’hypnose est employée. L’évocation ou la prescription de l’auto-hypnose n’ayant pas d’incidence sur la dynamique d’alliance.

C’est Elisabeth Zetzel qui fut la première à affirmer véritablement que l’alliance thérapeutique est essentielle à l’efficacité de n’importe quelle intervention thérapeutique. Elle a montré que l’alliance est dépendante de la capacité fondamentale à former une relation de confiance stable ; capacité enracinée dans les relations précoces entre le bébé et sa mère, et en partie aussi entre le bébé et le père. Si le climat nécessaire à la relation thérapeutique n’est pas présent du fait de carences dans le développement, alors Zetzel propose qu’avant tout, le thérapeute travaille avec son patient une relation de support dont l’objectif est le développement d’une alliance (de la même façon que la mère fournit un environnement maternel approprié pour faciliter le développement d’un sentiment de confiance fondamental). Là aussi, nous avons ouvert une ligne de recherches pour prolonger ces travaux dans le champ de l’hypnose qui confirment dans les premiers résultats les liens entre attachements précoces et l’engagement à la fois dans la situation hypnotique et dans la relation au praticien. De ce fait, et pour notre part en pratique psychothérapeutique par hypnose, nous avons toujours un regard pour cette qualité d’attachement et l’incidence que cela peut avoir dans l’engagement thérapeutique du patient. Lorsque la qualité d’attachement demande à être travaillée, nous y consacrons les premiers rendez-vous à la fois pour favoriser le déploiement d’une hypnose dans un cadre sécure, en même temps bien sûr que ce travail est déjà de nature thérapeutique en soi, puisque travaillant le rapport au monde du patient. Ce travail particulier se fait selon une approche perceptive proche de celle de François Roustang, intégrant une directivité assumée pour « cadrer » l’expérience du patient au plus proche, avant d’offrir un espace d’investissement plus autonome des sensations et ressentis attenants aux différents percepts.


ANTOINE BIOY

Professeur des universités, responsable du « Master de psychologie » de l’Université de Bourgogne ainsi que du M2Pro « psychopathologie clinique, psychologie médicale et psychothérapies ». Il pratique l’hypnose et l’enseigne tant dans les cycles d’enseignements initiaux (les masters en question), que dans les cycles d’enseignements continus (diplôme universitaire « hypnothérapie » et diplôme inter-universitaire « hypnose médicale et clinique », qu’il dirige) et dans les formations professionnelles (divers instituts privés).
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C'est un numéro double de 196 pages.
Thème : « La relation thérapeutique »


- Éditorial : La relation thérapeutique. S. Cohen
- Éditorial : La relation au coeur de l’hypnose. J. Betbèze
- L’alliance thérapeutique. M. Arnaud
- Enseigner la relation thérapeutique. A. Bioy
- Le thérapeute ? Un guide qui ne devance pas. J.-M. Benhaiem
- Autonomie relationnelle. J. Betbèze
- Avec le patient douloureux chronique. De la formation à la pratique. J. Nizard
- En salle de naissance. B. Bobenrieth
- Monde psychotraumatique. E. Bardot
- La relation thérapeutique. M. Picard Destelan et L. Fodorean
- Comment faire vivre un paranoïaque ? E. Malphettes
- Positionnement, et alliance... thérapeutiques. W. Martineau
- Rapport, alliance et changement : « l’Homonoia ». A. Vallée
- Une semaine aux urgences psychiatriques. V. Lagrée
- Retour à l’essentiel. G. Ostermann
- En Thérapie Systémique Brève. Y. Doutrelugne
- Un truc incroyable... Conversation en thérapie narrative. C. Besnard-Péron
- Retour aux bases. De l’infiniment petit à l’infiniment grand. P. Aïm et L. Gross
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Philippe AÏM
Psychiatre, Hypnothérapeute, Thérapeute EMDR, Thérapies Brèves.
Responsable pédagogique du CHTIP à Paris, Dirige l’Institut UTHyl à Nancy, membre de la CFHTB Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brève. Chargé de Formation dans les hôpitaux de l’AP-HP.
Auteur et conférencier international.
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Le thérapeute ? Un guide qui ne devance pas. Dr Jean-Marc Benhaiem

mardi 11 septembre 2018 - 20:11
Pour parler de la relation thérapeutique, je me suis appuyé sur le travail de François Roustang qui a merveilleusement décrit ce qui se joue entre le patient
et son thérapeute.
Les extraits sélectionnés sont tirés de son ouvrage « Il suffit d’un geste », publié en 2003 aux éditions Odile Jacob.

Après une séance d’hypnose thérapeutique, il arrive que les patients parlent du vécu de leur séance.

Une jeune patiente dit à la fin de la séance :
- « Ce que j’ai aimé, c’est que vous ne m’avez pas jugée. Je me suis sentie libre. » Et d’autres :
- « Je ressens une légèreté très agréable. »
- « J’avais dans les bras un engourdissement, impossible de bouger. »
- « J’aurais dû venir il y a des années. »
- « Je resterais bien toute la journée ainsi, dans ce fauteuil. »
- « Cela fait très longtemps que je n’avais pas ressenti une telle détente. »
- « Les deux séances que j’ai suivies m’ont aidé considérablement, je n’ai pas besoin de revenir. »

Quel est ce lien étrange et complexe qui s’est établi entre soigné et soignant ?
Même bref, il marque le patient parfois pendant des années. L’alliance semble être un des facteurs spécifiques nécessairement présents en cas de succès thérapeutique1. Mais il n’est pas le seul. L’attitude, la personnalité, le talent du thérapeute sont aussi décisifs pour provoquer un changement bénéfique chez le patient.
La relation thérapeutique dépend certes d’une entente dans le couple

soignant-soigné, mais cette entente repose sur l’attitude et la personnalité des protagonistes. A l’évidence, le changement a pris appui sur une ambiance de confiance, de sécurité et de non-jugement. C’est dire comme toute thérapie reste aléatoire quant à son efficacité.

Et ce thérapeute, qui est-il ?

Un guide ? Oui, dit François Roustang, mais un guide qui ne devance pas. Il accompagne, il suit.

Un maître ? Non.

Il est vrai qu’il doit avoir déjà fait l’expérience pour lui-même. Mais pour le patient, il ne sait pas. « Les études qui ont été faites sur l’efficacité des différentes thérapies donnent toutes la plus grande importance à la personne du thérapeute, répond François Roustang. Ce facteur passe avant tous les autres et, en particulier,

avant sa compétence dans la spécialité qu’il propose ou défend. Mais il faut souligner que la valeur d’un thérapeute réside d’abord et avant tout dans la qualité de son absence de savoir et de prétention à résoudre les problèmes qui lui sont proposés. Devant tout nouveau patient et à chaque séance, n’avoir aucun appui sur des expériences et des connaissances antérieures est le seul moyen de respecter l’originalité de l’interlocuteur. 2»

Pour pouvoir décrire librement ce qui se joue entre le thérapeute et son patient au cours d’une séance d’hypnose, il faut sans doute, dans un premier temps, délaisser toutes les formules antérieures : transfert, contre-transfert, relation au père, état amoureux, état régressif, etc., d’autant que certains problèmes peuvent être résolus en une session unique d’hypnose. La rencontre est alors forte, productive, mais si brève qu’il faut revoir nos concepts relationnels.

« Ce n’est pas une relation amoureuse, dit François Roustang, ce n’est pas une relation amicale, ce n’est pas une relation de travail, c’est un rapport qui, à chaque séance, doit conduire le patient à la solitude de la décision et de l’action. De l’autre côté, à chaque séance le thérapeute doit disparaître, doit avoir disparu, doit être oublié et rendu inutile. »

Finalement, la forme de la relation nous importe peu. C’est l’attitude du soignant qui sera déterminante.


Dr Jean-Marc BENHAIEM
Médecin-hypnothérapeute, praticien en centre de traitement de la douleur à l’Hôtel-Dieu (Paris). Dirige le DU, diplôme universitaire d’Hypnose médicale à Paris-VI (Pitié-Salpêtrière) et a publié plusieurs livres autour de la pratique de l’hypnose en médecine chez Odile Jacob (L’hypnose ou les portes de la guérison, avec François Roustang), Albin Michel, Trédaniel, In Press.
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C'est un numéro double de 196 pages.
Thème : « La relation thérapeutique » 


- Éditorial : La relation thérapeutique. S. Cohen
- Éditorial : La relation au coeur de l’hypnose. J. Betbèze
- L’alliance thérapeutique. M. Arnaud
- Enseigner la relation thérapeutique. A. Bioy
- Le thérapeute ? Un guide qui ne devance pas. J.-M. Benhaiem
- En couverture : Jean-Pierre Février
- Autonomie relationnelle. J. Betbèze
- Avec le patient douloureux chronique. De la formation à la pratique. J. Nizard
- En salle de naissance. B. Bobenrieth
- Monde psychotraumatique. E. Bardot
- La relation thérapeutique. M. Picard Destelan et L. Fodorean
- Comment faire vivre un paranoïaque ? E. Malphettes
- Positionnement, et alliance... thérapeutiques. W. Martineau
- Rapport, alliance et changement : « l’Homonoia ». A. Vallée
- Une semaine aux urgences psychiatriques. V. Lagrée
- Retour à l’essentiel. G. Ostermann
- En Thérapie Systémique Brève. Y. Doutrelugne
- Un truc incroyable... Conversation en thérapie narrative. C. Besnard-Péron
- Retour aux bases. De l’infiniment petit à l’infiniment grand. P. Aïm et L. Gross
- Trouble du comportement à l’adolescence. A. Zeman

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Théo CHAUMEIL
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Kinésithérapeute.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargé de Formation au CHTIP à Paris, dans les hôpitaux de l’AP-HP, et à l’Institut Hypnotim de Marseille.
Rédacteur web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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L’alliance thérapeutique.

mardi 11 septembre 2018 - 20:11
L’alliance thérapeutique peut se définir comme la collaboration mutuelle entre le patient et le thérapeute dans le but d’accomplir les objectifs fixés.  Antoine Bioy

Pour parler d’alliance thérapeutique aujourd’hui, on ne peut pas ignorer les très nombreuses études menées sur le sujet, l’apport de l’analyse systémique, le travail des TCC, et les recherches de nos confrères dans le domaine de l’hypnothérapie.

Le terme d’alliance thérapeutique est employé pour la première fois par Freud lui-même en 1913. Freud insistait déjà sur la nécessité d’une alliance entre le thérapeute et son patient pour que la thérapie soit efficace. Depuis Freud, cette notion a évolué et a été étendue non seulement à la relation psychothérapeutique, mais à toute relation soignant-soigné. Elle est enseignée par exemple dans les écoles d’infirmières. Aujourd’hui où l’on cherche à mieux comprendre ce qui est efficace dans un processus de psychothérapie, où l’évaluation des psychothérapies est devenue un objectif important, il apparaît particulièrement nécessaire de s’intéresser à cette composante de la relation.

Toutes les études concluent que l’alliance thérapeutique est indispensable au succès du soin et de la thérapie, voire qu’elle est même plus importante que la méthode employée. Elles ont fait ressortir quatre critères principaux de l’efficacité d’une thérapie : l’implication et la détermination du patient : dans une proportion de 40 % ; la qualité de l’alliance thérapeutique entre le patient et le thérapeute : 30 % ; la confiance en l’efficacité du traitement (incluant l’effet placebo) : 15 % ; la spécificité de l’approche thérapeutique privilégiée : 15 %.

Nous allons donc nous attacher à définir ce qu’est l’alliance thérapeutique, comment la créer et la mettre en place, et, bien sûr, cela n’aurait pas de sens si nous ne partions pas de l’hypothèse qu’elle est indispensable à la réussite de la thérapie.

Dans la vie quotidienne, nous évaluons notre interlocuteur dès les premières secondes d’une relation, ainsi que le montrent les études de la psychologie sociale. Evaluer signifie non seulement apprécier la sympathie ou l’antipathie qui se dégage de la relation, mais aussi savoir intuitivement (?) quel va être le comportement le plus adéquat avec la personne qu’on rencontre. Ce ressenti spontané est évidemment à l’œuvre dans la première rencontre en psychothérapie. Et il faut tenir compte du ressenti des deux personnes en présence, thérapeute et patient.

L’alliance thérapeutique commence au premier rendez-vous,voire au premier regard ; mais elle n’est pas établie une fois pour toute. Elle est soumise aux fluctuations des sentiments humains ; il faut donc veiller à la maintenir tout au long de la relation : sans alliance, il n’y a pas de thérapie possible.


MARIE ARNAUD Agrégée de l’Université, psychologue - psychothérapeute. Secrétaire de la CFHTB Confédération Francophone Hypnose et Thérapies Brèves et vice- présidente de l'Institut Milton Erickson Lyon. Pratique l’hypnothérapie en cabinet libéral et l’enseigne depuis de nombreuses années.

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Sophie TOURNOUËR
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Psychologue.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargée de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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La relation au coeur de l’hypnose. Editorial du Dr Julien Betbèze

mardi 11 septembre 2018 - 18:21
J’ai accepté avec enthousiasme de coordonner ce numéro spécial sur la relation en psychothérapie, thème central pour comprendre l’hypnose et la différencier de la suggestion, confusion que l’on retrouve encore dans le rapport de l’Inserm de juin 2015. Les auteurs réunis dans ce numéro déclinent aussi bien d’un point de vue théorique que pratique, l’importance de penser les techniques de communication en hypnose et en thérapie brève comme des techniques relationnelles.Toutes les techniques utilisées prennent sens dans une dimension d’interaction: l’utilisation d’un langage dissocié, les questions,les métaphores, la focalisation sur le ressenti sensoriel ou sur les mouvements, les tâches thérapeutiques, sont des actions qui mettent la relation en mouvement. A travers une réflexion clinique et de nombreux exemples concrets, les auteurs nous font comprendre le lien étroit entre la relation, le corps et la singularité du sujet. C’est lorsqu’un sujet expérimente une relation de coopération qu’il accueille ses ressentis sensoriels, et peut habiter son corps comme un espace sécure. L’acceptation inconditionnelle par le thérapeute de la réalité du patient, développée par Carl Rogers et Milton H. Erickson, dessine un espace de coopération au sein duquel la créativité du sujet est à nouveau active. La relation hypnotique permet au sujet de développer de nouvelles possibilités de vie dans lesquelles il se sent à sa place, car à sa place au sein d’une relation.
Dr Julien BETBÈZE, Psychiatre des hôpitaux, chef de service de l’Accueil familial thérapeutique de Loire-Atlantique, CHS de Blain. Chargé de cours à Nantes à la Faculté de psychologie (DESS Cognitif et clinique) et à l’UER de médecine : DU Addictions, DU Hypnose thérapeutique, DU Douleur.Thérapeute familial, Service d’addictions du CHU de Nantes. Responsable pédagogique et formateur à l’Arepta Institut Milton Erickson de Nantes. Intervenant au CHTIP Collège d'Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris. Coauteur avec Y. Doutrelugne, O. Cottencin, L. Isebaert et D. Megglé de Interventions et thérapies brèves : 10 stratégies concrètes, crises et opportunités, éditions Masson, 2016.
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- Monde psychotraumatique. E. Bardot
- La relation thérapeutique. M. Picard Destelan et L. Fodorean
- Comment faire vivre un paranoïaque ? E. Malphettes
- Positionnement, et alliance... thérapeutiques. W. Martineau
- Rapport, alliance et changement : « l’Homonoia ». A. Vallée
- Une semaine aux urgences psychiatriques. V. Lagrée
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- En Thérapie Systémique Brève. Y. Doutrelugne
- Un truc incroyable... Conversation en thérapie narrative. C. Besnard-Péron
- Retour aux bases. De l’infiniment petit à l’infiniment grand. P. Aïm et L. Gross
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Philippe AÏM
Psychiatre, Hypnothérapeute, Thérapeute EMDR, Thérapies Brèves.
Responsable pédagogique du CHTIP à Paris, Dirige l’Institut UTHyl à Nancy, membre de la CFHTB Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brève. Chargé de Formation dans les hôpitaux de l’AP-HP.
Auteur et conférencier international.
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La relation thérapeutique. Sophie COHEN

mardi 11 septembre 2018 - 16:11
Chères lectrices et chers lecteurs,

Nous savons tous que la thématique de la relation thérapeutique est centrale, et même majeure. C’est la raison de ce Hors-Série de la revue « HYPNOSE & Thérapies Brèves ».

Julien Betbèze est le rédacteur invité pour ce numéro. Il a coordonné avec brio les contributions des quinze auteurs qui ouvrent des pistes de réponses à ces questions centrales : « Qu’est-ce qui soigne dans la relation ? » ; « en quoi les approches hypnotiques et la communication hypnotique ont quelque chose de particulier ? » ; « comment établir la relation thérapeutique, qu’est-ce qui la permet ? » ; « peut-on la consolider ? » ; « est-elle unique ? » ; « est-ce la collaboration chaleureuse entre le patient et le thérapeute (quel que soit son champ professionnel) qui est déterminante ? »…

Certains affirment qu’aucune thérapie n’est possible sans alliance thérapeutique…Si tous les auteurs s’accordent sur la centralité de cette notion, chacun amène un éclairage susceptible de nous pousser à peaufiner nos pratiques habituelles et à questionner nos certitudes. Nous savons tous que l’empathie est essentielle dans la relation thérapeutique. En quoi l’est-elle ?... Comment se construit-elle ?…

Les quinze articles nous apportent différents éclairages sur cette thématique. Certains auteurs fileront la métaphore de la danse, d’autres en appelleront à un mythe grec, et encore bien d’autres choses…Ils questionnent à la fois nos pratiques habituelles et amènent des réponses. Certains mettent l’accent sur l’accordage non verbal de la relation. C’est le corps qui entre en relation. C’est la présence du « thérapeute accordeur »,nous dit Jean-Marc Benhaiem. Dans nos approches dites brèves, l’accord entre le patient et le thérapeute sur les objectifs thérapeutiques concrets et réalisables est propice à déclencher des attentes positives chez les patients. Ces attentes, parce qu’elles permettent aux patients de s’imaginer un avenir différent, ont un impact naturellement très important sur le ressenti douloureux, dépressif, relationnel. Certains articles insistent sur l’importance de l’autohypnose du thérapeute dans le processus relationnel, sur son désir que le patient aille mieux. Comme l’écrit Julien Betbeze : Le paradoxe de la relation en hypnose est d’amener le sujet à accéder librement à sa propre singularité. Alors, bonne découverte à chacun...
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Hors série n°11 de la revue Hypnose & Thérapies brèves. Mars 2017.
C'est un numéro double de 196 pages.
Thème : « La relation thérapeutique »


- Éditorial : La relation thérapeutique. S. Cohen
- Éditorial : La relation au coeur de l’hypnose. J. Betbèze
- L’alliance thérapeutique. M. Arnaud
- Enseigner la relation thérapeutique. A. Bioy
- Le thérapeute ? Un guide qui ne devance pas. J.-M. Benhaiem
- Autonomie relationnelle. J. Betbèze
- Avec le patient douloureux chronique. De la formation à la pratique. J. Nizard
- En salle de naissance. B. Bobenrieth
- Monde psychotraumatique. E. Bardot
- La relation thérapeutique. M. Picard Destelan et L. Fodorean
- Comment faire vivre un paranoïaque ? E. Malphettes
- Positionnement, et alliance... thérapeutiques. W. Martineau
- Rapport, alliance et changement : « l’Homonoia ». A. Vallée
- Une semaine aux urgences psychiatriques. V. Lagrée
- Retour à l’essentiel. G. Ostermann
- En Thérapie Systémique Brève. Y. Doutrelugne
- Un truc incroyable... Conversation en thérapie narrative. C. Besnard-Péron
- Retour aux bases. De l’infiniment petit à l’infiniment grand. P. Aïm et L. Gross
- Trouble du comportement à l’adolescence. A. Zeman

Pour acheter ce numéro de la Revue Hypnose & Thérapies Brèves à l’unité, ou vous abonner, cliquez ici
Sophie COHEN
Hypnothérapeute, Psychologue.
Ancienne responsable pédagogique et de Formation à l'Institut Hypnotim de Marseille.
Enseignante à l'IFH et Institut Emergences 
Rédactrice en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves. 

Métaphores en stock.

mardi 11 septembre 2018 - 00:23
Par les stagiaires en hypnose et thérapies brèves créatives de L'Institut Emergences Rennes.

Forts de tous ces outils, dès les premières minutes après l’enseignement, les stagiaires en formation parviennent à imaginer de belles métaphores, issues de leur créativité. Miscellanées de changements…

1. Métaphore de la fourmi
Un jour que j’étais confortablement allongée dans l’herbe, baignée par les doux effluves des roses qui m’entourent, ma peau caressée par les doux rayons du soleil, une petite fourmi s’est approchée de mon oreille pour me raconter son histoire…
Depuis plusieurs années, me dit-elle, je vis dans une fourmilière besogneuse où il faut sans cesse laver, ranger, soigner, ramasser et trier les brindilles, s’occuper consciencieusement des petits œufs, faire les lits, nettoyer… Et quand je crois que c’est fini, il y a toujours quelque chose qui se rajoute, une couche et encore une couche… Et je ne peux jamais m’occuper de moi… Et je n’en peux plus. Mais c’est comme ça que l’on m’a toujours dit de faire dans ma fourmilière et moi aussi c’est ce que j’apprends à mes petits…
C’était comme ça depuis toujours, jusqu’à ce jour où alors que je me fusse éloignée plus loin que d’habitude et que je transportais un très gros grain de riz sur mon dos fatigué, je rencontre un groupe de fourmis inconnues qui paraissent joyeuses et détendues. L’une d’entre elles m’apostrophe et me dit : mais que fais-tu avec tout ça sur le dos ? Elle a bien vu que j’étais fatiguée. Veux-tu venir avec nous ? Il y a une fête aujourd’hui dans notre fourmilière, me dit-elle. Mais vous ne travaillez pas, vous ? Si, bien sûr, mais chez nous il y a du temps pour le travail et d’autres moments où on a le droit de rire, de chanter, de danser, de s’amuser, de ne rien faire et même de se reposer.
Et là, pour la première fois de ma vie, je me laisse tenter, je dépose mon fardeau et m’en vais bras dessus, bras dessous, avec cet équipage. Arrivée dans leur fourmilière, la fête bat déjà son plein, je suis vite emportée dans ce tourbillon de bonne humeur. Ici, tout fleure bon la légèreté, la détente et la bonne humeur. Mais tout semble aussi bien organisé : le grand buffet garni de mille douceurs alléchantes, les petits coins repos de cette grande salle commune où je vois des petits groupes de fourmis bavarder calmement, certaines s’esclaffent, d’autres semblent pensives, nulle tension, nulle fatigue sur les visages que je croise. Je suis vite happée par un groupe de fourmis qui m’embarque dans une ronde joyeuse et je crois avoir dansé toute la nuit, comme jamais… Tard dans la soirée, on m’a proposé un lit pour me reposer. Il était douillet et sentait le frais, j’y ai passé la meilleure nuit de ma vie… Le lendemain, après mille remerciements, accompagnée par quelques-unes de mes nouvelles amies, je regagne ma fourmilière, bien décidée à organiser avec quelques mamans de mes amies des échanges d’enfants au moment des vacances pour que mes enfants puissent connaître les mêmes moments de bonheur que moi. Eh bien tu sais, me glisse la fourmi dans l’oreille, depuis ce jour, bien sûr que le travail est toujours dur et que mille choses restent à faire chaque jour, mais dès ce jour-là, je me suis autorisée tous les matins un petit temps de repos pour juste respirer le bon air dehors, et tous les aprèsmidi une petite promenade tranquille, seule, en allant chercher mes petits à l’école. Enfin, comme certains matins, quelques minutes de plus pour paresser au lit. Et tout ça n’a pas perturbé grand-chose dans l’organisation et la tenue de mon foyer, par contre ces petites choses ont changé ma vie et celle de mes anciennes amies. Te voyant ainsi si confortablement installée à profiter de ce moment de repos, je n’ai pas voulu te croiser sans te glisser à l’oreille combien tu avais raison d’en profiter.

2. Métaphore du poisson
L’autre jour, j’allais à Nantes avec ma fille, et juste en face la Beaujoire, un bouchon. Les voitures sont bloquées, immobiles. J’écoutais France Inter et je ruminais en pensant à toutes les fois ou j’ai été pris dans un bouchon. Au milieu du bruit des klaxons, j’entends une petite voix à l’arrière qui me dit : « Papa ? - Oui ? Je coupe France Inter - Est-ce que tu veux que je te raconte mon rêve de cette nuit ? - Oui. - J’ai rêvé que j’étais un poisson – et tu sais, papa, la journée d’un poisson c’est pas facile. Dès le matin, il faut trouver à manger, attraper des petits poissons, lutter contre le courant toute la journée, suivre les autres, rester dans le banc. Il faut aussi faire très attention à ne pas se laisser attraper par les filets, les hameçons ou manger par des plus gros. C’est pas facile, tu sais papa, une journée de poisson, on n’a pas beaucoup de temps pour jouer avec les autres. Et j’étais drôlement fatiguée le soir, alors j’ai dû me trouver un petit trou pour passer la nuit et me reposer. Tu sais à quoi ça pense un poisson avant de s’endormir ? Eh bien pas du tout comme nous, pas aux bons moments comme quand tu m’apprenais à faire du vélo, que tu m’enlevais les petites roues et que tu m’encourageais, ou comme quand c’est mon anniversaire et que maman a préparé un bon gâteau ; pas du tout à tous ces bons souvenirs. Un poisson, papa, ça n’a pas le temps de penser, il s’endort directement et PROFONDÉMENT… Elle a terminé son histoire en me disant : - Tu sais, papa, des fois j’aimerais bien être un poisson… Tuut !! Les voitures avancent, je lui dis : - Merci, belle histoire… » Je démarre. Je ne remets pas la radio. Nous avons été voir le match. Une belle partie et un bon moment !

3. Métaphore de la marmite
Il était une fois, il y a très longtemps, une femme qui vivait dans un village...
C’était un village de pêcheurs. On pouvait y voir de multiples barques aux couleurs vives, qui tanguaient au gré du vent et des vagues. Sur la grande plage de sable blanc, des enfants jouaient et l’on pouvait entendre leurs rires, se mêlant aux bavardages des femmes. Quelques palmiers touchant presque terre venaient apporter un peu d’ombre aux heures les plus chaudes. Il y avait de la vie, beaucoup de vie sur cette plage et aussi au cœur du village. Le parfum des fleurs et du poisson séché, et après la pluie, cette odeur si particulière de la terre humide et généreuse…
La femme était connue de tous ; elle était l’une des meilleures cuisinières du village. Le riz qu’elle cuisinait chaque jour dans sa marmite avait une saveur unique, faite d’un mélange d’épices et de savoir-faire.
D’ailleurs, elle régalait non seulement sa famille et ses amis, mais aussi les bonzes qui chaque jour se présentaient à sa porte. On disait même que certains d’entre eux se plaisaient à faire un détour pour remplir leur bol de ce riz succulent et unique, et l’un d’eux en particulier savait apprécier mieux que tous ce mets généreusement offert.
Un jour, un accident survint et elle dut se séparer de sa marmite.
Ce jour-là, elle partit précipitamment au marché à la recherche d’une nouvelle marmite. Elle en choisit une très grande et toute neuve, en fonte, ressemblant à celle dont elle rêvait depuis longtemps. Sa grande taille lui permettrait sans aucun doute de cuisiner encore mieux et pour un plus grand nombre de convives.
Le lendemain, le bonze fidèle arriva sur le seuil. Il attendit longtemps puis s’étonna de ne voir personne. D’habitude, la femme était toujours là pour lui remplir son bol.
Il avança de quelques pas à l’intérieur de la maison et là, il la vit affairée, concentrée autour de sa marmite. Non seulement le riz n’était pas prêt, mais surtout la marmite débordait, bouillonnait et l’on sentait une odeur âcre de riz brûlé. L’atmosphère était lourde et suffocante. La femme semblait désespérée.
« Je n’y arrive plus, dit elle. Je ne sais plus cuisiner depuis que j’ai cette nouvelle marmite. Comment vais-je pouvoir me nourrir et régaler les miens ?»
Les jours suivants, elle chercha maintes et maintes solutions pour retrouver la saveur si particulière de son riz. Elle ajouta des épices, changea les proportions du riz et de l’eau et mit toute son ardeur dans ce travail. Mais rien n’y faisait ! Comment pourrait-elle affronter le regard des autres, aller à la prochaine fête du village.
Le bonze revint le lendemain pour prendre des nouvelles et rien n’avait changé malgré toute sa bonne volonté.
Il lui dit : « Je connais une vieille dame dans le village d’à côté. Elle a déjà aidé d’autres femmes qui avaient des problèmes comme le tien. Je sais qu’elle doit se rendre ici dans quelques jours pour rendre visite à sa famille. Si tu veux, elle pourra venir chez toi et te conseiller. »
Quelques jours plus tard, la vieille dame arriva chez la femme et lui dit : « Ta marmite est bien belle, bien grande. Mais vois-tu, tu dois adapter la cuisson du riz à cette nouvelle taille. Je te conseille de réduire la quantité de bois afin que la cuisson se fasse plus lentement, et puis rajoute régulièrement un peu d’eau. Et puis je vais te transmettre un secret afin que le mélange de tes épices soit encore plus succulent. Prends tout le temps qu’il te faudra pour obtenir de nouveau un riz comme tu l’espères. » Elle suivit au mieux les conseils de la vieille femme et constata avec satisfaction que son riz était meilleur chaque jour.
Le grand jour de la fête du village arriva enfin. Elle était prête.
Chaque femme apporta sur la plage le plat qu’elle avait préparé, prêt à être partagé entre tous.
Sa marmite se vida plus vite qu’elle ne l’avait imaginé. Elle fut félicitée pour ce riz si parfumé, encore meilleur que tout ce qu’elle avait pu créer jusqu’alors.
Les enfants riaient, les hommes et les femmes dansaient et l’air était léger, tellement léger…

4. Métaphore de la carriole
Ça me rappelle quelqu’un qui m’a raconté une histoire.
L’histoire d’un cocher qui conduit une charrette tirée par un cheval. Une charrette un peu déglinguée, bruyante, avec des roues qui grincent, rafistolées, plus trop rondes, des barreaux prêts à se rompre. Une charrette qui avance difficilement, sur un chemin caillouteux, avec des ornières, mais aussi avec des bosses, sinueux, bordé par des hauts talus, des grands arbres qui masquent la lumière. Une charrette qui semble lourde, remplie d’objets, de ferrailles de toutes tailles, rouillées. Ce cheval dont l’allure est triste, ses poils sont ternes, ses sabots sont mal ferrés, il boite péniblement.
Ce cheval est laissé à lui-même, le cocher somnole sur le banc de la carriole, on a l’impression que ce cheval suit le même chemin qui tourne en rond. Il broute toujours dans les mêmes prés, la même herbe, en particulier un pré où l’herbe est difficile à digérer. Le cocher, lui, se laisse emporter par cette monotonie, les rênes à peine tenus dans les mains. Le cheval poursuit inlassablement son chemin, toujours attelé. Jusqu’au jour où, à la croisée du chemin, il aperçoit un attelage magnifique au loin. Le cheval redresse la tête, accélère le pas, hennit, réveille le cocher. L’attention des deux est stimulée par cette découverte. Le cocher de nouveau observe devant lui le chemin par lequel est passé l’attelage, l’aspect, les couleurs, la luminosité. Il ressent l’air tiède sur
sa peau, il sent les odeurs de la nature. Et il se rend compte, petit à petit, qu’il tient les rênes de façon plus ferme. Le chemin nouveau emprunté lui fait découvrir de nouveaux paysages. Le cheval, le cocher, la charrette avancent un peu plus légers sur ce chemin plus clair. Ce voyage se parsème d’épisodes orageux, avec la pluie qui remplit certains ustensiles, alourdissant l’attelage. Le cocher fait une pause et prend le temps de vider l’eau, d’observer et de ranger le matériel. Il s’aperçoit qu’il possède des roues en bon état qu’il pourra changer quand il le souhaitera, de la peinture, et d’autres petits matériels qui pourront le dépanner. Puis il suit de nouveau ce chemin qui lui rappelle des bons moments de quand il était enfant. Au cours de ce trajet, il s’arrête devant une grange solide, massive, dans laquelle il dépose tous les objets qui ne lui servent plus. Lui seul est propriétaire de cette grange et il pourra y revenir quand il le souhaitera. Un peu plus loin, il s’arrête dans une maison, une maison claire, lumineuse, aérée, avec une écurie, propre, remplie de foin. Là, ils pourront rester, aussi longtemps qu’ils le voudront, et se reposer.

5. Métaphore du petit vampire et de la colombe
C’est l’histoire d’un petit vampire, qui avait été mordu à l’âge de 8 ans, et qui depuis n’avait jamais grandi. Il souffrait de son état, et vivait, tout seul, à l’écart, honteux de sa petite taille.
Cette nuit-là, il rentre du bal des vampires. La soirée a été difficile et douloureuse pour lui, car il n’a pas osé rentrer dans la salle de bal et est resté regarder les autres s’amuser par la fenêtre. Il est 4 h 30 du matin et les premières lueurs du jour commencent à poindre. Il sait que le soleil va se lever très rapidement maintenant, et il accélère le pas à l’idée de brûler sur place. A quelques pas de son tombeau, quelle ne fut pas sa
surprise de voir, endormie, une magnifique colombe blanche. Son cœur, insensible jusqu’à ce jour à toute chose de l’amour, s’émeut tout à coup.
Mais le temps passe, et sachant que sa vie est en jeu, il passe son chemin, gardant en son cœur l’image de la douce colombe. Et très vite, il rejoint son tombeau.
Les jours suivants, il ne peut penser qu’à elle. La blancheur de son plumage, le soyeux qu’il devine… mais le dilemme est grand : elle vit le jour et lui la nuit… Il n’a de cesse de trouver une solution.
L’une consisterait à boire le filtre magique qui le retransformerait en humain, mais ce serait trahir des générations de vampires. Une autre solution consisterait à accepter de mourir sur place, brûlé, juste pour la revoir quelques instants et lui dévoiler ses sentiments…
Souvent, pour se faire accepter de ses semblables, il se surpassait, réalisait des prouesses, des choses extraordinaires, mais rien, jamais, ne suffisait à lui prouver sa qualité et à se rassurer.
Il est perdu dans ses pensées, quand tout à coup il aperçoit une petite souris qui se faufile dans un interstice du mur. Alors soudain, une idée lui vient de profiter de sa petite taille pour lui aussi se faufiler par cette petite ouverture, juste en enlevant quelques pierres supplémentaires.
Ainsi, tout en restant dans l’ombre, il peut voir et peut-être même parler à son aimée et lui dévoiler sa flamme. Et c’est ce que fit le petit vampire : la colombe, attendrie et sous le charme, ouvrit alors ses ailes et, grâce à sa petite taille, put l’enlacer et le protéger ainsi de la lumière…
Enfin, pour la première fois de son existence, le petit vampire trouva la paix et accepta, voire loua, ce qu’il avait toujours considéré comme une différence…
Frédérique, Sylvie, Franck, 19 mai 2006, Rennes.

6. Métaphore du berger
Un jour, un berger part avec ses brebis pour la transhumance. Il est accompagné de son chien Ulysse, courageux et intelligent. Ils sont confortablement installés, comme chaque été, au milieu des pâturages. C’est un berger consciencieux qui aime ses bêtes et son métier. Il s’occupe, le soir, en tissant la laine des brebis. Il aime tisser et créer de jolis objets avec les brindilles, les feuilles, les herbes qui sont là. L’automne arrive. Le berger se prépare à redescendre avec son troupeau et son chien. Il prend le chemin du retour avec enthousiasme. Il choisit un magnifique nouveau sentier qui lui paraît plaisant, plein d’odeurs agréables et bien pourvu en herbes pour ses bêtes. Au détour du chemin, les brebis de tête entraînent soudain une grande partie du troupeau ainsi que le berger tout au fond d’un ravin duquel ils ne peuvent ressortir. Une première nuit… puis une seconde nuit… les jours passent et l’hiver s’annonce. Le berger n’arrive pas à remonter, il est seul, abandonné de tous et sans son chien qui est resté au bord du ravin. En colère et impuis sant, le berger finit par perdre la notion du temps.
Pourtant Ulysse, toujours vaillant et courageux, finit par s’élancer à la recherche de secours auprès des villageois de la vallée. Au village, chacun se mobilise alors promptement pour rassembler les victuailles nécessaires aux secours. Ils se hâtent de rejoindre leur ami berger. Le berger, épaulé par ses amis et bien qu’épuisé, les jambes affaiblies, se hisse enfin hors du ravin, grâce à une corde qu’il avait tissée avec la laine de ses brebis. Il retrouve en haut son chien qui lui fait la fête et tous peuvent alors descendre vers l’étable avant que l’hiver ne s’installe.
Claire, Geneviève, Magali, Sabine et Véronique.

7. Métaphore du loup et des lémuriens
Le thérapeute : Cela me rappelle une histoire que j’ai lue, je vais vous la raconter si vous voulez. Elle commençait comme cela :
« Un jour, j’ai rencontré un loup solitaire, et je lui ai demandé : - Pourquoi es-tu solitaire ? Et le loup me répond : - C’est une histoire triste, à force de me la raconter, je ne dors plus. C’est parce que je me sens seul, très seul, souvent. Quand j’ai quitté la meute, jeune adulte, j’aimais bien être seul. On m’avait confié la tâche de surveiller tout le territoire de la bande de loups. Les chefs de clans m’avaient confié cette mission importante. J’étais responsable de quelque chose qui au début me plaisait énormément. Il fallait que je surveille, que je protège tout le territoire des loups, mais je n’étais pas tout seul, j’avais autour de moi toute une équipe de jeunes loups à piloter, mais c’était lourd, épuisant. J’y pensais tout le temps, je n’avais aucun moment de répit, même la nuit. - Et pourquoi tu y pensais la nuit, le loup ? - Parce qu’en dehors de ma vie professionnelle, j’avais un rêve, j’avais envie d’avoir un amour, pour fonder une famille et avoir des petits louveteaux. Mais avec mon travail, je n’avais pas le temps d’y penser, de le faire. Et les loups se rendaient compte de cette fatigue, mais ils ne voulaient pas m’aider. » Et un jour, en faisant le tour du territoire, le loup découvre une communauté de lémuriens. Des êtres différents, qui vivent de manière plus sereine, apaisante. En ces lémuriens, il découvre une disponibilité, une écoute, une paix intérieure. C’est une vraie bouffée d’oxygène. A travers cette communauté, il découvre un univers nouveau, et il reprend des projets. Les lémuriens lui ont dit qu’une ancienne lémurienne, une vieille sage, a découvert qu’il y a quelque chose derrière la montagne, quelque chose de merveilleux. Une vie meilleure. Mais pour le découvrir, il faut escalader la montagne. Et les lémuriens lui apprennent que pour grimper, pour s’élever, il faut savoir décrocher une patte pour trouver de nouvelles prises, patte après patte. Et le loup, petit à petit, prudemment, se lance dans l’ascension.
En arrivant en haut de la montagne, quelle n’a pas été sa surprise de découvrir un paysage magnifique et une lémurienne, descendante de la vieille sage, qui l’attendait.
« Bienvenue, lui dit-elle, je t’attendais. Maintenant que tu as compris que pour progresser il faut ouvrir son esprit et son cœur, tu vas pouvoir continuer ton chemin pour atteindre tes nouveaux buts. Tu vois ces loups là-bas, ils t’attendent, eux aussi, pour t’accueillir au sein de leur groupe. Tu n’es plus seul. » Le loup se sentait fier d’avoir réussi ce challenge et remercia la lémurienne de sa sagesse. En rejoignant le nouveau groupe de loups, il se dit qu’il avait effectivement compris que la vie pouvait avoir différentes couleurs, différents niveaux, et que chacun était pour le loup qui le voyait, unique. Que c’était la somme de ces regards qui permettait au monde d’être ce qu’il est.

8. Métaphore de l’oiseau
Louis, 45 ans, souffre d’insomnies depuis que son fils a eu une mauvaise note en mathématiques. Il rêvait de le propulser dans une carrière scien tifique à laquelle il n’a pu accéder.
L’initiation Au petit matin, il est 7 heures, le soleil se lève. Papa oiseau sort la tête du nid. Il s’ébroue après une courte nuit de sommeil. il étend ses ailes. Celle blessée quand il était oisillon l’empêche de voler librement. Ses deux petits sortent du nid derrière lui. Ce matin est un matin spécial, car dans la tradition des familles oiseaux, ce jour est dédié à un apprentissage du vol en haute altitude. Papa oiseau a peur de ne pas pouvoir accompagner son fils dans ce vol en altitude qu’il n’a jamais osé faire. Sans ses précieux conseils et sans son exemple, son fils arrivera-t-il à accomplir ce vol ? D’autant que le petit oisillon a coutume de refuser les conseils éclairés de son père. Depuis quelque temps, le vol de l’oisillon manque d’aisance, ce qui pourrait compromettre sa réussite. Papa oiseau prend son envol, le petit dans son sillage. Arrivé à ladite altitude, il se retourne : le petit ne le suit plus.

Commandez ce numéro Hors-Série n°10 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves: “Les métaphores". Utilisation de la pensée symbolique  Lorsque la Version papier de ce numéro sera épuisée, la version PDF sera fournie à la place

“Hors série n°10 de la revue Hypnose & Thérapies brèves. Mars 2016.
“ C'est un numéro double de 196 pages.
“Thème : “Les métaphores". Utilisation de la pensée symbolique" 

Construites ou filées, développées ou succinctes, universelles ou personnelles, les métaphores constituent une boîte à outils à l’immense portée thérapeutique. Comment les construire, comment les utiliser, c’est ce qu’explique avec de nombreux exemples ce hors-série n°10 de la revue Hypnose & Thérapies brèves. 


- Hypnose et Thérapies Brèves. Leçon d’humilité…
Histoire courte, conte, légende universelle, tableau de maître, ou simple image, la métaphore existe depuis la nuit des temps et inspire notre vie quotidienne. 
- De la métaphore dans la maladie et le soin. Yves HALFON «En matière de métaphore, les apparences sont tout, sauf trompeuses.» 
- Métaphores sur Grand Ecran : utilisation des films en thérapie narrative avec les toxicomanes
- Le poète, le patient et l’hypnothérapeute
 - Les métaphores: Définitions. La métaphore, du grecμεταφορα (« metaphorá »= transport), est une figure de style fondée sur l’analogie. Un terme est substitué à un autre, issu d’un champ lexical différent, parce qu’il lui ressemble ou partage avec celui-ci une qualité essentielle. 
- L’heure du changement: Deux images métaphoriques me servent « d’accroche » quand les patients les remarquent dans mon cabinet de consultations.
- L’enchantement hypnotique des métaphores. Joyce C. MILLS, Ph.D.
- Fier d’être « un pot fêlé ». Il y a bien longtemps, un soignant m’envoya ce conte hindou. Je ne me souviens plus du nom du soignant... 
- La métaphore, une communication intersubjective directe 
- Henri le Hérisson. Céline BENHARROCH LEININGER
- Création et utilisation de contes métaphoriques en hypnose
- Les histoires de grand-père. Marco KLOP 
- Le nez fin. Camille ROCHE-DJEFFEL
- La réification. Yves HALFON
- L’énigme de la Perle Noire. Métaphore de la rencontre du « Comte de Brosseau » Ou une métaphore qui en cache une autre.

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Mariline MORCILLO
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Infirmière spécialisée Douleur.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11 et à Marseille.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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