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Hypnose Thérapeutique, Médicale, Ericksonienne, Thérapies Brèves Orientées Solution, EMDR-IMO sur Paris, Marseille. L'avis de professionnels de santé
Mis à jour : il y a 12 heures 33 sec

La créativité du patient face à l'immobilité du thérapeute

il y a 14 heures 16 min
Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°2 Par Yves DOUTRELUGNE  Médecin, psychothérapeute en Belgique (Tournai), chargé de conférence à l’Université de Lille II et à l’Université Libre de Bruxelles, dirige l’Espace du Possible asbl, centre de Formation à la thérapie systémique brève Modèle Palo Alto. Les thérapies brèves et l’hypnothérapie sont intimement mêlées : le nom même de notre Confédération y fait allusion. 

En thérapie, il y a deux parties en présence : le patient et le thérapeute. Que se passe-t-il quand  l’un ou l’autre ou les deux sont actifs, c’est à dire se mettent en mouvement ? Le sujet est moins simple qu’il n’y paraît… Reprenons brièvement quelques caractéristiques de nos thérapies.

1°L’ACTIVITÉ DU THÉRAPEUTE 

Dans le courant des thérapies brèves (la  résolution de problèmes du BTC de Palo Alto, Erickson et ses thérapies stratégiques, les solutionnistes  derrière Steve de Shazer…), loin de  la neutralité bienveillante prônée par d’autres,  l’influence a été très tôt affirmée et justifiée. L’Ecole de Palo Alto annonce comme axiomes  de la communication : on ne peut pas ne pas communiquer  ; toute communication exerce une influence  à double courant.  Classiquement aussi, l’histoire de l’hypnose fut mêlée à celle de la suggestion.  Nous gardons la bienveillance mais quittons  la « neutralité » ! Le thérapeute peut donc être  actif, mais il y a pour lui différentes façons de  le faire, à des moments différents et avec des résultats  différents sur l’activité plus ou moins créatrice  du patient.

2°ÊTRE THÉRAPEUTE, C’EST ÊTRE UNE  OCCASION DE CHANGEMENT 

C’est ainsi qu’Erickson le définissait… Remarquons  qu’une deuxième condition est nécessaire  au changement, c’est que le patient saisisse  cette occasion de changement. Mais le thérapeute,  quelque soit l’école de thérapie à laquelle il se réfère, peut être une occasion de non-changement  et finalement faire partie du problème plutôt que  de la solution. Son travail a beau être actif, créatif…  il peut ne pas offrir d’occasion de changer.  A Palo Alto on dira qu’il fait « plus de la même  chose ». Steve de Shazer parlera «d’une différence  qui ne fait pas de différence ».  Toute la progression qu’un thérapeute peut  espérer de son expérience en thérapie tiendrait  elle à cela : devenir de plus en plus souvent une  occasion de changement durable ?

3°LES THÉRAPIES BRÈVES SE VEULENT  « TERMINABLES » 

Certaines insisteront plus que d’autres sur la  définition très précoce d’un objectif : « Aquoi verrez-  vous que nous pourrons mettre fin à notre travail  ? » Cette question définit d’emblée les critères  de l’objectif atteint. La Question du Miracle  fait la même chose chez les solutionnistes. D’autres,  tout aussi déterminés à une rencontre « terminable  », se garderont cependant bien d’en préciser  à l’avance les critères de fin… François  Roustang dira même « Il n’y a pas de relation thérapeutique  en ce sens que, dès son commencement,  elle est marquée par le signe de sa disparition. »

4°AVEC QUI TRAVAILLONS NOUS ? 

La systémique brève a clairement opté de travailler  avec « Celui qui se plaint » et non avec  « Celui dont on se plaint ». D’autres voient les  choses sous un autre angle. Parfois les deux parties  se sentiront concernées et réaliseront un travail  plus ou moins contractuel entre elles.

5°QU’ALLONS NOUS FAIRE DE CETTE THÉRAPIE ? 

Nous partirons de la souffrance, de la plainte  exprimée. Parfois il n’y a pas de plainte exprimée.  Dans son dernier livre « Traiter les cas difficiles  », Dick Fisch dira « Pas de plainte, pas de  thérapie ». D’autres tenteront avec le « Touriste »  (comme nous l’appellerons plus loin), de profiter  de sa présence dans notre cabinet pour lui tendre  des perches… qui l’amèneront peut-être à exprimer  une souffrance voire à prendre la décision  de changer. Mais, même quand il y a souffrance  exprimée, le patient veut-il réellement ce qu’il  demande ? L’histoire nous le dira peut-être …  Un certain nombre de patients expriment  une souffrance sans pour autant être actifs à la  résolution de leur problème : ils s’en plaignent  d’abondance mais n’imaginent pas que le changement  puisse venir d’eux. Ils sont « victimes »  et, comme le disait Yvonne Dolan « Etre victime,  c’est un choix de carrière ».  Roustang écrit : « Les humains tiennent d’ailleurs  plus à leurs souffrances qu’à leur bonheur  et ils sont capables des plus subtiles inventions  pour les entretenir. Pourquoi le thérapeute devrait-  il vouloir des succès auxquels ses patients  ne tiennent guère ? »  Face à cette souffrance apportée, mise sur la  table, plusieurs positions sont envisageables  pour le thérapeute. Va-t-il tenter une « relation  d’aide » ? Ou pourrait-il « ne rien faire » ? La  première hypothèse est assez répandue au point  qu’elle pourrait faire passer la seconde pour inhumaine,  inimaginable : on ne va quand même pas  rester les bras croisés face à quelqu’un qui souffre…  ! Cela paraît être le plus élémentaire bon  sens… S’engouffrer dans la plainte du patient,  dans cette porte ouverte, nous l’avons tous fait,  avec plus ou moins de bonheur…  Parfois, accidentellement ou délibérément,  nous avons fait peu, ou moins, ou « rien ». Avec  plus ou moins de bonheur…

IMAGINONS, TRÈS CLASSIQUEMENT,  LA PREMIÈRE HYPOTHÈSE 

Nous utilisons notre « boîte à outils » de thérapeute…  Selon que l’on aborde la situation en termes de  « résolution de problème » ou en termes d’« orientation  vers les solutions », et il y a 1000 autres façons  de l’aborder, notre thérapie s’orientera différemment.  Par exemple, Nicholas Cummings,  qui dirigea pendant deux ans le M.R.I de Palo Alto,  a formulé ce célèbre paradoxe « Je ne vous abandonnerai  jamais…si vous faites tout pour me rendre  inutile aussi vite que possible », que l’on peut  renverser en « Je vous abandonnerai sûrement si  vous ne faites pas tout pour me rendre inutile aussi  vite que possible ». Ce propos doit d’emblée être  nuancé du fait qu’il est des moments de souffrance  telles que le patient est une plaie vivante : un pansement  est nécessaire, le changement n’est pas encore  possible. Mais la phrase de Cummings sonne  comme une exigence du thérapeute pour une activité  maximale du patient pour arriver à son objectif.  Et qui plus est, elle est linéaire plutôt que  circulaire : c’est le patient qui est LA cause du nonchangement.  Et sous cet angle au moins, elle est  largement contestable… Par contre, quand il poursuit  en disant « Il y a deux thérapeutes ici et le principal  c’est vous ! », je le rejoins davantage.  Personnellement, je crois important de distinguer  très tôt, dès la première séance si possible,  si le patient est « Touriste », « Plaignant » ou  « Client ». C’était d’ailleurs le sujet de mon intervention  lors de notre dernier Forum à St Malo.  Un « Touriste » est là, devant nous, est là parce  qu’on lui a dit de venir (un juge, un parent, une  autorité quelconque) mais il dit ne pas avoir de  problème.  Un « Plaignant » se plaint mais attribue son  problème à l’extérieur : il est « victime » d’un  autre (conjoint, enfant, collègue… ou les événements  de vie, la société, etc) : pourquoi changerait-  il, lui, alors que c’est « l’autre », l’extérieur  qui doit changer.  Un « Client » - c’est ainsi qu’on le nommera à  Palo Alto – se plaint lui aussi. Il pense qu’une partie  au moins de son problème dépend de lui. Il est  prêt à être acteur de son changement sur ce point.  John Weakland disait : « Si tous nos patients  étaient des « Clients », nous finirions nos semaines  le mercredi midi. Et s’ils connaissaient leur  « problème », nous la finirions le lundi midi ! »  La question de François Roustang était donc :  « Pourquoi les thérapeutes devraient-ils vouloir  des succès auxquels leurs patients ne tiennent  guère ? » Une réponse possible serait de tabler  sur un désir implicite du patient, en lien avec  son ambivalence. (cfr Milton Erickson)  Si nous souhaitons amener ce plaignant à se positionner  en « Client » alors que cela ne semble pas  être sa demande explicite, une position possible  pour le thérapeute pourrait être, par exemple, de :

1. Lui attribuer la propriété de son problème : c’est  votre problème. Ce sera votre solution, vos bénéfices  (même dans l’aide contrainte).

2. Exiger la réciprocité, le partenariat : “Je ne vous  abandonnerai jamais si.... vous faites tout pour  me rendre inutile aussi vite que possible. Ceci  veut dire que je tomberai “en panne” si vous ne  faites pas tout pour me rendre inutile aussi vite  que possible !

3. Lui donner la première place : “Vous êtes le  moteur de votre changement.  Le tandem en est une métaphore: “Vous devant,  moi derrière”. C’est vous qui donner la direction,  moi je regarde si vous pédalez. Peut-être  pédalerai-je avec vous, à vous de me convaincre.  Et d’autres types de réponses pourraient être  crées ou pratiquées dans un style actif, tentant  de « convaincre » le patient, de façon directe ou  indirecte, de réduire sa souffrance.

LES EXCEPTIONS ET LES RESSOURCES

Les exceptions 

La grille d’intervention en 5 points du M.R.I  de Palo Alto relevait déjà l’existence d’exceptions,  c’est à dire de circonstances dans lesquelles le  patient avait déjà trouvé des solutions efficaces.  S’il les avait pratiquées plus longtemps, peut-être  ne serait-il plus dans la souffrance de son problème.  Pour des raisons diverses, il les a disqualifiées  et ignorées. Il y a aussi les solutions qui  se sont révélées efficaces pour d’autres membres  du système et qu’il a, ou non, utilisées pour lui.






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Sophie TOURNOUËR
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Psychologue.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargée de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Psychologie et thérapie: échanges inspirés. Dr Dominique Megglé

jeudi 19 juillet 2018 - 09:02
Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°2 Par le Dr Dominique MEGGLÉ, Psychiatre, Institut Milton H. Erickson Méditerranée de Toulon-Marseille Plus j’avance dans les années de pratique, moins je vois à quoi la psychologie pourrait servir en thérapie et plus je crois qu’elle constitue un sérieux handicap pour le thérapeute, donc une perte de chance pour le patient.

Classer une situation vivante dans une catégorie théorique bloque tout mouvement, toute évolution (Villien). Donc, la psychologie empêche la guérison. Laissons de côté son absence totale de base épistémologique sérieuse, sujet déjà traité ailleurs. A partir du moment où, avec les mêmes outils de communication, ceux de l’hypnose, nous sommes capables de traiter aussi bien une douleur physique que morale, je ne vois plus bien ni la place ni l’intérêt de la psychologie.

PSYCHOLOGIE ET THÉRAPIE

Le terme « psychothérapie » est devenu obsolète. Le mot « thérapie » suffit. Il est suffisamment vague pour nous permettre de rester modestes, donc efficaces. Quand on demandait à Erickson si ce qu’il faisait était une authentique activité de soins, il répondait : « Oui, mais ni le patient ni le thérapeute ne sont absolument obligés de le savoir. » Il me semble qu’à sa suite, nous devrions revendiquer de ne pas toujours savoir ce que nous faisons. Nous devrions revendiquer d’être des spécialistes de l’effet placebo. De plus, analyser la problématique psychologique d’un patient suivant les termes d’une théorie est facile. Même l’imbécile trouve ainsi toujours quelque chose de complexe et d’impossible à traiter, et derrière sa découverte, il peut encore trouver quelque chose d’encore plus complexe et d’impossible à traiter. Il lui suffit de remonter dans le temps et de se fier à sa grille. Ce faisant, il n’est pas dérangé, il se trouve intelligent, il est content de lui quand il rentre chez lui le soir. S’il travaille en libéral, il garde la même trentaine de patients toute sa vie, il est parfois un peu déprimé. Il a réussi à éviter l’échange vivant et vrai entre êtres humains. Voilà tout l’intérêt de la psychologie théorique pour le praticien : il n’est pas mince.

LA PSYCHANALYSE

 Actuellement, la psychanalyse se révèle pour ce qu’elle est dans l’histoire de la pensée : une parenthèse. Cette parenthèse est en train de se refermer parce que l’idéalisme philosophique sur lequel elle repose est moribond. On peut dater cette parenthèse : 1880 - 1980. Le XXIe siècle ne sera pas psychanalytique. De 1880 à 1980, nous avons été envahis par cette énorme construction intellectuelle, aux bases épistémologiques improbables. Comment expliquer pareil succès pendant tout un siècle ? La psychanalyse était un mythe. Un mythe est une fable à laquelle toute une époque adhère parce qu’elle en a, d’une certaine manière, besoin : elle s’y retrouve. Le mythe a une fonction de régulation sociale. Comme d’autres idéologies du siècle dernier, la psychanalyse a aidé nos prédécesseurs à « tenir » au travers d’immenses bouleversements, comme l’humanité n’en avait jamais connu jusque là. On ne se bat pas contre les mythes. C’est peine perdue. Ils s’effondrent tout seul quand ils sont devenus inutiles, quand l’époque n’en a plus besoin. Ils se fanent. C’est ce qui se passe de nos jours. Il n’y a plus de place aujourd’hui pour un théoricien de génie, l’un de ces « leaders charismatiques » dont le siècle passé s’était fait une spécialité, en psychologie ou ailleurs, en politique par exemple. Voilà pourquoi il est inutile d’écrire des « livres noirs de la psychanalyse ». Laissons les choses se faire, elles se feront. Une sorte de pragmatisme, parfois désabusé, s’est installé. Je crois que celui-ci prélude à un renouveau de la réflexion philosophique réaliste. En effet, le praticien, comme le patient, privé de ces idéologies qui mettaient un écran entre lui et la réalité, est désormais affronté nu aux grandes questions de l’homme de tous les temps : la vie, la mort, le mal, le bonheur, le sens de la vie et de la souffrance. Avec son téléphone portable et le terrorisme islamiste, l’homme contemporain est bien plus proche dans ses questions de l’homme des cavernes, affronté nu aux dangers de la brousse, que de l’homme du siècle dernier, habillé de ses idéologies. Il a besoin de rencontres humaines vraies et vivifiantes.

LES PATIENTS

 Venons-en à l’intérêt de la psychologie pour les patients. J’ai tenté de démontrer ailleurs qu’ils sont, eux, les véritables auteurs des théories psychologiques et que les dits génies de psychologie du XXe siècle n’ont fait que leur prendre leurs idées. Je cite, en raccourci : « Nos patients sont malades de logique. Ils raisonnent à perte de vue sur leurs sentiments, leurs pensées, leurs troubles et ses causes. Ils sont des théoriciens de la pathologie, bien plus doués là-dedans  que les professionnels. Ils sont plus doués pour la théorie que les professionnels parce que, tout simplement, ils souffrent et que quand on souffre, on se demande pourquoi. Ils sont spontanément psychanalystes, gestaltistes ou systémiciens. L’un croit qu’il est malade du manque d’amour de sa mère qui lui préférait son père. L’autre est persuadé qu’il n’est « pas assez dans son corps et ses émotions ». Le troisième est sûr que s’il allait mieux, sa famille exploserait. « Les grands pionniers de la psychothérapie traditionnelle ont, en fait, « piqué » leurs idées aux patients. Ils s’en sont emparés pour écrire de gros volumes et asseoir leurs carrières dessus. Les théories officielles, si elles sont si nombreuses, le sont justement parce qu’elles reflètent la variété des théories qu’ont spontanément les sujets sur eux-mêmes. » Le thérapeute efficace sera donc cynique et bienveillant. Il adopte les théories des patients sans y croire et les utilise pour mettre le bazar dans le système.

LE BAZAR

Mettre le bazar dans le système : voilà la besogne du thérapeute. Il s’agit de mettre le bazar dans le système névrotique du patient, qui est comme un jeu de quilles trop bien rangées. Regardez une anorectique, une boulimique, un patient unipolaire, une famille dysfonctionnelle. Les symptômes sont bien rangés, les rôles très bien distribués : ils sont à peu près prévisibles. Quel plaisir alors de balancer une bonne grosse boule qui renversera le maximum de ces quilles ! Il s’agit de mettre le bazar dans le système névrotique du patient, mais pas seulement. Il s’agit de mettre ce bazar dans tout le système, c’est-à-dire aussi dans celui du thérapeute. C’est même plus important, puisque si le bazar est mis des deux côtés, alors l’interaction entre les deux aura des chances d’être enfin vivante et que c’est à cela que le thérapeute doit tendre : c’est son métier.






Laurence ADJADJ
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychologue.
Formatrice en Hypnose Ericksonienne, EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution à l’Institut Hypnotim de Marseille, dont elle est Présidente Fondatrice.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Marseille 13006
Conférencière au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves… En savoir plus sur cette rédactrice


Edito: Je fais de la douleur. Dr Patrick BELLET

mercredi 18 juillet 2018 - 22:11
Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°3 Par le Dr Patrick BELLET, rédacteur en chef “Et toi ?” “Moi aussi et quand j’ai un nouveau,  je lui dis : “N’ayez pas peur ! Ça fait  pas mal ! Détendez-vous ! La salle dans laquelle vous allez entrer est très froide !” Impressionnant ! Confidences de spécialistes  de la torture ? Non, en fait ce n’étaient  que quelques bribes de phrases prononcées par  des professionnels de la santé lors d’un colloque  sur la douleur. On aurait pu croire qu’ils  travaillaient au CETD (Centre d’Extorsion des  Témoignages Difficiles), mais c’était en réalité  au Centre d’Etude et de Traitement de la  Douleur qu’ils exerçaient.

Faire de la douleur ! Est-ce que d’autres  professionnels de la santé font, en tant que tels, des cancers, des recto-colites hémorragiques  ou des insuffisances cardiaques à  leur patients ?

Quand un professionnel “fait” de la douleur,  quels sont les risques algiques iatrogéniques  encourus par les patients ? Exagération  ? Un peu, mais au nom de quoi ne pas  dire des mots plus justes. Parce que le temps  presse ? Que valent ces secondes prétendument  gagnées au regard des effets délétères  et différés de ces maladresses ? Aller droit au  but ? Oui en marquant contre son camp ! Il  est des raccourcis qui rallongent le parcours  de soin, coordonné ou pas.

Le patient, vulnérable par nature, ne peut  saisir le jargon médical, d’autant qu’il est attentif,  voire qu’il épie chaque mot, chaque  intonation pour y déceler une parcelle de “vérité”  le concernant. La compréhension littérale,  au pied de la lettre, de nos paroles  peut créer des quiproquos fâcheux encore  plus radicaux comme : “Vous n’avez rien !”  “ J’ai mal pourtant !” “Oui, mais vous n’avez  rien !” ” Alors, c’est quoi la douleur ? Rien ?  J’invente ?”

Est-ce si difficile d’utiliser quelques mots  de plus ou de les acquérir afin d’éviter ce manichéisme sauvage ?  Je me souviens d’un colloque dans lequel  j’avais proposé le titre suivant : “La douleur,  on s’en tape !” Énorme provocation et titre  refusé. Pourtant, il ne s’agissait seulement  que d’indifférence simulée et non de cynisme  actif. Une telle déclaration prenait, probablement,  à contre-pied la lettre convenue des  titres de communication qui écarte le  deuxième degré à rebrousse-poil. Dans un  contexte dit “scientifique”, un saut de logique  paradoxal est souvent impossible et ce  refus immédiat n’a pas attendu de connaître  le sous-titre implicite : “C’est le soulagement  qui m’intéresse !”

L’hypnose fait de nous des professionnels  de la suggestion. Il nous faut l’assumer. Cela  ne garantit pas de tout, mais nous permet  d’être plus prudent en nous épargnant (et surtout  au patient) ces malentendus préjudiciables  en étant présent à nos paroles. Et si les  mots ont un poids, il convient de les peser  avant de s’emballer, de se dépêcher. Quelle  charge explosive contient la prophétie selon  laquelle telle affection demanderait x mois  (d’attente, de traitement...) avant de récupérer  faute de quoi “il faudra vivre avec !”. Le  compte à rebours est, désormais, enclenché  et si “vivre avec” est trop difficile que restera- t-il ? Mourir ? Funeste suggestion.

Il en est d’autres moins abruptes : l’apaisement,  le soulagement, la cicatrisation  comme une véritable ressource de réparation  qui va se fonder sur l’espace hors lésion. Un  processus qui s’appuie sur la plasticité régénératrice  des tissus sains et du temps au  cours duquel la douleur s’estompe ou même  est absente.

Et alors susciter et, peut-être même, créer  une EVA (échelle visuelle analogique) du  soulagement...






Dr Patrick BELLET
Hypnothérapeute, Médecin Généraliste.
Président de l’Institut Milton Erickson Avignon
Conférencier International
Ancien Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves de 2009 à 2012
Président-Fondateur de la Confédération Francophone d’Hypnose et de Thérapies Brèves.
Enseignant dans le D.U. de Sexualité Humaine de la Faculté de Médecine Paris XIII-Bobigny et dans le D.U. d’Hypnose médicale de la Faculté de Médecine de Montpellier.
Enseigne l’hypnose à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg…

L'hypnose dans le traitement des grands brûlés

mercredi 18 juillet 2018 - 18:35
Par Monique STEPHANT, Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°3 En 1980, j’ai été pressentie pour devenir la première psychologue du Centre de Traitement des Brûlés à l’Hôpital d’Instruction des Armées Percy, à Clamart. En réalité, je n’aurais jamais eu l’idée de postuler pour un tel emploi si une rencontre fortuite avec le chef de service de ce service prestigieux et une partie de son équipe n’avait suscité leur désir de me recruter. J’avais une formation psychanalytique et j’exerçais auprès de femmes enceintes pour la préparation à l’accouchement sans douleur, et j’ai alors émis de grandes réserves quant à mes compétences dans un tel service. (L’âge fatidique de la retraite m’a fait quitter le service hospitalier vingt ans après, mais je continue mon travail avec les brûlés, les traumatisés et les défigurés en pratique libérale depuis, et je consacre du temps à la formation à l’hypnose d’équipes médicales et paramédicales.)

Pour comprendre ce que pouvait être le travail dans un service de grands brûlés, il y a près de trente ans maintenant, il faut d’abord savoir qu’en 1980, pour diverses raisons, il n’y avait aucun moyen d’atténuer la douleur extrême des patients pendant les pansements pratiqués trois fois par semaine, dans une baignoire. Des pleurs, des cris, des muscles crispés par la douleur et la hantise de retrouver cette même douleur 48 heures après, c’est ce que chaque patient, adulte ou enfant, exprimait alors. Il faut également savoir qu’à cette époque, les brûlés jouissaient d’une très mauvaise réputation : « Ne se brûle pas qui veut », écrivait un médecin, tandis qu’une étude réalisée à Cochin sur 100 brûlés, par une psychiatre et l’unique psychologue de brûlés de France à l’époque, démontrait que les 100 brûlés examinés étaient tous dépressifs, donc il fallait bien être dépressif pour être brûlé ! Dix ans après, la surveillante de ce même service, me demandant de participer à une table ronde au premier congrès européen de chirurgie plastique, me disait encore : « Et vous nous expliquerez bien pourquoi tous les brûlés sont zinzins. » J’espérais avoir fait œuvre utile en démontrant, tests validés statistiquement à l’appui, que la brûlure détruit la peau et désorganise le psychisme car il y a un « Moi Peau », mais les préjugés sont tenaces et cet été encore une table ronde consacrée par la Société Française d’Etude et de Traitement de la Brûlure (S.F.E.T.B.) n’évoquait que la psychiatrie sans prendre en compte le vécu psychologique.

Lors de mon immersion dans le centre de traitement des brûlés, je me suis sentie désemparée devant l’ampleur de la tâche et la difficulté de remédier à cette immense douleur physique et morale, car il y avait de la détresse chez ces brûlés défigurés, amputés, dont la vie serait à jamais bouleversée même après d’innombrables interventions de chirurgie réparatrice.

J’étais monitrice d’accouchement sans douleur et je pratiquais donc « la méthode psychoprophylactique obstétricale ». Relaxation, fixation de l’attention sur le rythme de la respiration… Voilà ce que furent mes premiers outils contre la douleur des brûlés. Mais bien sûr, vous l’avez compris, relâchement musculaire, fixation de l’attention, utilisation de la respiration, cela évoque l’hypnose. Puis ce fut l’haptonomie que m’enseigna mon ami le psychanalyste Bernard This, qui ne soupçonna jamais qu’il pratiquait ainsi une forme d’hypnose ! Je finis par me former réellement à la méthode ericksonienne dont je suis devenue formatrice, mais je mis un certain temps à faire savoir à l’équipe que c’était bien d’hypnose qu’il s’agissait.

Travaillant dans un hôpital militaire où l’hypnose n’avait en principe pas droit de cité, je n’ai fait mon « coming out » que tardivement et cela fut très médiatisé mais pas vraiment « un long fleuve tranquille »… Mais qui, avant cette révélation, se posait la question de savoir ce qui se passait vraiment lorsque, pendant un pansement en baignoire, sans aucune anesthésie, je parlais tranquillement au patient qui respirait calmement tandis que le chirurgien demandait aux infirmiers de respecter le silence pour que je puisse faire… de l’haptonomie.

J’ai donc utilisé l’hypnose éricksonienne dans le double but de mieux prendre en charge la douleur physique intolérable générée par les brûlures et pour traiter dès qu’il était possible de s’entretenir avec les patients, c’est-à- dire lorsqu’ils n’étaient plus intubés et ventilés et avaient accès à la parole, pour atténuer le syndrome post-traumatique et éradiquer tant que faire se pouvait l’apparition d’une névrose traumatique. Dans les deux cas, je me suis adressée à des patients adultes et à des enfants.

Au Centre de Traitement des Brûlés de l’H.I.A. Percy, il n’existait en principe que deux lits pour les enfants car la région parisienne dispose, avec l’hôpital Trousseau, d’un service entier pour de tels patients. Cependant, il est arrivé que sept à huit des vingt-deux lits soient occupés par des enfants. D’autre part, il n’y avait quasiment pas de jour où des parents n’amènent en consultation externe de tout jeunes enfants ébouillantés dans la cuisine familiale ou dans un bain trop chaud, à moins encore qu’ils n’aient mis les mains sur la plaque chauffante de la cuisinière électrique. Brûlés sur une petite surface, de façon superficielle, ils souffraient beaucoup mais n’avaient pas droit au traitement morphinique puisqu’ils étaient suivis à titre externe. Le soulagement obtenu était non seulement bénéfique pour ces jeunes patients mais également pour le personnel soignant qui se sent toujours coupable de faire mal à un enfant, et pour les consultations externes, c’est la plupart du temps une infirmière ou le chirurgien qui venait me chercher.

Parfois cependant l’attitude des parents peut ruiner le travail effectué : un petit garçon de 4 ans souffrait et pleurait beaucoup avant même d’entrer dans la salle de soins. Il était inévitablement accompagné de sa mère, créature un peu amorphe et totalement dominée par la grand-mère qui prenait les choses en main et qu’on avait bien du mal à ne pas laisser entrer en salle de soins où elle promettait à l’enfant une bonne fessée s’il ne se calmait pas tout de suite. On fit donc appel à moi. J’allai vers l’enfant, puis je lui dis, comme j’ai appris à le faire avec Françoise Dolto, « bonjour, moi je m’appelle Monique, et toi comment est-ce que tu t’appelles ? » Il me répondit aussitôt et j’enchaînai en lui demandant s’il aimait les petits chiens. A sa réponse affirmative, comme je faisais semblant de porter un petit animal dans les bras et de le caresser, je lui dis : « Tiens, prends le mien et caresse-le, il aime ça. » L’enfant entra dans le jeu, fut conduit seul dans la salle de soins où l’infirmière déballa le pansement et le refit dans un calme total, occupés que nous étions, l’enfant et moi, à parler du petit chien, à caresser le petit chien. A la sortie de la salle de soins qui était parfaitement silencieuse, la grand-mère aboya « qu’est-ce que vous lui avez fait ? »... L’infirmière répondit « son pansement qui s’est très bien passé ». « Mais vous ? », reprit la grand-mère en s’adressant à moi. « Nous avons parlé de petits chiens, il les aime bien. » L’enfant souriant alla chercher sa mère toujours vautrée sur un fauteuil et partit en babillant. Le lendemain, à l’heure du pansement, le trio était là... Ou plutôt le quatuor car l’enfant portait dans les bras un énorme chien en peluche. La grand-mère m’apostropha vigoureusement en me disant : « Allez-vous en ! On a les moyens de payer un vrai chien à mon petit-fils et on ne veut pas que vous le rendiez fou avec vos… sottises ! » Inutile de préciser que le pansement fut un long cri de douleur et d’angoisse.

Un second exemple vient confirmer cette méconnaissance, voire cette haine véhiculée à l’époque par l’hypnose. Une petite fille brûlée au cours de l’incendie de la cuisine souffrait de sérieux éléments post-traumatiques, hallucinations la replaçant dans les flammes, cauchemars, violente angoisse. Je me rendis donc rapidement à son chevet à la demande de l’équipe, y compris du chef de service. Mais une surprise m’attendait dans la chambre de l’enfant : sa mère, institutrice, m’avait vue dans une émission de télévision récente. Elle se précipita sur moi pour m’interdire d’approcher sa fille car elle se refusait à toute « manipulation » et rien n’y fit, la petite partit en rééducation fonctionnelle avec son angoisse, ses cauchemars, sa hantise du feu. Cela me consterna beaucoup plus que les propos venimeux et grossiers tenus à mon égard par la mère…

MONIQUE STEPHANT Psychologue clinicienne, hypnothérapeute. Ex-psychologue du Centre de Traitement des Brûlés Hôpital d’Instruction des Armées Percy. Ex-chargée de cours à l’Université Paris X Nanterre. Expert auprès des Tribunaux





Mariline MORCILLO
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Infirmière spécialisée Douleur.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11 et à Marseille.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Hypnose & Thérapies Brèves. Edito du Dr Patrick Bellet: Monsieur Zarifian

mercredi 18 juillet 2018 - 17:23
Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°1 Par le Dr Patrick BELLET, rédacteur en chef Après vous avoir soumis les épreuves des actes du 1er Forum francophone d’Hypnose et de Thérapies brèves en 1997, à Vaison-la- Romaine, vous aviez accepté avec enthousiasme de préfacer cet ouvrage collectif. Fidèle à vos convictions, vous parrainiez notre travail qui correspondait à votre opinion : « L’hypnose est vivante, elle est active et elle réconcilie le corps physique et le psychisme au sein d’une médecine où l’homme souffrant est trop souvent considéré comme un mécano fait de pièces qu’il faut réparer ou remplacer. »

Vous vous étiez, tout d’abord, orienté dans l’étude des neurosciences et de la biochimie en devenant l’un de ses spécialistes les plus émérites. Et c’est de cette place privilégiée pour observer la direction prise dans le traitement des troubles psychiques que vous réalisiez l’impasse humaine dans laquelle s’engageait la psychiatrie actuelle. Votre nouveau chemin vous rapprocha de la psychanalyse en travaillant avec Pierre Fédida et Roland Gori, mais peu à peu votre réflexion de praticien vous conduisit à étudier d’autres options thérapeutiques, dont l’hypnose. En patron, vous avez introduit son étude, sa pratique et son enseignement dans votre service au CHU à Caen, et c’est Dominique Megglé et Yves Halfon que vous avez accueillis pour former les premiers psychiatres, psychologues et médecins généralistes en Normandie. Votre volonté d’ouvrir le dialogue avec le patient précisément vous a encouragé à développer le premier lieu universitaire d’enseignement de l’hypnose en France depuis son âge d’or au XIXe siècle.

Monsieur Zarifian, votre curiosité et votre humanisme vous avaient fait vous tourner vers d’autres cultures où même si les mots ou les concepts ne sont pas semblables aux nôtres, la souffrance, elle, est identique. Votre engagement personnel dans la réévaluation de la place de la pharmacopée, diffusé notamment par Le prix du bien-être : psychotropes et sociétés, vous avait valu la réprobation d’une partie du corps médical. De ces observations, vous tiriez modestement la leçon de la culture du « savoir-écouter » pour en façonner un savoir-faire, l’articulation complexe et délicate d’un échange spécifique entre deux personnes. Directeur de collection aux éditions Odile Jacob, vous développiez, à ce titre, une ligne éditoriale dont j’ai bénéficié et je vous en remercie à nouveau pour y avoir été publié.


L’un des thèmes qui vous tenait le plus à cœur était toute la difficulté, voire l’impossibilité de se comprendre : « Seul l’échange de parole permet de soulager la souffrance psychique. Tout le monde ne sait pas écouter. Entendre est très difficile. Il faut toujours se demander ce qui est exprimé derrière les mots et qui contient du sens. Rappelons que le seul moyen d’accéder au psychisme d’autrui, c’est la parole. »

Et à ce propos, justement, vous m’aviez soufflé discrètement le mot d’« incommunicabilité » pour le titre de la rubrique « Quiproquo… » de notre revue.

Malgré la maladie, vous continuiez d’avoir une présence active auprès de ceux que vous souhaitiez soutenir. Nos conversations et vos courriers de cet automne constituaient à la fois une reconnaissance et un encouragement de nos travaux et j’en citerai là quelques extraits : « Je viens de recevoir le numéro d’Hypnose qui est absolument remarquable. Je vous félicite sincèrement d’avoir réussi en aussi peu de temps à créer une revue à la fois spécifique quant au thème, et originale quant à la forme. Je vais diffuser l’information auprès des enseignants de psychopathologie en faculté de psychologie car l’intérêt pour l’hypnose se développe plus vite dans ce milieu qu’en médecine (…). Bon courage pour poursuivre cette belle ligne éditoriale. »

Votre bienveillance se manifestait par la confiance que vous accordiez à l’humain : « Ecoute-moi, toi et mon semblable, mon frère. Tu as peur parce que tu te crois fai faible, parce que tu penses que l’avenir est sans issue et la vie sans espoir. Tu t’es réfugié dans ton monde intérieur où tu n’es que solitude. Pourtant, tu as d’authentiques paradis dans la tête. Ce ne sont pas des paradis chimiques, c’est toi, toi tout entier, dans ta singularité d’homme, avec les forces qui t’habitent et que tu as oubliées peut-être. »

Merci Monsieur Zarifian ! (1941-2007)

Le professeur Edouard Zarifian a écrit de nombreux ouvrages, dont Les jardiniers de la folie (1988), Des paradis plein la tête (1994), Le prix du bien-être : psychotropes et sociétés (1996), La Force de guérir (1999) et Le goût de vivre (2005) aux éditions Odile Jacob.





 

Mariline MORCILLO
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Infirmière spécialisée Douleur.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11 et à Marseille.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Hypnose en anesthésie: cas de l'endoscopie digestive chez l'enfant

mercredi 18 juillet 2018 - 17:03
QUAND L'IMAGINATION PREND SOIN DU CORPS Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°3 Christine MOUTACH - Infirmière anesthésiste depuis une vingtaine d’années à l’hôpital d’Aix-en-Provence, je décide en 1997 de m’intéresser de façon plus précise à la prise en charge de la douleur.

Après avoir obtenu des diplômes universitaires (DU sur la prise en charge de la douleur chronique et de la douleur aiguë), nous avons mis en place en 2000, au sein du service d’anesthésie, une équipe qui au fil des années fonctionne de façon plutôt satisfaisante. Souhaitant élargir les mécanismes relationnels autour du patient pendant les différents temps opératoires, (pré : si la personne est très anxieuse, en per : pour tout ce qui est loco régional, et en post-opératoire : dans les services de chirurgie), il m’a semblé, comme tant de travaux l’ont attesté, que l’hypnose pouvait apporter des réponses à mes attentes. Actuellement, je suis en cours de validation professionnelle de mes compétences et ce travail en est un des éléments.

ÉTUDE OBSERVATIONNELLE ET DE FAISABILITE

Objectifs

Démontrer l’intérêt de cette technique en anesthésie, où la prise en charge des patients doit répondre à des critères d’efficacité, voire de productivité ( !) dans le milieu de l’anesthésie qui préconise une action rapide et efficace. Le service d’endoscopie digestive m’a paru un lieu où je pouvais mettre en situation ces nouvelles pratiques. Petite unité accueillante et demandeuse de nouveautés, elle facilita la mise en œuvre de ce travail. La coopération remarquable de toute l’équipe à la fois curieuse et attentive, les pédiatres confiants et respectueux de mon travail, les anesthésistes m’encourageant, toutes ces personnes ont fait que cette expérience ait pu prendre forme. Mon choix, après concertation avec les deux pédiatres, s’est orienté sur l’amélioration de la prise en charge des enfants (de 4 ans à 18 ans) devant subir : soit des fibroscopies gastriques digestives avec un adjuvant, le midazolam en intra veineux (benzodiazépine) à raison de 0,1 mg/kg ; soit des rectosigmoïdoscopies (sans adjuvant.) L’endoscopie occupe une place primordiale en hépato-gastro-entérologie pédiatrique. Néanmoins de grandes controverses et une hétérogénéité de pratiques persistent quant aux techniques de sédation à proposer aux enfants. Le but de cette sédation est de procurer à l’enfant le maximum de confort pendant l’examen, lui assurer une amnésie post-endoscopique et faciliter la réalisation du geste par l’opérateur. Et ceci doit être obtenu avec le minimum d’effets secondaires possible. Différentes techniques sont disponibles et utilisées, allant de l’absence de sédation à l’anesthésie générale.

Méthodes

Ces deux examens sont faits dans un but diagnostic. Les critères d’exclusion pour cette étude sont : l’âge inférieur à 4 ans, le retard mental sévère et les endoscopies réalisées dans un but interventionnel. Dans le cadre spécifique de cette étude, si l’enfant ou les parents refusent une sédation par hypnose, alors les pédiatres ont l’alternative d’ utiliser le protocole classique par midazolam. En pratique, les enfants sont hospitalisés le jour même et l’examen, souvent associé à des biospsies, est toujours effectué par la même équipe après une période de jeune d’au moins 6 heures. Après l’endoscopie, il est demandé aux différents intervenants (médecin, infirmière et à moi-même) de noter les paramètres suivants : efficacité de la sédation, degré de coopération, agitation et qualité du réveil de l’enfant, ainsi que le niveau de satisfaction de chacun. L’enfant est, lui aussi, interrogé notamment sur son évaluation de la durée de l’examen, son anxiété préopératoire, sa douleur postopératoire et s’il accepterait de refaire, si nécessaire, l’examen dans les mêmes conditions. Tous ces éléments sont notés de 1 à 10, 1 étant la plus basse appréciation et 10 la plus haute. Les parents ne sont pas oubliés et nous leur demandons ce qu’ils pensent de cette technique et s’ils ont des suggestions à nous proposer. Trois heures plus tard, l’enfant rejoint son domicile après avoir mangé. Les contraintes Avant d’expliquer le déroulement de ces deux types d’examen, il convient de préciser quelques difficultés liées au cadre hospitalier dans lequel j’exerce. Tout d’abord celle qui concerne la disponibilité de l’hypnotérapeute. Intégrée au sein du bloc opératoire, je dois pouvoir m’en détacher rapidement afin de me rendre dans le service d’endoscopie digestive. Sinon en cas d’indisponibilité, j’essaie d’organiser ma participation en dehors de mes tranches horaires. D’autre part, je possède peu de temps pour prendre de la distance et me mettre en condition entre ce que je fais et ce que je vais faire. Tâche qui demande à la fois un effort de concentration et une imagination débordante !!!

Le problème de l’information

Le pédiatre explique tout d’abord le déroulement de l’examen aux familles, mais je n’ai souvent que peu de temps pour rencontrer l’enfant et établir avec lui une relation de confiance minimale avant le début de l’endoscopie.

La compétence

Encore débutante dans cette pratique, il m’estarrivé à plusieurs reprises de n’avoir pas été aussi performante que je l’aurais souhaité. Au fil du temps, je comprends que vouloir trop « bien faire » n’est pas forcément synonyme de réussite. Viser la perfection fait souvent perdre de vue les moyens qui mènent au but. Le lâcher prise peut avoir des résultats surprenants. Le travail concernant cet échantillon n’a pas de valeur scientifique, son seul objectif est de démontrer que cette pratique est possible et réalisable au quotidien.

Les avantages

Pour une approche hypnotique, les enfants sont des sujets idéaux. Leur capacité créative, leur goût pour le merveilleux et une évidente croyance pour les contes de fées facilitent ce travail avec l’imagination. La perception d’un sentiment, d’une émotion, passe autant par la vision, le son, l’odeur, la saveur que le toucher ; et très vite ils se retrouvent dans la situation évoquée. Les réponses recueillies ont montré, que ce soit les parents ou les enfants, leur préférence pour ce mode de prise en charge plutôt qu’une anesthésie générale. Moins impressionnante, ils auraient, cependant, souhaité une rencontre dans les jours précédant l’examen avec l’hypnothérapeute. Cet entretien est important pour fournir une meilleure information et favoriser une relation de confiance à partir de laquelle il est possible de proposer à l’enfant et à sa famille la technique de sédation la plus adaptée.

INDICATIONS

La rectoscopie

L’hypnose paraît être un excellent outil pour rendre plus sécurisant et confortable ce type d’examen, qui peut être vécu par certains patients comme traumatisant ou douloureux. C’est d’autant plus important que certains d’entre eux doivent répéter plusieurs fois l’examen notamment dans le suivi des rectocolites hémorragiques. De plus, ces enfants ont souvent des antécédents tels que fistules qui ne facilitent pas l’introduction du rectoscope. Enfin, la pudeur de l’adolescent peut majorer l’inquiétude et le sentiment de malaise pendant le déroulement de l’examen.

La fibroscopie haute

La question de la sédation au cours d’endoscopies digestives pédiatriques (FOGD), est très débattue. Le type de sédation (sédation consciente, sédation profonde, anesthésie générale) dépend de l’âge de l’enfant, de son état de santé, du but de l’endoscopie (diagnostique ou interventionnelle), des préférences de l’enfant et des parents. Les pratiques sont également différentes selon les centres en fonction de l’environnement anesthésique et des habitudes de chaque équipe. Au CHG d’Aix-en-Provence, les FOGD sont réalisées, usuellement, sous une sédation de midazolam (0,2mg/kg, maximum=10 mg). Néanmoins, certains enfants présentent des effets secondaires aux benzodiazépines, notamment une agitation paradoxale. Nous avons réalisé une étude prospective sur l’intérêt de l’hypnose qui montre une bonne efficacité chez les enfants entre 8 et 12 ans. Pour les différents intervenants, certains enfants auraient pu avoir leur FOGD sous hypnose seule, leur niveau de transe étant suffisamment important.

LE DÉROULEMENT D’UNE SÉANCE

 Dans un premier temps, je rencontre les parents ainsi que l’enfant pour expliquer à nouveau le déroulement de l’examen et mon rôle auprès de leur enfant pour modifier ses perceptions. Puis je m’isole avec l’enfant, lui demande s’il a des questions, l’interroge sur ses loisirs, ses passions, ses envies, puis, ensemble, nous décidons d’un sujet à évoquer au cours de la séance. Cette démarche facilite l’évasion vers un autre espace.

CHRISTINE MOUTACH Infirmière anesthésiste (IADE) au CH d’Aixen- Provence, titulaire des DU de médecine de catastrophe, de la prise en charge de la douleur chronique et post-opératoire. Membre du Clud au sein de l'hôpital et faisant partie du réseau Paca Ouest (réunion des différents Clud de la région privé et public). Formée à l’hypnose éricksonienne à l‘Institut Milton H. Erickson d’Avignon




Florent HAMON
Hypnothérapeute, Praticien EMDR, Infirmier anesthésiste à Paris. Chargé de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille et dans les hôpitaux de l’AP-HP.
Consulte au cabinet d’Hypnose, EMDR et Thérapies Brèves de Paris 11.
Spécialisé dans les addictions au tabac, alcool…
Rédacteur web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Algodystrophie ou les larmes du corps

mercredi 18 juillet 2018 - 15:20
La maladie n'est-elle pas là pour nous guérir? Avec les Drs Etienne LAJOUS et Géraldine FRANZETTI Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°3. Cette affection fréquente, connue depuis 1864, a depuis lors pris différents noms : causalgie (1854), atrophie osseuse aiguë (1900), atrophie de Sudeck, ostéotrophie, ostéoporose post-traumatique (1933), causalgie mineure (1940), syndrome épaule-main (1947), dystrophie sympathique réflexe (1947), douleur entretenue par le sympathique (1987) …

Cette multiplicité d’appellation évoque les difficultés de compréhension de cette pathologie, des mécanismes mis en jeu et de son traitement. Depuis 1994, une réunion d’experts de l’Association Internationale pour l'Etude de la Douleur, a proposé une nouvelle taxonomie qui fait aujourd’hui référence. Ce groupe d’experts a différencié 2 types de tableaux cliniques sous le vocable de Syndrome Douloureux Régional Complexe Type I (anciennement algodystrophie), et Syndrome Douloureux Régional Complexe Type II (anciennement causalgie).

Le terme actuel de Syndrome Douloureux Régional Complexe désigne une symptomatologie régionale souvent limitée à une articulation mais qui peut diffuser aux articulations voisines. La qualification de complexe en dit long sur les mécanismes physiopathologiques qui sous-tendent cette définition, mais aussi a toutes les interactions émotionnelles et cognitivo- comportementales. La localisation essentiellement régionale de cette affection (une main, un pied, le genou, le membre supérieur ou inférieur…) ne préjuge pas de l’ensemble des modifications observées dans la totalité du système nerveux central. Une modification du schéma corporel est mise en évidence par les explorations modernes telles que l’I.R.M. fonctionnelle. La guérison de ce syndrome entraîne la normalisation des modifications cérébrales observées.

Dans le Type I la lésion n’intéresse que le tissu osseux, musculaire, conjonctif ou ligamentaire alors que dans le Type II on retrouve une lésion neurologique sensitive qui en fait la gravité car celle-ci est définitive et peut entraîner des séquelles. Le SDRC survient généralement après un événement traumatique initial parfois minime (entorse, fracture, acte chirurgical, etc..) avec des conséquences souvent disproportionnées par rapport à la gravité du traumatisme. Parfois mais rarement, on ne retrouve pas d’étiologie traumatique mais des causes purement médicales (AVC, infarctus du myocarde, certains traitements tels que la cyclosporine, les barbituriques etc. .. ont été incriminés). Sur le plan clinique, va se développer une douleur continue, souvent nocturne, s’accompagnant d’un oedème régional avec modification de la vascularisation cutanée, et de la coloration cutanée, d’une hypersudation dans la zone douloureuse ; ce qui a pour conséquence une impotence fonctionnelle. Toutes les articulations peuvent être touchées, cependant la main, le pied et le genou sont le plus souvent en cause. Une extension aux articulations voisines en cas d’évolution est fréquente (par ex syndrome épaule-main, extension au genou et à la hanche lors d’une lésion du pied).

Ce SDRC survient généralement entre 30 et 70 ans, préférentiellement chez les femmes. Cependant les enfants et les personnes plus âgées peuvent être affectés également. Cette nouvelle taxonomie, utile pour le diagnostic et les traitements antalgiques conventionnels, a peu d’intérêt pour une prise en charge par l’hypnose et les thérapies brèves. En effet, l’hypnose ne s’adresse pas aux mécanismes physiopathologiques, mais aux représentations de la maladie et au sens qui leur sera donné.

ÉVOLUTION

L’évolution des SDRC se fait classiquement en 3 phases. Une phase dite chaude : la douleur apparaît 3 à 4 semaines après le traumatisme initial (le patient la différencie très nettement de la douleur initiale), le membre devient douloureux, chaud, oedématié, moite avec des sensations de brûlure, d’allodynie faisant, souvent, craindre au niveau du membre inférieur à une phlébite. Un stade dystrophique du 3ème mois au 6ème mois (cas de Mme X) : la douleur s’étend à tout le membre et s’accompagne d’une limitation des mouvements avec une raideur articulaire. Une ostéoporose et une atrophie musculaire sont habituellement retrouvées. Les patients consultent généralement à ce stade. Un stade atrophique (phase froide : cas de Mr Y) apparaissant après six mois surtout si l’affection est restée sans traitement. La douleur reste présente mais peut s’atténuer ; cependant l’impotence fonctionnelle peut devenir majeure et le symptôme le plus gênant (raideur articulaire). La peau est froide, les muscles sous-jacents atrophiés. A ce stade, il faut craindre des lésions irréversibles séquellaires.

DIAGNOSTIC

Bien que le diagnostic médical soit cliniquement facile à poser, en particulier après un traumatisme, les algodystrophies sont souvent méconnues. En effet, la douleur est souvent mise sur le compte du traumatisme initial ou une faute médicale et retardant ainsi le traitement du SDRC. Ces patients sont souvent adressés par leur kinésithérapeute.

LE SYSTÈME NERVEUX SYMPATHIQUE

Depuis longtemps sa mise en jeu est suspectée. Notre système nerveux comporte deux entités parfaitement reliées. Un système conscient qui permet par nos 5 sens (vision, odorat, audition, goût, kinesthésie) de recevoir les informations de notre environnement extérieur et par la motricité de nous adapter. Un système nerveux dit autonome, indépendant de notre volonté et de notre conscience, se divise en système nerveux sympathique et parasympathique. Son équilibre, telle une balance assure l’homéostasie et donc l’équilibre du milieu intérieur. Le système nerveux sympathique est le système d’alerte. Il régit de nombreuses activités physiologiques liées aux efforts et les situations particulières telles que le stress, l’anxiété, la douleur. C’est lui qui accélère les battements cardiaques, provoque la sudation, permet les ajustements de la tension artérielle et la régulation des sécrétions hormonales glandulaires (systèmes neuroendocriniens), diminue l’activité digestive. Il est associé à l’activité de deux neurotransmetteurs : la noradrénaline et l’adrénaline. Son organisation est en lien avec les centres supérieurs du système nerveux central : réticulée, thalamus, système limbique, néocortex largement impliqués dans les phénomènes émotionnels et de mémorisation. Comme de nombreux mécanismes physiologiques il est en équilibre avec un autre système antagoniste : le système nerveux parasympathique. Celui-ci a un rôle de protection. Il ralentit le cœur, diminue la tension et la fréquence respiratoire. Il préserve l’énergie. Seule la fonction digestive et l’appétit sexuel sont favorisés. Il est associé à un neurotransmetteur : l’acétylcholine. Dans notre mode de vie occidental, nous utilisons beaucoup le système sympathique.

Un déséquilibre de ce système (par exemple lors d’un traumatisme, d’un état de stress, de douleur qui persiste) va mettre en jeu toute une chaîne de réactions organisant des mécanismes de défense et d’adaptation immédiats en lien direct avec la mémorisation de tous les apprentissages (expériences) et des réactions émotionnelles (le vécu). Si le système nerveux sympathique est indispensable pour l’équilibre intérieur, il devient moins sympathique lorsqu’il devient dysfonctionnel, c’est-à-dire lorsque son action persiste. Il peut engendrer des symptômes fonctionnels tels que de la douleur ou d’autres troubles (digestif, cutané, cardiaque, etc ) c’est-à- dire sans anomalie organique. On parlera alors de troubles psychosomatiques.

DR ETIENNE LAJOUS Anesthésiste réanimateur, fondateur de la consultation douleur de la clinique du parc Toulouse, formé en hypnose en 2000 sous l'égide de l'Institut Milton H. Erickson d'Avignon-Provence.

DR GÉRALDINE FRANZETTI Médecin généraliste, algologue, sexologue, formée en hypnose en 2001 sous l'égide de l'Institut Milton H. Erickson d'Avignon-Provence.






Laurent GROSS
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychothérapeute certifié ARS en 2013.
Formateur en Hypnose Médicale, Ericksonienne et EMDR au CHTIP Collège d'Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris dont il est le Président Fondateur.
Chargé d'enseignement dans les hôpitaux de l'AP-HP. Conférencier au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.

Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.
Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur internet ...En savoir plus sur cet auteur

Approche intégrative du syndrome algoneurodystrophique post-traumatique. Laurent GROSS au Congrès Hypnose et Douleur St Malo 2016

Algoneurodystrophie...

Travailler avec un patient présentant un syndrome algoneurodystrophique post-traumatique est souvent perçu comme une gageure, même pour les praticiens expérimentés…

Mais ici plus qu’ailleurs, l’approche intégrative prend tout son sens.Ici plus qu’ailleurs encore, nous ne pouvons travailler qu’avec une approche intégrant le Corps dans l’Esprit et l’Esprit dans le Corps, ne pouvons que devenir des psycho-corpo-thérapeutes.

Lorsqu’un psychotraumatisme survient, on peut penser que le souvenir traumatique n’est pas intégré dans la mémoire autobiographique, ce qui pourrait expliquer les phénomènes de Flash Back. Le travail avec les Mouvements Oculaires (EMDR - IMO, HTSMA, MATHS etc…), en évoquant le trauma dans un contexte secure (comme en hypnose), serait une approche de choix. Les Mouvements Oculaires sont connus comme inductions et approfondissement de transe hypnotique depuis plus de deux siècles, et n’auraient jamais dû quitter le monde de l’hypnose !

Focalisation, dissociation, distorsion du temps, absorption, recadrage, sont des ingrédients tout à fait communs à l’hypnose et aux techniques des mouvements oculaires.

Lire la suite de la conférence du Congrès...

Réification en thérapie: une douleur palpable. Dr Claude VIROT

mercredi 18 juillet 2018 - 14:30
Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°3 Monsieur R. est un homme de 40 ans. Il souffre d’une douleur dans la mandibule et le cou depuis douze ans. Il a suivi un long parcours thérapeutique médicamenteux et psychothérapeutique malheureusement inefficace.

« C’est comme une traction terrible entre la mâchoire, sous l’oreille et la clavicule. A chaque fois que je veux ouvrir la bouche, c’est pire. C’est en longueur, quelque chose de dur comme du métal, de fin, de froid. On dirait une ficelle ou plutôt un câble. En acier, comme les câbles de frein sur les vélos. Les deux bouts du câble sont profondément enfoncés dans les structures osseuses. »

- « Combien de brins ? »

- « Douze. »

- « Comment ce câble peut-il être modifié ? »

-« En le coupant. »

-« Avez-vous une pince coupante ? »

- « Dans la caisse à outils. Je peux la prendre. »

- « Je vous propose d’en couper une partie aujourd’hui. » - « J’en coupe six. »

- « Très bien, allez-y... »

- « Où en êtes-vous ? »

- « J’en ai coupé trois. Je continue... Ça y est, j’en ai coupé six. »

- « Comment ressentez-vous les sensations dans le cou ? »

- « C’est bien mieux. »

Cet échange qui peut paraître surréaliste est au contraire ordinaire pour le praticien qui utilise la technique appelée réification avec les patients souffrant de douleurs chroniques. Même si nous verrons plus loin que l’usage en sera plus large, nous allons dans un premier temps nous situer dans le cadre des patients douloureux chroniques.

RÉIFICATION

Approche théorique

Réifier vient du latin « res », chose, et « facere », faire. En philosophie, la réification est la transformation en chose. Pour nous, réifier est transformer une sensation en une chose. Un objet dont les caractéristiques deviennent de plus en plus précises au fur et à mesure de la focalisation de l’attention sur cet objet, focalisation générée par l’existence préalable de la sensation et les questions du thérapeute. Il s’agit bien de s’occuper d’une sensation qui fait partie de l’univers habituel du patient, qu’il connaît, dont il souffre mais dont il ne parvient pas à se débarrasser. La connotation « chronique » se réfère à la durée - plus de six mois - et surtout à une notion de résistance du symptôme, avec différentes tentatives de traitement et des échecs.

Approche pratique
Comme souvent, ce principe n’est qu’une amplification d’un processus naturel que chacun connaît. « J’ai l’impression d’avoir un clou dans l’épaule, une boule dans la gorge, une barre dans le ventre... » C’est une de nos manières habituelles de décrire une sensation en se référant à une chose connue et partageable. La douleur, son type, son intensité sont particulièrement subjectifs. Si je dis : « J’ai très mal dans le dos », il est difficile pour l’interlocuteur de décoder cet énoncé, de se l’approprier pour comprendre ce qui vient d’être dit. « C’est comme si j’avais une pointe, comme une aiguille de couture, enfoncée à l’intérieur de l’épaule. Elle s’enfonce encore plus à chaque mouvement » est une manière beaucoup plus « objectivable » pour partager cette difficulté. Et partager un problème n’est-il pas déjà le diviser et le réduire ?

Mode digital versus mode analogique

A chaque fois que nous utilisons ce langage, « c’est comme si », nous passons en mode « imaginaire » ou analogique. Le mode scientifique habituel, que nous utilisons aussi dans le monde médical, est le mode « digital » qui s’appuie sur la raison, la description exacte, l’évaluation, la logique, l’analyse. La douleur est alors en relation avec la contraction symétrique et coordonnée des muscles sterno-cléido-mastoïdiens. « Elle est due à une activation excessive des afférences nerveuses motrices déclenchées par une inflammation de la loge interne de la thyroïde en rapport avec un excès de production de l’hormone produite par l’axe hypothalamo- hypophysaire... Je vous enlève la thyroïde et ce sera fini ! » Pour le patient, c’est du chinois, sauf la dernière phrase. Elle contient, elle, quelque chose de bien réel et facile à imaginer. Ce langage digital permet des descriptions précises, exactes, en rapport avec le savoir scientifique de l’anatomie, la physiologie, l’hormonologie, les neurosciences pour un traitement tenant compte de tous ces savoirs. Un traitement digital précis, rigoureux, dosé, évaluable et partageable. Une dose de médicament, une stimulation électrique, un acte de chirurgie. Autant de stratégies puissantes et efficaces, mais pas pour cet homme qui souffre de sa gorge depuis douze ans et qui est ici et maintenant avec moi.

Que veut dire passer en mode « imaginaire » ? C’est un mode qui nous permet de transmettre ce que nous vivons, ressentons, souhaitons, craignons par des images. Le mieux est d’utiliser un exemple. Lorsque j’utilise un exemple, je suis immédiatement dans ce mode analogique. Je rentre dans une pâtisserie. Je peux me dire que j’ai envie de 120 grammes de farine cuite à 60 degrés pendant une heure, mélangée à 17 grammes de jaune d’œuf et 6 grammes de sucre... Ou, en ressentant ce qui se passe dans ma bouche, dans mon ventre, observer que mon esprit a fabriqué l’image d’un gâteau au chocolat. Le plus habituellement, nous fonctionnons en mode analogique et nous passons en mode digital lorsque nous voulons décrire rationnellement un phénomène et en permettre l’analyse. Ou pour écrire une recette de cuisine.

Activer le mode imaginaire, c’est activer ce que chacun sait le mieux faire et permettre l’observation interne la plus précise qui soit. C’est venir au plus proche de ce qui existe dans le monde intérieur. Ceci met en œuvre des processus extrêmement complexes qui activent des niveaux de ressources naturelles présentes chez chacun d’entre nous. Des ressources qui permettent de changer ce qui se passe à l’intérieur de nous, d’une manière difficile à analyser. Ces ressources dites inconscientes qu’ Erickson activait, amplifiait dans l’hypnose. Un inconscient décrit comme un immense magasin de ressources. Ce sont ces mêmes ressources qui nous permettent à chaque instant, chaque jour, de « guérir » de douleurs, de perturbations émotionnelles, de dysfonctionnements organiques. Ces ressources qui semblent plus faciles à activer en transe hypnotique.

LA RÉIFICATION EN THÉRAPIE

Alors, entrons dans mon atelier thérapeutique. Dans le coin « douleur chronique », l’outil le plus brillant, le plus poli par de longues heures d’utilisation est la réification. C’est en effet celui que j’utilise de manière préférentielle comme première technique hypnotique avec la plupart de ces patients qui souffrent depuis longtemps, fatigués par les échecs, rigidifiés par cette sensation persistante. Ils ont peu d’énergie et beaucoup de méfiance. Leur créativité est réduite au minimum, voire complètement en panne comme les patients présentant une dépression chronique. Il suffit de leur demander de colorier des mandalas1 pour se rendre compte de la pauvreté des couleurs, de la difficulté à suivre des traits simples et l’épuisement qui fait interrompre cette tâche au bout de quelques minutes. Quelles différences avec ces patients qui présentent une pathologie aiguë, une douleur aiguë, ou une dépression chaotique qui réalisent pendant des heures des chefs-d’œuvre multicolores ! Qui montrent ainsi leur disponibilité mentale et leur créativité intactes.

LA DOULEUR COMME SIGNAL D’ALARME

Cette douleur devenue chronique a d’abord connu une phase aiguë. Une douleur est un signal qui fait savoir que notre vie est en danger (petit ou grand). Voici ce qu’en disait déjà Hübner, médecin allemand, en 1794 : « La coenesthésie (sic) est obscure et faible dans la bonne santé pour que nous ne soyons pas troublés par ses mille impressions. Elle est en revanche forte dans les maladies pour que, prévenus du danger, nous soyons incités à rechercher de l’aide. » Dans cette partie du corps où nous avons traité correctement le problème - enlever le caillou de la chaussure, retirer la main du feu, stabiliser l’articulation-, le signal peut disparaître rapidement. Moins rapidement s’il y a des lésions tissulaires puisque la sécurité totale ne sera revenue que lorsque la lésion sera guérie. La douleur continue à jouer le rôle de nous signaler que nous devons poursuivre les soins. Que devons-nous penser alors de cette chronicisation de la douleur, ce signal qui n’en finit pas ? Soit la vie est toujours en danger et le signal nous invite à traiter ce danger. Faut-il alors s’autoriser à supprimer le signal ? Soit le système d’alerte est dysfonctionnel et il convient de le débrancher. Mais avec le risque de supprimer toutes les futures alertes de danger.




Dr Claude VIROT: Psychiatre. Président-fondateur de l’Institut Milton H. Erickson de Rennes-Bretagne. Directeur d’Emergences (Institut de Recherche et de Formation en Communication Thérapeutique). Représentant de la Confédération Francophone d’Hypnose et de Thérapies Brèves au sein de l’European Society of Hypnosis et Président de l’International Society of Hypnosis.
Laurent GROSS
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychothérapeute certifié ARS en 2013.
Formateur en Hypnose Médicale, Ericksonienne et EMDR au CHTIP Collège d'Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris dont il est le Président Fondateur.
Chargé d'enseignement dans les hôpitaux de l'AP-HP. Conférencier au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.

Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.
Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur internet ...En savoir plus sur cet auteur

Hypnose thérapeutique: une expérience de philosophie appliquée

mercredi 18 juillet 2018 - 13:05
Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°3 Par Dr Patrick GINIÈS Tout fait de l'hypnose une pratique très fortement calquée sur la mise en application des grands principes de philosophie. Face au vide que l'on observe tous dans le quotidien de la  pratique hypnotique, juste avant de commencer à écouter l'autre tout en essayant d'adapter son imaginaire à ce qui va pouvoir  raisonner dans le tréfonds de notre patient, nous répétons là, l'idée originelle de la pensée philosophique. 

« La douleur est questionnement,  le plaisir est réponse. »

Paul VALERY

La douleur est certainement l'un de ces  sujets qui permet le plus de lire une époque.  Aujourd’hui, elle est un extraordinaire outil de réinterprétation intellectuelle de la  condition humaine. N'oublions jamais qu’à chaque époque elle a occupé une place majeure,  mais dans des champs bien différents.

Il y a 20 générations, au Moyen-Âge, la description du quotidien nous montre comment la  douleur physique était l’ordinaire, mais avait  également la fonction d’être un ciment de civilisation permettant de justifier le discours d'incarnation dans la société du dessein de  Dieu. Pour l’heure, la neurophysiologie actuelle montre que la douleur se définit par le fait  qu’elle n'existe pas. Ce paradoxe l’est moins qu’il n’y parait. En effet, un doigt écrasé n'est  pas un excès de stimulation, mais une information qui analysée par le cerveau est interprétée  par lui comme dangereuse et douloureuse (en comparaison à ce qui a été mémorisé  auparavant). Le coté désagréable de cette sensation est obtenu par la négation de toutes  les autres parties du schéma corporel qui ne  correspondent pas à la zone du doigt écrasé. Ainsi seul est à la conscience le doigt écrasé, et c'est cela qui est pénible donc douloureux.

Plus encore, cette information supprime toute  temporalité passée et future en densifiant le  temps présent. Le comble sera la création de  la maladie douloureuse chronique, nouvel  état de l’homme qui lorsqu’il y rentre présentera  les plus grandes difficultés pour en sortir. Paradoxalement cette maladie est la plus  fréquente au monde (une enquête européenne  en 1999 estimait à 21,3 % le taux de la population  atteint par ce mal). Cette maladie est aussi la plus ignorée, non reconnue et mal  traitée. Explication : cette douleur chronique  signe un triple échec.

Premièrement celui de la société qui imposant  à ses membres des conditions de vie  injuste et algogène ne veut pas en reconnaître  les conséquences sanitaires. Deuxièmement  l’échec des patients qui savent inconsciemment  qu’une faille dans leur vie peut expliquer  ce passage à la douleur chronique et  troisièmement celui des professionnels de  santé qui par la douleur rebelle perçoivent  la limitation de leur pouvoir médical.

La douleur signe la déconstruction de la société,  du moi, du discours scientifique, mais  comme le vide entre les pierres d’une voûte,  elle explique la tenue de chaque structure.  (J. Derrida). Le paradoxe de cette douleur c'est  que plus la douleur est profonde (c'est-à-dire  le vide, le rien) plus explosive sera la création

PATRICK GINIÈS
Médecin responsable du centre d'évaluation de traitement de la douleur du CHU Montpellier. Président d'honneur du collège national des médecins de la douleur.






Florent HAMON
Hypnothérapeute, Praticien EMDR, Infirmier anesthésiste à Paris. Chargé de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille et dans les hôpitaux de l’AP-HP.
Consulte au cabinet d’Hypnose, EMDR et Thérapies Brèves de Paris 11.
Spécialisé dans les addictions au tabac, alcool…
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Douleurs: migraines, céphalées et autres en-têtes. Dr Patrick BELLET

mercredi 18 juillet 2018 - 00:28
Douleurs capitales par le Dr Patrick Bellet Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°3 Affection ayant une prévalence très importante dans la population, la migraine génère, tant par l’intensité de sa douleur que par la répétition de ses crises, des difficultés thérapeutiques qui durent souvent des années.

La complexité de cette pathologie demande une attitude diagnostique et thérapeutique hypnotique adaptée à chaque cas, cependant des axes se dégagent pour s’orienter dans ce maquis tourmenté. L’inestimable intérêt de l’hypnose est de pouvoir réduire, voire faire disparaître la douleur de la crise et aussi d’agir sur le terrain où elle sévit. Cet article présentera un éventail de techniques simples et d’autres plus complexes utiles dans ce contexte.

LA DISTORSION SUBJECTIVE DU TEMPS

C’est probablement l’aspect le plus important à considérer dans le cas de douleurs anciennes et répétitives. Nos consultants sont ceux qui ne peuvent, pour l‘instant, diminuer leur douleur. Le paramètre temporel est essentiel car il infiltre, par sa présence persistante, la vie même de nos patients. Notre travail consiste, dans un premier temps, à évaluer ce facteur ainsi que d’apprécier la façon dont vivent les gens : leurs professions, leurs loisirs, ce qui les intéresse etc. Une douleur permanente intense aura souvent des conséquences psychologiques importantes si elle se prolonge. Les patients disent familièrement que « la douleur leur tape sur le système ! » L’abord de la douleur chronique nécessite une approche fractionnée au nom de l’antique principe qui stipule de « diviser pour mieux régner ! » La douleur brute n’est guère accessible, il nous faudra la considérer sous différents angles tels que son intensité, sa temporalité, ses circonstances d’apparition, ses représentations subjectives et ses modalités thérapeutiques particulières entre autres.

En fonction de ces considérations, l’intensité de la douleur sera traitée indépendamment de la fréquence des crises ou de leurs circonstances d’apparition etc. Le choix se fera pragmatiquement en commençant par ce qui paraît le plus simple pour le cas considéré ; décision évidemment subjective.

Chercher l’exception

Si la douleur est permanente, il nous faudra chercher l’exception. Un interrogatoire minutieux et attentif à de nombreux détails de la vie courante permettra de relever très souvent des accalmies, par exemple à l’occasion d’un match de football passionnant, d’un film captivant, un spectacle drôle, une rencontre amicale ou encore au cours du sommeil. Le patient voit ainsi se réduire le temps douloureux et peut légitimement profiter de ce soulagement. D’autant plus que cette diminution atteste de sa capacité à s’abstraire de la douleur, ressource sur laquelle va porter ultérieurement notre attention pour la suite du traitement. La recherche de l’exception est essentielle pour au moins deux raisons : la première, obtenir déjà un soulagement, un répit ; la seconde, l’apparition de la réversibilité de la symptomatologie.

La réversibilité est un temps important dans l’évolution de la «maladie-douleur », car elle indique qu’un changement est possible. L’espoir qui apparaît nous aide à traiter la composante dépressive de la douleur chronique. Le futur n’est plus la projection et la continuité du passé. Cette action crée une parenthèse dans la souffrance.

L’écoulement subjectif du temps

Cette technique est remarquable pour son double intérêt : diminuer la durée de la crise et augmenter la durée de la période inter-critique. Pour parvenir à ce résultat, les suggestions s’appliqueront en appréciant le continuum de temps, selon une alternance de crise et de périodes quiescentes. Fidèle au fameux principe « diviser pour régner », nous agirons sur les états de crise et de calme, mais aussi sur les moments de transition qui sont des temps privilégiés d’intervention. Ces moments de passage, trop souvent négligés, sont d’un accès relativement aisé en hypnose.

Changer le rythme

Abordons maintenant une douleur intermittente qui va se manifester par des crises. La question qui vient naturellement est : « A quel rythme les crises surviennent-elles ? Combien de fois par jour, par semaine, par mois ? » Diminuer le rythme des crises n’a rien à voir avec le traitement de leur intensité. La fréquence peut diminuer et leur intensité demeurer inchangée, voire augmentée. Une des originalités de l’approche hypnotique est la multiplicité des incidences thérapeutiques. Grâce à l’élargissement du champ temporel, nous ne limitons pas notre action aux crises, mais intervenons aussi pendant les périodes qui les séparent.

En pratique, l’attention du patient est attirée, en cours de séance, sur la qualité du vécu inter-critique. Par la réactivation du souvenir de ce moment de quiétude avec toutes ses composantes sensorielles et émotionnelles, nous aidons le patient à réexpérimenter ses propres sensations et, par des suggestions post-hypnotiques, nous en prolongeons l’action au-delà de la séance. La répétition de ce type de séance permet au patient d’acquérir le savoir-faire nécessaire à l’auto-hypnose et devenir indépendant du thérapeute.

Techniques de confusion temporelle

Le début d’une crise est parfois corrélé à une circonstance prévisible, cependant la fin d’une crise est plus difficilement perceptible. Il est aisé de dire que la douleur n’existe plus, mais il est rarement possible de dire QUAND cette douleur a commencé à diminuer. Ce changement qui a pourtant eu lieu est passé inaperçu. Cette distraction montre qu’il est parfois impossible de dire si c’est plutôt la distraction qui entraîne une diminution de la sensation douloureuse ou bien l’inverse, ou les deux ! Qu’importe !

Dans les douleurs chroniques, le passé se transforme en futur, laissant peu de place au présent. Une sorte d’état de « confusion temporelle » dans lequel le patient a du mal à se situer. Pour l‘aider à distinguer ces différences, il est parfois intéressant de recourir à des techniques d’un maniement plus difficile et dont la formulation est surprenante. Souffrir uniquement de la douleur du jour ! Ne souffrir que lorsque la douleur est présente est une variante qui tend à écarter la souffrance liée à la douleur d’hier et à celle de demain, non encore advenue. Une réduction des 2/3 sous un certain angle…

Une autre technique combine le «signaling», la relativité d’appréciation et la prescription de l’analgésie. Elle peut se formuler ainsi : « Et je me demande quel pourcentage de douleur peut disparaître sans que votre esprit ne s’en rende compte ? Et lorsque votre esprit aura trouvé la réponse, il me l’indiquera par un petit mouvement volontaire ou involontaire d’un doigt ou l’autre de l’une des deux mains. 1% ? Très bien, votre index gauche indique qu’1% de douleur peut disparaître sans que votre esprit ne s’en rende compte. Peut-être encore 1% de douleur disparaît insensiblement ? Très bien. 1% de plus de douleur en moins… »

Évidemment, il est impossible de supprimer la douleur avec ce décomptage, cette technique contribue à faire varier l’évaluation de la douleur et à « saupoudrer » la suggestion de diminution de la douleur. Ces techniques de prescription temporelle sont émotionnellement mobilisatrices et ne seront employées que dans un nombre limité de cas par des praticiens entraînés. De l’observation des crises découleront les différentes interventions des techniques de distorsion subjective du temps pour réduire la douleur. Et conformément au « principe d’utilisation » d’Erickson, nous porterons notre attention sur les périodes quiescentes pour les « dilater » ce qui aura pour conséquence de diminuer la fréquence des crises. La ligne rythmique de la douleur nous conduit à envisager celle-ci sous un angle spatial et le schéma indiquera les différents moments d’intervention dans cette démarche.

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Florent HAMON
Hypnothérapeute, Praticien EMDR, Infirmier anesthésiste à Paris. Chargé de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille et dans les hôpitaux de l’AP-HP.
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Chirurgie dentaire et hypnose: la peur de la douleur

mercredi 18 juillet 2018 - 00:09
Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°3 Par Jihad ZEIDAN - Docteur en chirurgie dentaire. Formation à l’hypnose et thérapies brèves à l’Arepta Nantes. Nos soins nous confrontent chaque jour à la douleur sous ses différentes formes. Celle-ci se manifeste en effet, en particulier dans le domaine dentaire, de diverses manières : la douleur par excès de nociception : pulpite, abcès dentaires... ; la douleur ressentie ou perçue lors des soins ; les douleurs postopératoires.

Mais celle qui est de loin la plus importante, reste la douleur anticipée, autrement dit la peur de la douleur. Il ne faut d’ailleurs pas croire que celle-ci, notamment dans un cabinet dentaire, est l’exclusivité des enfants. Beaucoup d’adultes subissent eux aussi leurs peurs, parfois élevées au rang de phobie, sans pouvoir les contrôler.

Inutile de rappeler l’image peu reluisante dont la dentisterie peut aujourd’hui encore pâtir dans beaucoup d’esprits et dans l’imaginaire collectif. Le temps des « arracheurs de dents » n’est pas si lointain que ça, et la reconnaissance de la discipline dentaire en tant que spécialité médicale obligatoire ne date que de 1906. Il a fallu des décennies pour que, il y a à peine quelques années, le traitement de la douleur soit apprécié à sa juste valeur et développé comme un volet fondamental de l’acte dentaire. Avant cela, il était normal d’endurer la douleur sur le fauteuil du dentiste, il était admis qu’il faille « souffrir pour être beau ». N’oublions pas que l’usage courant de l’anesthésie est très récent.

Certes, les évolutions fulgurantes qu’a connu la dentisterie ces dernières années, bien qu’elles mettent du temps à se généraliser à l’ensemble de la profession, ont contribué à rendre les soins beaucoup plus confortables, et à améliorer la prise en charge de la douleur d’un point de vue physique. Il n’en demeure pas moins, malgré toutes ces avancées technologiques, que la peur des soins dentaires persiste chez un nombre non négligeable de personnes. Toute la chimie du monde n’y pourra rien : l’esprit humain et l’imaginaire qu’il développe n’ont pas leur pareil pour faire souffrir le corps.

J’ai pourtant longtemps cru que les améliorations techniques finiraient par chasser les peurs de mon cabinet, en restaurant une confiance en la dentisterie chez mes patients. Au fil des années, j’ai donc investi beaucoup de mon temps dans un large éventail de formations techniques, ainsi que de l’argent dans du matériel de plus en plus perfectionné. Je ne peux pas dire que cela n’a pas eu un impact positif, car j’ai évidemment beaucoup appris, et c’est ce qui m’a permis de rester à la pointe. Mais force était de constater que cela ne suffisait pas à rassurer tout le monde, et que la peur persistait chez un nombre important de personnes. Cette situation me contrariait, je n’arrivais pas à comprendre pourquoi, même quand le soin se passait, de mon point de vue, de façon confortable, certains patients revenaient au rendez-vous suivant tout aussi crispés qu’au précédent, ou bien me disaient, une fois les soins finis, qu’ils reviendraient à la prochaine douleur. Le patient n’est, de plus, pas la seule victime de ce climat de tension. Il est clair que ce stress, engendré par nos soins, comme c’est le cas dans certaines autres professions médicales, rejaillit implicitement et insidieusement sur l’équipe dentaire, et que certaines de nos journées en viennent à être harassantes, avec leur lot de frustration, de fatigue psychologique et physique. Dans le pire des cas, cela peut mener certains confrères à ce que l’on appelle le « burn out », c’est-à-dire l’épuisement moral et physique total. Plus généralement, ce stress est tout simplement une source d’inconfort patente pour le praticien comme pour le patient, à différents degrés dépendants de l’expérience, de la personnalité et du vécu de chacun.

L’hypnose m’a permis de comprendre ce qui manquait à mon exercice de ce point de vue : l’établissement d’une relation humaine, au sein de laquelle chaque élément de la chaîne de soin peut s’insérer logiquement, et autour de laquelle peut se développer mon savoir-faire technique. Elle m’a permis de comprendre que la douleur est plus multiple et plus complexe qu’il n’y paraît, que sa perception dépend majoritairement de chaque individu et de son vécu, et enfin que sa composante émotive est très importante. Grâce à cette méthode, je pense aujourd’hui mieux comprendre mes patients, leurs peurs et leurs réticences, celles-là mêmes qui autrefois rendaient certaines personnes particulièrement difficiles et stressantes à soigner, et me faisaient porter sur eux un jugement parfois négatif.

Dans cet article, je n’aborderai pas les douleurs chroniques, mais uniquement les douleurs aiguës. Les douleurs chroniques sont des douleurs de longue durée, et ont en effet une composante psychologique plus profonde, qui nécessite une prise en charge pluridisciplinaire plus spécifique. Je m’efforcerai en revanche de décrire en quoi l’hypnose peut nous aider dans la gestion de la douleur aiguë et de la peur de la douleur, et en quoi elle peut améliorer notre exercice professionnel. Je le ferai à travers des exemples concrets de cas que nous avons pu traiter dans mon cabinet.

Qu’est-ce que l’hypnose ? Je ne répondrai pas ici en termes très techniques à cette question car beaucoup de livres et d’articles sont écrits sur le sujet. Pour notre cas, l’hypnose est avant tout un extraordinaire outil de communication, qui permet d’apaiser les craintes de nos patients, de valoriser leur sentiment d’être pris en charge humainement et d’être compris. En découle souvent une atténuation ou une disparition des peurs, et donc de la douleur par anticipation. Dans les cas de douleurs aiguës, l’amélioration est de même flagrante.

En dentaire nous pouvons utiliser l’hypnose de deux façons : l’hypnose formelle et l’hypnose conversationnelle. Dans les deux cas, il est important, voire essentiel, de parler le langage du patient. Si nous traitons un enfant, il nous faut adapter notre langage au sien en fonction de son âge. Pour un adulte, nous reprendrons son vocabulaire et ses expressions, voire sa posture, afin d’établir le lien et l’alliance, éléments centraux en hypnose.

L’hypnose formelle consiste à demander au patient adulte de trouver dans son vécu un souvenir agréable, où il se sent bien et en sécurité. C’est la base du processus car, ne l’oublions pas, notre patient, celui qui a peur, se sent en insécurité totale chez nous. Le cabinet dentaire est pour lui un lieu hostile. L’hypnose est là pour le guider, à travers son histoire personnelle, vers un sentiment de sécurité.

Avec l’enfant, en général, il est plus efficace de s’orienter vers une activité, ou tout simplement un jeu. Bien sûr, l’éventail des actions est beaucoup plus large que cette brève description ne le laisse paraître, et les possibilités de créer un environnement de sécurité sont infinies.

En hypnose formelle, donc, le patient ferme les yeux (ce n’est pas une constante) et vit son histoire comme un film qu’il se projetterait en séance privée, se dissociant des soins en les laissant se dérouler « dans la pièce d’à côté ».

L’hypnose conversationnelle consiste également à ce que le patient trouve un espace de sécurité dans notre cabinet, en créant là aussi le lien et l’alliance avec lui. L’hypnose conversationnelle est pour moi un terrain de jeu et de complicité avec les enfants comme avec les adultes. Elle procède un peu plus d’un dialogue. Il suffit de raconter une histoire, d’évoquer un souvenir personnel, de jouer au foot, de vivre un dessin animé, ou parfois simplement de parler en utilisant des mots agréables, je m’adapte en permanence à mon patient. Si le jeu peut paraître compliqué de prime abord, il devient de plus en plus simple et ludique à force d’être pratiqué. Et là aussi les possibilités de l’hypnose conversationnelle sont infinies, c’est d’ailleurs en grande majorité cette technique que j’utilise dans mon activité, de façon presque permanente.


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Marion CHERVY
Rédactrice en Chef Web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
Chargée de Communication au sein des Instituts de Formation.


Douleur chronique: le patient a toujours raison. André MULLER

mardi 17 juillet 2018 - 17:13
Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°1
Responsable depuis près de trente ans d’un « centre anti-douleur », j’ai vu évoluer les conceptions sur la douleur, en particulier la douleur chronique, ainsi que les approches thérapeutiques. Et depuis longtemps, j’ai acquis cette conviction : « En matière de douleur, le patient a toujours raison. »

Initiée par John Bonica aux USA dans les années 1950, la prise en compte de la douleur chronique, en tant qu’entité propre plus qu’en tant que simple symptôme, s’est au fil du temps appuyée surtout sur les acquis des sciences fondamentales (meilleure connaissance des voies nociceptives, découverte des opioïdes endogènes et de leurs ligands naturels, plasticité et sensibilisation des voies de la douleur) et les progrès thérapeutiques qui en ont découlé (techniques neurochirurgicales moins agressives, utilisation plus raisonnée des moyens médicamenteux), avec, à chaque avancée, un effet de mode. En France, bien qu’il existât des structures dédiées à la prise en charge des patients ayant des douleurs chroniques, ce même mouvement a connu une officialisation avec la prise en compte par les politiques dans les années 1990.

De façon schématique, on peut distinguer plusieurs périodes :

- celle des années 1980 avec une prééminence de la place prise par les anesthésistes et les neurochirurgiens, et, de fait, une large utilisation des blocs et des neurolyses

- parallèlement, c’est à cette même époque que les « psys », qu’ils soient d’obédience analytique ou cognitivo-comportementaliste, ont commencé à revendiquer une place dans la prise en charge des patients, reprochant aux somaticiens leur obstination organiciste

- les années 1990 ont été celles du « tout médicament » avec l’apparition de nouveaux opioïdes, conduisant à des administrations indues de morphine, plus pour faire taire une plainte que par réelle efficacité, ce qui rappelle le « morphinisme » du XIXe siècle

- et voici maintenant l’arrivée en force de l’hypnose éricksonienne, laquelle a cette spécificité de sortir des sentiers battus du raisonnement anatomo-clinique sur lequel s’appuie la médecine « rassurante » enseignée aux étudiants, tout en revendiquant une efficacité qui s’appuie sur les avancées de la science (travaux d’imagerie cérébrale qui nous montrent que la parole a des effets sur le système nerveux central, mais qui en doutait !).

ANDRÉ MULLER Professeur agrégé en thérapeutique. Anesthésiste réanimateur. Titulaire de la capacité d’évaluation et de traitement de la douleur. Maîtrise de biologie (pharmacologie, physiologie, mathématiques). DEA de neurosciences. Doctorat de pharmacologie et neurobiologie moléculaire. Formation psychanalytique. Formation à l’hypnose éricksonienne en douleur aiguë. Chef de service du Centre d’Evaluation et de Traitement de la Douleur du CHU Strasbourg. Président du Comité de Lutte contre la Douleur du CHU Strasbourg.




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Laurent GROSS
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychothérapeute certifié ARS en 2013.
Formateur en Hypnose Médicale, Ericksonienne et EMDR au CHTIP Collège d'Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris dont il est le Président Fondateur.
Chargé d'enseignement dans les hôpitaux de l'AP-HP. Conférencier au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.

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Grossesse: de l'hypnose à l'auto-hypnose dans la préparation à la naissance

mardi 17 juillet 2018 - 16:59
Grossesse: expérience d'une sage-femme dans sa pratique libérale. Armelle TOUYAROT Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°1 « Se préparer », c’est se mettre en état, en mesure de faire ; c’est faire tout ce qu’il faut en vue d’une œuvre à accomplir. »

Dans l’événement « naissance », l’ œuvre à accomplir, c’est la mise au monde d’un enfant. Bien sûr, la nature a tout prévu pour que l’espèce se perpétue. Au même titre que toute femelle mammifère « sait » mettre son petit au monde, toute femme « sait » le faire, son corps sait le faire, il est programmé pour cela. Mais à la différence des mammifères, notre conscience intervient dans cet événement. On connaît la puissance de l’esprit sur le corps et les conséquences néfastes du stress sur la physiologie. Et l’on sait de la même manière comme notre esprit peut nous pousser à nous surpasser. L’objectif de la préparation sera d’installer l’état physique et mental favorable au bon déroulement de l’accouchement dans ses aspects physiques et psychologiques.

« LES MÉCANISMES EN JEU LORS D’UN ACCOUCHEMENT PHYSIOLOGIQUE »

(D’après Claude Didierjean-Jouveau et Michel Odent)

Pour mettre un enfant au monde, la femme doit libérer un cocktail d’hormones. C’est la partie primitive de son cerveau, constitué des structures cérébrales anciennes (hypothalamus, hypophyse) que nous partageons avec l’ensemble des mammifères, qui produit ces hormones. A l’inverse, la partie « récente » du cerveau, si développée chez les humains, le néocortex, constitue un frein au déroulement physiologique de l’accouchement par les inhibitions qu’il génère lorsqu’il est stimulé.

Pour accoucher physiologiquement, la femme a donc besoin d’être à l’abri des stimulations de son néocortex, provoquées notamment par les agressions, le langage, la lumière vive, le fait de se sentir observé, le fait de ne pas se sentir en sécurité. Quand la survie de l’individu est menacée et passe en priorité devant la survie de l’espèce, l’organisme sécrète des hormones comme l’adrénaline qui provoquent l’inhibition lors des différents épisodes de la vie sexuelle et reproductrice. Voilà pourquoi on ne peut pas faire l’amour quand on est en danger de mort, et pourquoi un accouchement ne peut pas progresser quand la mère est angoissée. Les freins néocorticaux, plus puissants chez les humains que chez tout autre mammifère, provoquent ces inhibitions, rendant notre espèce particulièrement vulnérable lors des différentes étapes de la vie sexuelle que sont l’accouplement, l’accouchement et l’allaitement.

On peut convenir de deux phases dans l’accouchement : une phase passive, le travail, pendant laquelle il faut « laisser faire » et « vouloir s’ouvrir », et une phase active, la naissance, pendant laquelle il faut « vouloir faire » et « savoir faire », et encore « vouloir s’ouvrir ». L’expulsion du placenta et la rétraction utérine est une phase brève que la mère, occupée à découvrir son bébé, « laisse faire » généralement sans opposer de résistance. Il se produit pendant ces heures de travail et de naissance de formidables bouleversements physiques et psychiques. En quelques instants, la jeune femme devient mère. L’événement « naissance » est donc essentiellement un processus d’ouverture. Le processus d’ouverture du point de vue physique est matérialisé par l’ouverture du col et du périnée, l’ouverture psychique par l’acceptation de l’événement. Pour favoriser le bon déroulement de cet événement, il faudra identifier tous les éléments susceptibles d’entraîner une « fermeture», dont le stress, puisque toute situation de changement génère par elle-même naturellement du stress, lequel provoque une réaction de « spasme », c’est-à-dire de fermeture.

 « LA PLACE DE L’HYPNOSE » DANS LA  PRÉPARATION À LA NAISSANCE  

L’état hypnotique possède certaines caractéristiques qui peuvent permettre à la future mère de pouvoir vivre, ressentir des expériences, d’explorer ses propres potentialités corporelles et physiologiques pour adapter ses réponses psychologiques et physiologiques à tous les stades de sa maternité, mais aussi de prévenir, de traiter certaines pathologies. Parmi ces caractéristiques, nous allons utiliser :

- l’état de réceptivité pour présenter des idées différentes, d’autres points de vue, d’autres perspectives, d’autres options, élargir les limites, travailler sur les croyances

- la modification du tonus musculaire pour favoriser le « laisser aller », le « lâcher prise », la relaxation ; pour rompre le cycle peur/tension/ douleur

- la capacité à faire abstraction de la réalité environnante pour accoucher dans une certaine intimité et s’isoler des facteurs de stress externes

- la suggestibilité et les suggestions post-hypnotiques en particulier pour suggérer un déroulement normal de l’accouchement, augmenter la confiance en soi

- l’association pour faire de nouvelles associations, la dissociation pour gérer la douleur

- les modifications sensorielles, qu’elles soient positives ou négatives pour contrôler les réponses psychologiques et physiologiques, adapter la perception de la douleur, susciter l’analgésie, l’anesthésie

- la distorsion du temps (contraction, dilatation) pour contrôler la douleur

- l’amnésie et l’hypermnésie pour corriger des émotions associées à des expériences du passé douloureuses ou traumatisantes, à des souvenirs douloureux

- la régression/progression, pour revivre une expérience ressource, se projeter dans une situation positive, anticiper, affronter l’inconnu

- et les modifications vasomotrices pour contrôler les saignements.

Dans l’état hypnotique, il apparaît spontanément, ou en réponse à des stimuli verbaux ou autres, diverses manifestations naturelles de l’hypnose ordinaire, les phénomènes hypnotiques. La tâche de l’hypnotiste consiste à les amplifier au service de l’objectif de la préparation, c’est-à- dire instaurer l’état physique et mental favorable au bon déroulement de l’accouchement, en tenant compte de l’individualité, de la culture, des différentes particularités de la future mère.

Alors, nous recourons à l’hypnose pour :

-accéder aux apprentissages, les re-visiter, en faire de nouveaux par l’expérience

- favoriser les changements

- prévenir le spasme dû au stress, le défaut de relâchement, le « cuirassement » et favoriser le processus d’ouverture physique et psychique

- mobiliser les ressources internes

- favoriser l’adaptation aux modifications physiques pendant la grossesse et l’accouchement

- améliorer le sentiment de confort et de bien-être, traiter les nausées et vomissements de la grossesse

- traiter l’anxiété

- susciter un fonctionnement approprié de l’organisme

- favoriser une recherche individuelle de solutions par un dialogue actif de la femme avec elle-même

- anticiper l’installation d’une bonne relation mère-enfant.

Ensuite, il s’agit d’entraîner la future mère à l’auto-hypnose pour qu’elle suscite d’elle-même ces phénomènes utiles le jour J.

 EXEMPLE D’UTILISATION DE L’HYPNOSE SUR LE « CUIRASSEMENT » 

Nous pouvons illustrer l’utilisation de l’hypnose et de l’auto-hypnose pour traiter l’un des obstacles quasi constant au bon déroulement de l’accouchement, conséquence directe du stress : le « cuirassement ». Le mot stress vient du latin stringere qui signifie « serrer », «presser ». C’est un ensemble de réactions physiologiques et psychologiques qui se manifestent lorsqu’une personne est soumise à un changement de situation auquel elle doit s’adapter, et quand elle pense ne pas être à la hauteur de ce qu’elle croit devoir faire pour être adaptée. Et beaucoup de femmes se croient « incapables » d’accoucher. Ce « serrement » se manifeste par le cuirassement. Wilhelm Reich a décrit par le terme de cuirasse le mécanisme de protection qu’est le caractère. Cette cuirasse est régie par la notion de plaisir-déplaisir : elle s’ouvre dans une situation plaisante et se referme dans une situation déplaisante.

Ainsi Reich établit des rapports entre la cuirasse caractérielle et la cuirasse musculaire, entre l’angoisse et la rigidité musculaire. Nous sommes tous un tant soit peu cuirassés. C’est un processus d’adaptation biologique. Dans l’événement naissance, le cuirassement du bassin pelvien est central, même s’il n’est qu’un segment de la cuirasse mise en place pour restreindre les sensations et les expressions émotionnelles dans certaines zones particulières du corps. Dans cette relation dynamique, il est certains nœuds de restriction qui nous intéressent plus particulièrement, notamment au niveau du col de l’utérus, mais qui s’inscrivent toujours dans une constellation plus large. Le stress produit cette réaction pour se protéger d’intrusion, d’agression. Les gestes médicaux pratiqués lors d’un accouchement sont de l’ordre de l’intrusion, de l’agression (touchers vaginaux, pose de cathéter, rasage, épisiotomie). La femme a donc tendance à se cuirasser spontanément pour se protéger. Il va s’agir de créer une cuirasse autre que musculaire pour favoriser le relâchement. Et l’hypnose est un excellent outil pour cela.

ARMELLE TOUYAROT Sage-femme libérale depuis 20 ans à Toulouse. Maître en Psychothérapie Ericksonienne (Université de Mexico). Praticienne des thérapies brèves centrées sur la solution. Traductrice auprès des éditions Satas d’ouvrages sur l’hypnose et les thérapies orientées vers la solution. Auteur de Pas à pas – Guide d’autopréparation à l’accouchement par l’hypnose. Satas.

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Valérie TOUATI-GROSS
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Ostéopathe.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose Médicale, Ostéopathie, EMDR de Paris 12.
Spécialisée sur les traitements et approches de la Fécondation In Vitro (FIV), et de la Procréation Médicalement Assistée (PMA), Infertilité Inexpliquée. 
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Douleur chronique, hypnose et modification du schéma corporel

mardi 17 juillet 2018 - 16:32
Une expérience de vie, par Fanny NUSBAUM et Pierre VOLKMANN Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°1 On peut parler de la douleur chronique comme d’un univers à part entière. La douleur s’impose partout dans la vie de celui qui la subit, comme un nouveau dieu, omnisciente et omniprésente.

Le matin, Samuel se lève et pense à comment et combien il aura mal dans la journée. Il s’y prépare, il l’anticipe, comme le rituel d’un guerrier avant le combat. Sauf que dans le cas présent, c’est une bataille pour chaque jour qu’il faut livrer. Hélas, se préparer à cette bataille, c’est aussi l’attirer inéluctablement vers soi, s’attirer la foudre, comme on dit. La douleur viendra forcément, et par surprise. Si seulement l’ennemi disait à Samuel quand il va frapper et sur quel mode, Samuel pourrait alors maîtriser un peu mieux sa vie.

Ça y est, l’ennemi a attaqué, sur un front inattendu. L’important, maintenant, c’est d’encaisser les coups convenablement. Se positionner différemment, riposter de front, rien n’y fait, l’ennemi est trop fort et trop vicieux. Mais il se fatigue par moments ; la douleur donne du répit à Samuel, qui, loin d’être soulagé, pense déjà à la prochaine offensive. Pour autant, la vie quotidienne est là qui attend son tour. Il faut aller au travail, rencontrer du monde toute la journée et faire bonne figure. La douleur est un parasite qui ne se remarque pas sur celui qui la porte. Samuel n’aurait donc aucune légitimité à se plaindre. Au nom de quoi ? Il n’a pas l’air handicapé : il a deux bras, deux jambes, qui fonctionnent, comme tout le monde. Il parle sans difficulté. Certes, on le sent un peu « au ralenti » parfois. Mais quand même, pas de quoi en faire une maladie ! Et si, pourtant, Samuel est malade. Que cela provienne de sa tête ou de son corps, le résultat est là : il souffre le martyr. Mais sans cause valide, et il n’en est jamais dans la douleur chronique, pas de passeport pour la plainte ; il faut serrer les dents. Cela fait bien longtemps que ses proches n’écoutent plus ses jérémiades. Quelque part, Samuel les comprend. Que répondre à quelqu’un qui souffre et pour qui l’on ne peut rien ? Quelqu’un qui préfère rester seul pour souffrir, qui plus est, pour mieux se concentrer pour lutter.

 

 
Fanny Nusbaum
La douleur isole. Elle transforme jusqu’à la manière de penser, de réagir, de se comporter au quotidien. Ce serait dû à la plasticité neuronale, selon les scientifiques : cette capacité du cerveau à s’adapter à des situations nouvelles en créant de nouveaux « chemin neuronaux ». En découlent alors des schémas de pensée et des comportements en adéquation totale avec ce nouveau contexte psychosomatique. Depuis ses toutes premières douleurs, Samuel a remarqué qu’il avait spontanément changé ses postures habituelles. Il a, très vite, adopté des postures de défense, de compensation ou d’exclusion. C’est comme si tout son équilibre postural avait changé, muté, en à peine 72 heures. Autrefois, quand il n’avait pas mal – parce que oui, ce temps a existé, bien que Samuel ait peine à s’en souvenir -, il sentait tout son corps vivre à l’unisson avec lui-même. De façon tout à fait normale, Samuel « était dans son corps ». Il l’habitait complètement. Aujourd’hui, c’est comme si une partie de son corps ne lui appartenait plus.

Son espace mental pour penser son corps s’est si bien adapté pour faire face à la douleur de Samuel qu’il en oublie certaines zones ainsi que certaines attitudes « communes ». Il éprouve par exemple des difficultés à passer de la position assise à la position debout, simplement parce que son système neuronal a oublié le chemin à force de le pratiquer moins. Et quand Samuel reste trop longtemps dans une position, même si c’est une position dite « de confort », il commence très rapidement à sentir son dos se durcir comme de la pierre et s’imposer comme un corps étranger, qui se présenterait comme un petit pois permanent dans le dos de la Princesse au Petit Pois. De la même manière, Samuel montre une certaine raideur dans le dos quand il marche, comme un robot désarticulé. Ceci parce que son dos ne fait plus partie de lui et que Samuel ne parvient plus à l’intégrer dans son schéma corporel. C’est ce que l’on appelle « l’exclusion segmentaire ». C’est la raison pour laquelle Samuel ne sait pas bien décrire la localisation de départ de sa douleur. Il sait qu’elle vient toujours par derrière, dans le dos. Mais, son dos ne faisant plus partie de son système somatique, Samuel se voit incapable de discriminer davantage les sensations provenant de cette zone. C’est comme s’il y avait, à l’endroit de la douleur, un magma confus et impénétrable, qui sait pourtant se faire sentir.

Les deux seuls moments où Samuel sent à nouveau son dos comme intégré à son corps et non pas comme un intrus, c’est quand il porte un corset ou encore quand son masseur- kinésithérapeute le masse. Grâce à ces différentes stimulations répétées, le cerveau de Samuel peut, pendant une courte phase et petit à petit, retrouver les chemins neuronaux anciens de la « normalité ». Mais la douleur a la peau dure et le schéma d’adaptation à l’univers « souffrance » qu’elle a mis en place se révèle puissant et doté d’un domaine d’action en chaîne et très étendu. La douleur sait reprendre ses droits et remplir ses devoirs.

DOULEUR ET EXCLUSION SEGMENTAIRE : THÉORIE MÉDICALE

La vie est un équilibre. L’organisme fonctionne de manière équilibrée grâce à la permanence d’informations (mécaniques : barorécepteurs et mécanorécepteurs ; chimiques : glycémie, les hormones et les ions ; électriques : réception et transmission des informations des nerfs périphériques et fonctionnement du cerveau et de la moelle ; sensorielles : vue/ouïe/odorat/positionnement dans l’espace...) et de capteurs recevant ces informations, permettant une homéostasie qui se veut la plus harmonieuse et la plus économe possible.

Ainsi, lorsque nous recevons une information douloureuse (« je marche sur une punaise », « je retire mon pied » ; « j’approche ma main de la porte du four », « je retire ma main car j’ai la sensation de chaud »), pas besoin de penser à éviter une nouvelle stimulation inconfortable, on le fait naturellement. Nous nous protégeons spontanément car nous savons où nous nous situons, où nous allons et comment organiser notre fonctionnement corporel pour pouvoir faire sans se défaire.

Pour tout cela, la perception correcte du corps est indispensable. Cette représentation est le fruit du mélange de multiples informations : positionnement du corps dans l’espace (oreille interne) ; recueil des informations des mécano et baro-récepteurs périphériques en provenance des articulations, des tendons, des muscles ; recueil des informations tactiles épicritiques (mon enveloppe corporelle) ; recueil et screaning de ces informations avec ce que l’espace cortical a déjà comme informations, etc.

Ainsi pour marcher, nous avons besoin de sentir notre corps placé en position érigée, les membres inférieurs en extension et verrouillés pour ne pas tomber. Le mouvement créé est en permanence corrigé par rapport à la verticale, grâce à tous les capteurs mis en place par la nature pour informer le décodeur central (le cortex moteur et le cortex sensitif) de ce qui se passe et/ou de ce qui risque de se passer si le mouvement n’est pas contrôlé. Pour être efficace et performant en permanence, ce système parfait a besoin de s’entraîner, de répéter continuellement pour maintenir son niveau de performance et d’excellence. Sans ce rappel pluriquotidien, nous perdons l’habitude « de » : marcher, manger, courir, monter et descendre les escaliers, etc.

Nous le savons tous, après une période d’alitement prolongé (chirurgie, maladie...), nous avons du mal à refaire les choses de la vie courante et en particulier marcher. C’est d’ailleurs un problème de santé publique avec les personnes âgées qui se retrouvent alitées souvent à cause d’un traumatisme bénin (fracture du col du fémur) et qui perdent leur autonomie de marche par « oubli ».

FANNY NUSBAUM Psychologue clinicienne conceptrice, thérapeute familiale d'approche systémique, hypnothérapeute, sophrologue - Doctorante, Laboratoire "Santé, Individu, Société", Université Lyon 2 - Consultante, enseignante, formatrice.

PIERRE VOLKMANN Ancien assistant- chef de clinique. Ancien médecin des hôpitaux. Spécialiste de Médecine physique et réadaptation. Algologue. Enseignant associé de médecine physique à la faculté de médecine LAENNEC LYON. Directeur médical des centres de médecine physique IRIS de la Générale de Santé. Responsable de la prise en charge de la douleur au sein de la Générale de Santé. Co-Auteur du livre avec le Pr Gilles Rode, Handicap- Médecine Physique et réadaptation, guide pratique. Éd. Xavier Montauban.

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Mariline MORCILLO
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution, Infirmière spécialisée Douleur.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11 et à Marseille.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Apport de l'hypnose éricksonienne en rééducation fonctionnelle

mardi 17 juillet 2018 - 13:55
Des reflets de la mémoire à la vibration du corps par Dr Patrick Bellet Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°1 C’est le désordre, tout est mélangé. Les commandes ne répondent plus, la compréhension est conservée, mais rien n’est à la bonne place et les repères manquent pour retrouver tous les équilibres. Ceux de la parole, du geste et de la pensée, sans parler des émotions.

Mr H. marchait avec deux cannes anglaises qui stabilisaient à grand peine les déhanchements qui menaçaient son équilibre à chaque pas. S’asseoir lui demandait une à deux minutes au cours desquelles son corps décrivait une ellipse improbable avant d’atteindre le siège. Mr H. était acrobate et « fil-deferriste », jusqu’à ce jour de relâche en Floride au bord de la plage où avec les amis de sa troupe de cirque ils jouaient à se lancer en l’air et retomber dans l’eau. Quand ce fut à son tour d’être propulsé, lui et ses amis ne prirent pas garde au recul de la vague au moment de la redescente et c’est la nuque dans le sable que s’interrompit sa carrière d’acrobate. Tétraplégie. C’était il y a quatre ans et Mr H., doué d’une volonté farouche alliée à une force musculaire peu commune et surtout un sens de l’équilibre exceptionnel, avait beaucoup progressé, mais d’importantes séquelles demeuraient encore à la marche. Tous les atouts à sa disposition lui ont servi dans une perspective motrice, c’est-à-dire en commandant volontairement ses membres et en développant sa musculature pour compenser ses troubles de l’équilibre. De cela il en a fait le tour et il va lui être difficile de ne rien faire. Il va lui être difficile de ne faire qu’ un seul pas et un pas immobile… Toute son énergie avait été dirigée vers cette action volontariste de remarcher et ce avec succès, mais les limites de cette attitude avaient été atteintes. Pour obtenir d’autres progrès, d’autres aptitudes devront être mises en œuvre et ce sera un véritable paradoxe.

« S’installer tranquillement, ne rien faire, ne rien faire d’autre que de laisser les paupières se fermer, et retrouver des images, peut-être animées, du moment où le corps s’apprête à avancer sur le fil tendu entre les deux piliers. Surtout ne pas bouger, juste immobile en équilibre devant le fil. Un instant suspendu et précieux. Sentir le poids du corps selon cet axe vertical du haut vers le bas et glisser doucement le pied en avant. Juste un peu. Les bras automatiquement s’écartent, légers et mobiles, équilibrent le corps dans un mouvement simple et évident de justesse. Jongleur de soi-même.»

Le travail porte sur les axes de symétrie afin qu’il retrouve les sensations de son corps debout immobile en équilibre. Après un travail « au fauteuil », les séances se font debout et immobile, puis en mouvement. Deux aspects importants sont développés au cours des séances de ce patient : la verticalité selon l’axe haut-bas et surtout ne faire qu’un pas. Rien qu’un pas. Tous les jours ne faire qu’un seul pas ! Un pas après l’autre, bien sûr ! Et pour démarrer, simplement avancer un pied et non pencher la tête en avant. Être dans son propre pas en équilibre et non dans une course trébuchante pour rattraper son centre de gravité. Être dans son corps debout à chaque instant. Sentir son corps et en retrouver les mémoires et les automatismes. Mr H. a en lui toute cette expérience à laquelle il ne s’est pas encore relié, l’hypnose lui permet de la revivre et de changer sa façon de marcher. Ses appuis s’allègent, les cannes anglaises ne sont plus aussi nécessaires et son dos se redresse. Si bien qu’il peut, à nouveau, monter sur scène et faire un numéro burlesque dans lequel il joue un alcoolique titubant qui frise à tout moment la chute. En fait, il « recadre » en mime la démarche « sinueuse » résiduelle de son accident.

Mme T. souffrait d’une hémiparésie gauche assez bien tolérée, mais invalidante dans l’exercice de sa profession : agent d’auteurs-compositeurs interprètes francophones. L’interrogatoire d’un patient comporte toujours quelques questions consacrées au travail ainsi qu’aux éventuels loisirs qui rythment la vie, et à cette occasion je croyais tabler sur un goût évident pour la musique et éventuellement pour la danse. Étonnamment, il n’en était rien : elle ne portait d’intérêt qu’aux personnes et n’écoutait pas spécialement de musique en dehors du contexte professionnel. D’autre part, rien ne semblait l’attirer et répondait à mes tentatives par des réponses désabusées. Je dus me résoudre à la technique improprement appelée de « la ménagère » (ou les images et leurs stéréotypies comme moyens mnémotechniques). Cette technique se caractérise par la description fine, détaillée et progressive du lavage de la vaisselle dans l’évier aide la cuisine. Une tâche assez banale et répétitive qui présente, comme on le verra, des ressources insoupçonnées de sensorialité… Répétition que certains à l’humeur chagrine considéreront comme inexorable, ou d’autres, plus pragmatiques, comme renouvellement d’une prescription post-hypnotique.

Il en est souvent ainsi : « L’évier est rempli de vaisselles diverses, tasses du petit déjeuner, couverts épars, assiettes collées les unes aux autres, casseroles pleines d’une eau opaque qui tente de dissoudre quelques reliefs brûlés sur la paroi. Quoi d’autre ? L’éponge sèche et légère posée sur le bord à côté du robinet et qui attend que l’eau vienne l’assouplir, la gonfler. Gorgée d’eau tiède, elle peut, maintenant, prendre la forme de la main qui la presse. L’autre main a saisi le flacon de savon liquide dont la consistance visqueuse s’écoule lentement dans la cuvette de plastique, jaune peut-être ? Un petit univers de sensations où se combinent la dureté du métal et sa température fluctuante quand l’eau s’écoule du robinet, la balayette et ses poils gratteurs, les restes onctueux de sauce au fond d’un plat… »

Quelques exemples de sensations qui reviennent tous les jours, c’est tellement habituel que l’on pourrait faire la vaisselle les yeux fermés. Facile ! Des années d’expérience. Quand le quotidien n’est qu’habitude, il est inutile de chercher de la fantaisie prématurément. Saisir ce qui est à portée. « Prenez le torchon pour essuyer… » Banal et ordinaire, mais efficace. Un moyen simple de se réapproprier du quotidien qui s’était échappé et dont la réalité journalière opérera un rappel bienvenu de la séance antérieure. La cuisine peut être avantageusement remplacée par la salle de bains qui possède ses propres particularités sensorielles avec leurs caractères automatiques et séquencés. L’hypnose est un entraînement, une pratique. Son bras gauche est devenu plus consistant, adroit (!) et aussi plus sensible ; tellement qu’une mouche imprudente posée sur son avant-bras gauche fut promptement écrasée par une claque réflexe ! Sans regarder ! Preuve d’une meilleure présence de son schéma corporel.

Cela faisait quinze ans que Mr D. s’était accommodé de son hémiplégie et si ce n’avait été l’insistance de son épouse, il ne serait jamais venu consulter. Son AVC lui avait laissé une spasticité (contracture) du membre supérieur droit avec des troubles de la sensibilité de type anesthésique et une claudication qui malgré tout n’altéraient pas son moral et ses rapports au monde. Cadre supérieur, Mr D. avait passé de nombreuses années dans le Maghreb et en avait gardé un souvenir très fort et encore très présent. Comme à l’accoutumée, l’anamnèse centrée sur les moments agréables de sa vie apporte des renseignements qui vont être utiles. La tradition d’accueil, l’invitation à prendre le thé et le confort des tapis des peuples du désert serviront de paysage pour retrouver une ambiance favorable au changement. C’est encore de sensations et de sensorialité dont il va être tout d’abord question. Un autre aspect important est la gradualité de leur succession. Planter un décor, créer une ambiance pour que le patient peu à peu entre dans ses souvenirs. Échanges. « Les couleurs contrastées du plein soleil alternent avec le mouvement végétal, estompé des ombres des patios, le filet d’eau qui rafraîchit la potiche calée à l’angle de la fontaine invite à entrer dans l’intimité des lieux, vestibule puis salon tapissé. Salamalekoum ! Bienvenue ! Thé brûlant, pâtisseries douces et fondantes, le temps n’a plus la même importance… » « Le jaillissement ambré du bec de la théière s’arque en une cascade tendue et souple comme une dune, la pulpe des doigts enserrant le verre lit le texte gravé, rehaussé de dorure factice…»



 


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Théo CHAUMEIL
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Kinésithérapeute.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargé de Formation au CHTIP à Paris, dans les hôpitaux de l’AP-HP, et à l’Institut Hypnotim de Marseille.
Rédacteur web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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A la poursuite de l'excellence sportive, par Guy Missoum

mardi 17 juillet 2018 - 12:45
Revue Hypnose & Thérapies Brèves, Hors-Série n°1 Il peut paraître surprenant de traiter de l’application de l’hypnose à propos de l’optimisation des performances des sportifs de haut niveau, tant le champ de la thérapie propre à l’usage de ces méthodes et celui du sport de haut niveau semblent à première vue, éloignés. Et pourtant, à y regarder de plus près, ces deux domaines présentent d’indéniables similitudes.

Ainsi, partagent-ils le même sens de l’efficacité. Appliquée au domaine de la thérapie, l’hypnose vise à améliorer l’état du patient, à favoriser son adaptation à la réalité, et à obtenir la guérison, c’est-à-dire son retour à la « normalité », tant du point de vue psychique (mental) que comportemental. Dans l’univers du sport de haut niveau, l’hypnose vise essentiellement à optimiser chez le sujet, ses différentes ressources psychiques et comportementales facilitatrices de la performance et par conséquent, à optimiser la performance sportive elle-même.


Guy Missoum
Ces deux domaines accordent par ailleurs au temps, une signification proche, dans la mesure où l’aboutissement à un résultat tangible (même si celui-ci est dans le sport de haut niveau, sans cesse répété), est projeté dans un espace-temps marqué par la «brièveté». Le « temps » de la psychanalyse dans lequel l’effet thérapeutique est différé n’est pas celui des thérapies brèves.

Citons une dernière similitude entre la pratique hypnotique et celle du sport du haut niveau. Il s’agit de l’importance qu’accorde chacune de ces deux pratiques aux « états modifiés de conscience ». Pour ces différentes raisons, l’hypnose apparaît tout à fait adaptée à la recherche de l’excellence sportive.

LA QUÊTE DE LA PERFORMANCE

L’usage approprié et efficace de l’hypnose dans le sport de haut niveau, nécessite une connaissance approfondie de la performance sportive et des différents paramètres psychiques et comportementaux qui y contribuent.

Quelle que soit la discipline sportive pratiquée, le sportif de haut niveau vise essentiellement l’accomplissement de performances. Celles-ci sont régulièrement reproduites dans le temps, selon un calendrier de compétitions strictement programmées, semaine après semaine, mois après mois, année après année. Une carrière sportive peut durer une quinzaine d’années, voire une vingtaine d’années chez certains sportifs à la longévité remarquable. L’optimisation permanente des performances oriente progressivement le sportif vers davantage de réussite. A terme, l’excellence est recherchée. Et pour un petit nombre de champions tels Mohamed Ali, Zinédine Zidane, Michael Schumacher ou Roger Federer, la poursuite de l’excellence se rapproche d’une authentique quête de perfection.

LA RÉUSSITE

S’exprimant dans des contextes physiques, psychologiques et sociaux caractéristiques, la réussite sportive peut être définie comme un processus dynamique de progrès et d’optimisation qualitative, quantitative et progressive de la performance, processus dans lequel l’individu s’immerge totalement, corporellement, psychologiquement et socialement. Il s’agit d’un processus de développement, d’évolution individuelle et/ou collective, orienté vers un but de résultat. S’élaborant fondamentalement dans la durée, balisé à court, moyen et long termes, ce processus porte la marque indélébile du temps, lequel caractérise tout changement, qu’il soit, immédiat ou durable. En d’autres termes, le processus de la réussite est itératif et promotionnel. Marqué par la répétition dans le temps de performances quantitatives, sans cesse rehaussées et par l’amélioration qualitative de la prestation, il aboutit à l’ascension continue du niveau de la performance. Cette quête sans fin de la performance ultime s’interrompt cependant avec l’épuisement des ressources. La fatigue, la démotivation ou la priorité accordée à d’autres objectifs personnels poussent les champions à la retraite sportive. « Arrêter ma carrière est un choix que je voulais vraiment faire. J’avais besoin de souffler, de me retrouver moi et aussi les gens qui m’entourent ». Zinedine Zidane, trente-quatre ans, après dix-sept ans de carrière consacrés au football de haut niveau.

LA PERFORMANCE

Définie en termes de production ponctuelle, répétée et quantifiable, la performance est le résultat actuel, concret et objectivable, du processus de réussite géré par l’individu, dans un environnement particulier. Elle peut également être définie comme la compétence mise en œuvre dans cet environnement, l’objectif étant de développer son niveau de compétence pour mieux développer son niveau de performance. La performance est ainsi à considérer comme la résultante actualisée de l’interaction étroite entre l’individu-sportif et les situations de l’environnement auxquelles il se confronte.

L’ENVIRONNEMENT

Porté par un individu dont nous décrirons plus loin, le mode de fonctionnement singulier, le processus de réussite est stimulé ou inhibé par la nature même des performances accomplies (échecs ou succès). Il est également soumis aux influences de l’environnement. Les performances sportives sont en effet réalisées dans un contexte environnemental particulier qui peut avoir un effet mental et comportemental stimulant ou au contraire, inhibant, selon la capacité du sportif à s’adapter à cet environnement. Le sportif de haut niveau se trouve ainsi confronté à des situations exceptionnelles, des entraînements physiques intensifs et fréquents2 et des compétitions d’un niveau extrêmement élevé du fait de la concurrence internationale, nécessitant la mobilisation optimale de toutes ses ressources. L’environnement du sport de compétition recèle également une forte capacité d’agression, engendrée par l’influence cumulée de l’hostilité du public, de l’agressivité des adversaires et de la pression exercée par l’encadrement et les proches. Que son influence soit positive ou négative, l’environnement sportif génère du fait de ses caractéristiques de concurrence et de compétitivité extrêmes, un niveau de stress tel qu’il nécessite dans tous les cas, son contrôle efficace, si l’individu veut réaliser ou préserver une performance sportive de qualité. Le sportif évolue dans un environnement émotionnel stressant dans lequel il subit des contraintes physiques, mais aussi des contraintes affectives et sociales auxquelles il lui faut s’adapter (coping).


 



Théo CHAUMEIL
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Kinésithérapeute.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.

Chargé de Formation au CHTIP à Paris, dans les hôpitaux de l’AP-HP, et à l’Institut Hypnotim de Marseille.
Rédacteur web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Revue Hypnose & Thérapies Brèves 48

samedi 23 juin 2018 - 15:31
Hypnose & Thérapies Brèves, Revue N 48 Février, Mars, Avril 2018 Bouffées de chaleur: apports de l’hypnose. Marc PICARD-DESTELAN 
Je travaille sur le problème des bouffées de chaleur dans le cadre d’un établissement de soins pour des personnes souffrant de cancer, en particulier le cancer du sein. En effet, ces soins entraînent fréquemment des modifications hormonales responsables de bouffées de chaleur.
Les 11 principes d'Erickson. Etude synthétique
Abraham HERNÁNDEZ COVARRUBIAS. Article traduit par Gérard FITOUSSI  
Erickson était réputé pour son efficacité thérapeutique et la rapidité avec laquelle il traitait les patients difficiles. C’était sa spécificité et, pour
y parvenir, il n’hésitait pas à utiliser des techniques et des stratégies différentes avec un style qui lui était propre.Il n’a cependant pas systématisé ses stratégies.
Note troisième. Selon François Roustang. Sylvie LE PELLETIER-BEAUFOND
En quelques mots, François Roustang dessine, sans détour, la place singulière que tient le symptôme dans son univers. Tout symptôme en effet y est considéré comme « une isolation, un retranchement du flux de la vie, un arrêt, une mise à l’écart » 
Traumatismes complexes : Adaptation de l'hypnose. Olivier PIEDFORT-MARIN
Les séquelles de traumatismes complexes sont souvent un défi pour la psychothérapie à bien des égards. Par traumatismes complexes on comprend principalement des événements traumatisants pendant l’enfance et l’adolescence, événements souvent répétés ou réguliers sur de nombreuses années. 
Personne âgée démente et l'hypnose aux urgences. Marie-Laure MOUEZA 
En tant que soignante, je me forme au mieux. Actuellement la réponse médicamenteuse est limitée. On ne dispose pas de traitement curatif. Les traitements non médicamenteux apportés par les soignants sont alors d’une grande importance car ils sont souvent les seuls mis en œuvre pour maintenir l’état de santé et d’autonomie des personnes. J’ai donc décidé de me former à l’hypnose.
La respiration est le souffle de vie. Jeanne-Marie Jourdren
La vie est indissociable de la respiration. Le soin l’est tout autant : la respiration est le lien qui unit le monde intérieur du patient au monde extérieur. Quel que soit le soin effectué, quelle que soit la discipline pratiquée, le soignant devra être attentif à la respiration du patient. La respiration traduit de façon fidèle le rythme du monde intérieur de tout un chacun. 

Le souffle de vie dans la réadaptation. Jeanne-Marie Jourdren
La respiration est le premier mouvement qui nous attache à la vie : sans ce mouvement, pas d’énergie et pas de vie. Le manque de cette énergie est crucial. Cette énergie est vitale, elle nous remplit de vie. La variation de cette énergie aura des conséquences sur tout notre organisme, sur toutes les fonctions vitales. Lorsqu’elle vient à manquer, le corps met en œuvre mille et une stratégies pour compenser et préserver ce qui est de plus précieux : la vie.



Mouvement de respiration. Concepcion RUANO-SICHI
"C’est toujours le même mouvement, il suffit de se fondre en lui, de s’y absorber. Tenter de revenir. Tenter de passer. Affronter l’écume et la vague. On pourrait croire que c’est un affrontement mais on aurait perdu d’avance. On n’affronte rien. Entrer dans l’océan ne peut pas être l’affronter. On entrera un peu plus loin, on s’accordera à lui. C’est toujours le même mouvement. Dans l’espace physique de la vague. Dans la pensée. C’est ce mouvement-là, exactement. La liberté qu’on prévoit, qu’on entrevoit après la barrière de la vague.
En orthophonie, la respiration. Isabelle HUÉ-DELETTREZ 
L’attention à la respiration du patient revêt, pour l’orthophoniste, une importance particulière, que la plainte concerne la voix, l’articulation, la communication bien évidemment, mais aussi dans les autres domaines d’exercice de l’orthophonie tels que le langage écrit, les troubles affectant la logique, les mathématiques, la neurologie... 
Observer et utiliser la respiration. Jean-Michel HÉRIN
Que ce soit dans des domaines aussi variés que l’Anesthésie, l’Hypnose, l’Acupuncture ou l’Art, la respiration est fondamentale. Ce mouvement initial est essentiel puisque, c’est un lieu commun, quand il n’y a pas de respiration, il n’y a pas de vie. De la même manière, ce qui ne bouge pas, ce qui n’est pas dynamique, est figé. Il ne « respire » pas.
« Ça tombe bien ! » Dr Stefano Colombo, Revue Hypnose et Thérapies brèves 48
Pas vrai ! Mon vélo a de nouveau un pneu crevé, juste maintenant quand je dois aller au cabinet et suis déjà limite avec le temps.  
« Salut ! mais que fais-tu dans le froid de ce matin ? » Ah, ça tombe bien, un ami qui passe au bon moment avec sa bagnole. Je lui demande un passage et réussis à arriver à temps au boulot.
Laissez advenir...Sophie COHEN 
Laissez advenir... Laissez advenir ce qui est... ce qui est là... présent, dans le maintenant à l’intérieur de vous-même... Sentir ce qui est en place à l’intérieur de vous-même... de votre corps... ressentir, oui, comme ça... c’est très bien... Juste res- sentir ce qui est... est-ce que vous sentez les zones fraîches... les zones chaudes ? Sentez-vous ici des tiraillements ? Là des fourmillements ?... 
Cette phobie, une peur de mourir… ou de vivre ? Dr Adrian CHABOCHE 
Dans notre exploration des dimensions humaines et de ce qu’elles recèlent de mystérieux aux confins des pathologies, il semble nécessaire à notre pratique de s’autoriser à avoir des regards innovants et neufs sur ce que l’on pense savoir. Nos connaissances, les théories, si elles nécessitent bien qu’on les maîtrise à un moment donné, sont là pour être oubliées. Ou ré-inventées.
Hypnose et danse avec Catherine Contour. Dr Dina ROBERTS 
Pour ce numéro, j’ai choisi d’inviter Catherine Contour, dont la pratique artistique et pédagogique a été considérablement influencée par le pas de côté qui l’a emmenée vers l’hypnose. A partir d’une formation aux arts décoratifs et à la danse contemporaine, elle enrichit son approche du corps et du mouvement par des pratiques énergétiques. C’est lors d’un stage de Qi gong organisé par Jean Becchio qu’elle découvre par hasard l’hypnose à laquelle elle décide alors de se former et qui prendra peu à peu une place centrale dans son travail.
Les Grands Entretiens: Jean-Marc Benhaiem par Gérard Fitoussi
Une des premières questions qui me vient à l’esprit est celle qui a mené à la création du premier diplôme universitaire d’hypnose à la Pitié Salpêtrière, lieu hautement symbolique. Peux-tu nous en donner la genèse ? Jean-Marc Benhaiem : Après avoir ouvert une formation à l’hypnose médicale en 1996, je décide en 2000 de proposer à l’Université de la transformer en DU.


Livres en bouche. Jean-Marc Benhaiem
30 jours pour pratiquer l’autohypnose, Pascale Chami, psychologue, Damien du Perron, médecin. J’ai lu le livre et j’ai aimé ! Les deux auteurs de cet ouvrage, aidés par une longue pratique d’hypnothérapeutes, ont décidé de construire des exercices qui sont des réponses à nos problèmes.



Recherches: Neuroscience of consciousness 2017. Dr Adrian CHABOCHE
Cet article est le fruit d’une initiative conjointe de la Société internationale d’Hypnose et de la Confédération française d’Hypnose et Thérapies brèves (CFHTB). Ces deux sociétés savantes ont réuni des scientifiques du monde entier en marge du Congrès international d’hypnose ayant eu lieu à Paris en août 2015, pour une journée de réflexion autour de la recherche sur l’hypnose. 
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Laurent GROSS
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychothérapeute certifié ARS en 2013.
Formateur en Hypnose Médicale, Ericksonienne et EMDR au CHTIP Collège d'Hypnose et Thérapies Intégratives de Paris dont il est le Président Fondateur.
Chargé d'enseignement dans les hôpitaux de l'AP-HP. Conférencier au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.

Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Paris 11.
Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves sur internet ...En savoir plus sur cet auteur

Revue Hypnose & Thérapies Brèves 47

samedi 23 juin 2018 - 15:13
Hypnose & Thérapies Brèves: Revue 47 Novembre, Décembre 2017, Janvier 2018 En automne. L'Edito de Sophie Cohen
C’est l’automne et nous nous retrouvons avec les joies de cette saison. Déguster des champignons, s’installer à côté d’un feu de cheminée, être avec un(e) ami(e), apprécier les journées de l’été indien, flâner dans les bois, regarder un film, aller voir une exposition, écouter ici et là un conférencier… lire la Revue, celle-ci, une autre, tout est possible !


Notes de lecture. Sophie Cohen
Manuel d’hypnothérapie digestive, Philippe de Saussure. Ce petit ouvrage est un véritable outil pratique lorsque vous accompagnez des patients qui souffrent de troubles fonctionnels digestifs. Spécialiste en gastro-entérologie, en hypnose, Philippe de Saussure partage au cours de ces 100 pages tout ses savoirs et savoir-faire. Il vous propose quelques scripts d’hypnose qu’il utilise lui-même. C’est un ouvrage précieux et complet.
Comment devient-on thérapeute ? Dr Dominique Megglé
Un jour, un professionnel demande à Erickson : « D’accord, ce que vous faites, ça marche, mais tous ces trucs invraisemblables que vous demandez à vos patients de faire, est-ce que c’est encore de la psychothérapie, est-ce que c’est une authentique activité de soins ? » Erickson lui répond : « Oui, mais personne n’est absolument obligé de le savoir, ni le patient ni le thérapeute. »
Le corps : guide et mémoire. Mady Faucoup Gatineau
Avec * l’HTSMA, j’ai trouvé une manière vivante de travailler qui intègre chacun des courants de la Thérapie brève. Ce qui m’a amenée à m’inscrire dans cette pratique, c’est la construction d’un « être ensemble » dans la perspective d’une approche interactionnelle du vivant. A partir de cette base, le thérapeute va mettre en scène ce qui apparaît dans la thérapie, par la triangulation : en externalisant grâce à l’imaginaire partagé (souvenirs, sensations, images sensorielles) la problématique de la relation (à soi, au monde, à l’autre).

*L'HTSMA est une approche intégrative utilisant l'EMDR, l'hypnose ericksonienne, les thérapies brèves orientées solution.
L’hypnose en prison. Dr Pascal Vesproumis
La reconquête de la liberté du corps et de la pensée face aux toxiques. A propos d’hypnose et de réduction des risques... Il n’y a ni lieu ni moments privilégiés pour arrêter de fumer du tabac, du cannabis, pour arrêter de consommer de la cocaïne, de l’héroïne, pour arrêter de boire de l’alcool, pour s’éloigner des amphétamines, du LSD, des champignons hallucinogènes, pour cesser le mésusage médicamenteux.
Note Deuxième Selon François Roustang. Dr Sylvie Le Pelletier-Beaufond
Ainsi fait suite à notre Première Note évoquant l’Harmonie comme socle de la pensée de François Roustang, la notion essentielle de Correspondances. L’être humain n’existe pas, insiste notre auteur, sans son contexte. Plongé dans un tissu constitué d’une multitude de relations entre tous les éléments qui composent son existence, chaque être fait exister ces éléments qui l’entourent tout comme ces derniers le font exister.
Sortir du tunnel de la douleur. Dr Francine Zonens
Lorsque Sophie Cohen m’a proposé de diriger ce dossier thématique, j’ai tout de suite été très intéressée. Montrer la diversité des situations où l’hypnose intervient de façon directe ou indirecte au travers de séances et de la communication thérapeutique est un enjeu majeur pour une professionnelle que je suis qui utilise cette approche depuis plus de dix ans.
Douleur, littérature et ressources hypnotiques. Anita Violon 
« La douleur est infinie, la joie a des limites », Balzac. On dit que les grandes douleurs sont muettes. Rien de plus faux. A l’instar d’autres artistes, les écrivains s’avèrent de fins observateurs et des virtuoses de la transformation. Traité avec une incroyable diversité, le thème de la douleur n’est jamais éculé. En effet, il y a mille façons d’éprouver le lecteur, de le faire frémir d’empathie, de l’entraîner dans un sidérant dépassement de soi, un courage inouï, un détachement surprenant, un remodelage du ressenti.
Regards croisés sur les douleurs de la chute. Patrick Martin et Aurore Burlaud
Les « TAC » comme aide technique à la marche. La chute de la personne âgée représente une thématique majeure de santé publique. C’est la première cause de mortalité accidentelle. Tous les ans, environ 450 000 personnes âgées de plus de 65 ans font une chute (INVS) de gravité immédiate variable : hospitalisation, décompensation des pathologies chroniques, fractures, douleurs, dépression, perte d’autonomie, entrée en institution et décès.
L’hypnose dans les situations d’urgence. Dr Jacques Wrobel 
Les techniques hypnotiques peuvent apporter une aide précieuse en situation d’urgence, que ce soit lors d’une immobilisation, à l’occasion d’une désincarcération ou d’une mise en condition, mais aussi dans certaines situations obstétricales ou lors de soins dentaires. L’induction furtive de l’hypnose peut s’avérer d’une grande utilité chez ces patients douloureux aigus, dont l’anxiété légitime peut intensifier notablement les souffrances.
Algodystrophie et respiration. Jeanne-Marie Jourdren
L’ancrage des pieds. Pour passer le pas, le pied doit ressentir le sol. Le sol répond par une force réactionnelle. Ainsi, le pied peut propulser le corps vers l’avant. Dans de nombreuses techniques énergétiques, on parle de l’importance d’un ancrage corporel pour permettre à l’énergie présente dans le corps de circuler aisément et ainsi laisser le corps en bonne santé.


Livres en bouche. Jeanne-Marie Jourdren
Neuroscience et chamanisme : Les voies de l’illumination, David Perlmutter et Alberto Villoldo. A première vue, ce titre peut prêter à l’étonnement. Dans un deuxième temps, il annonce un livre innovant. En exposant le point commun unissant ces deux disciplines, l’état d’illumination, les auteurs, David Perlmutter, neurologue, et Alberto Villoldo, médecin-anthropologue et chaman, nous révèlent la façon dont chacun peut accéder à cet état particulier, longtemps décrit comme accessible uniquement aux moines, méditants ou chamans de pays lointains.
Hypnose et douleurs neuropathiques. Dr Jean-Pierre Alibeu 
La douleur chronique est toujours multifactorielle, associant une atteinte réelle ou virtuelle des voies de la nociception à des éléments de fragilité qui font le lit de la chronicisation : traumatismes anciens ou récents, pathologies associées, concomitantes. L’importance de l’anamnèse est au premier plan, elle permet de mettre du sens et ainsi de choisir la stratégie thérapeutique où l’hypnose va trouver sa place et son efficacité dans un projet partagé avec le patient.
"Je dois tout contrôler". Dr Stefano Colombo, Revue Hypnose et Thérapies brèves 47
« Bonjour Docteur, je vous appelle pour un rendez-vous ? » « Bonjour Docteur » fait vieux jeu. Je suis jeune, « in », pas coincé. Je pourrais dire : « Salut Doc ! », non, non, cela fait trop copain-copain. « Excusez-moi, Docteur, de vous déranger » Horrible ! C’est du langage du siècle passé. Et en plus, pourquoi m’excuser ?
La voix du thérapeute. Dr Dina Roberts
« Ma voix t’accompagnera », expliquait Milton H. Erickson à ses patients. Mais quelle voix peut au mieux accompagner un patient en hypnose ? Comment faire en sorte qu’elle soit le plus adaptée à ce contexte ? Tant de patients expriment en fin de séance que c’est la voix du thérapeute qui a été la plus importante. Et pourtant, sauriez-vous décrire précisément en quoi elle diffère de la voix habituelle ? Nous sentons bien qu’il y a un changement mais celui-ci est le plus souvent très intuitif.
Les Grands Entretiens: Teresa Robles. Par Dr Gérard Fitoussi
Chère Teresa, merci d’accepter de répondre à ces questions pour notre revue « Hypnose et Thérapies brèves ». J’avais envie de le mener depuis longtemps étant donné la place que tu occupes depuis les débuts dans le monde de l’hypnose notamment au Mexique et au niveau international. Peux-tu nous parler un peu de toi, ta famille et ton parcours professionnel ?
Livres en bouche. Christine Guilloux
La force de la vulnérabilité : Utiliser la résilience pour surmonter l’adversité, Consuelo C. Casula, Satas, collection Le Germe. Pile ou face. Une chose et son contraire. Une chose ou l’autre. Une vulnérabilité ou une force. Une crise et une opportunité. Vent debout. Les ouragans ne se nomment pas tous Irma, José, Maria.
Mise à l’épreuve de la théorie du jeu de rôle. Dr Adrian Chaboche
Chers lecteurs, pour ce numéro nous avons invité un chercheur en neurosciences passionné d’hypnose et de musique. Avant de le laisser nous inviter dans un fabuleux voyage dans le cerveau (attention, accrochez-vous !), Cédric peux-tu te présenter ?
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Laurence ADJADJ
Hypnothérapeute, Thérapie EMDR, Thérapies Brèves, Psychologue.
Formatrice en Hypnose Ericksonienne, EMDR, Thérapies Brèves Orientées Solution à l’Institut Hypnotim de Marseille, dont elle est Présidente Fondatrice.
Exerce dans le Cabinet d'Hypnose, Thérapies Brèves et EMDR de Marseille 13006
Conférencière au sein des congrès de la CFHTB, Confédération Francophone d'Hypnose et Thérapies Brèves.
Rédactrice web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves… En savoir plus sur cette rédactrice



Revue Hypnose & Thérapies Brèves 46

samedi 23 juin 2018 - 15:02
Hypnose & Thérapies Brèves, revue N 46 Août, Septembre Octobre 2017 Le carnet de bord : un outil pour provoquer le changement ?
Où le patient-capitaine note ses étapes, les changements. Jusqu’à notre prochaine rencontre, je vais vous demander de vous munir d’un petit carnet, que vous devrez garder sur vous en permanence, où que vous soyez. A chaque fois que votre problème commencera à se manifester, vous sortirez immédiatement votre carnet et vous noterez tout ce qui se passe, en suivant scrupuleusement les instructions qui y figurent, dans les moindres détails.
Soin de la dépression. La Maison du MOI. Carlos Manuel P. Castro
L’auteur présente son travail avec les personnes déprimées et la façon dont il combine des tâches de différentes natures : reprise de contacts sociaux, du mouvement, ouverture aux parfums. Il partage ici le script qu’il utilise souvent dans la phase initiale de son travail avec les personnes déprimées.
Hypnose: Au service de nos grands aînés. Dr Marie Floccia et Fabienne Bidalon
Partir au bal ? Pourquoi pas ? L’hypnose, définie par Milton Erickson comme « une relation pleine de vie qui a lieu dans une personne et qui est suscitée par la chaleur d’une autre personne », a toute sa place auprès de la population âgée. En effet, le quotidien de la médecine gériatrique est grevé de polymédication et d’iatrogénie poussant le soignant à chercher des solutions non médicamenteuses mais aussi des solutions plus humaines et moins techniques.
Une Note. Selon François Roustang. Sylvie Le Pelletier
Une Note, c’est ainsi que ce billet sera nommé. Une note, comme une note de musique ; la musique, essentielle à François Roustang, porte les silences et les mesures, les harmonies et les dysharmonies, telle, aime-t-il à citer après d’autres, la « musique des astres ».  L’harmonie avant toutes choses. En effet, c’est ici la première note qui ouvre au travail de François Roustang.
En cancérologie. Dr Lauriane Bordenave
Cancérologie, Oncologie : je ne sais pas vraiment quel mot utiliser. Dans Cancer, on entend Hippocrate qui compare la maladie à une bête rampante comme le crabe ou le chancre. Dans Oncologie, on entend quelque chose d’un peu plus neutre, d’un peu moins maléfique, la science des tumeurs. Dans l’un comme dans l’autre, se dessine quelque chose d’innommable qui grossit dans le corps et met la vie en danger de manière indicible.
Écouter les mots. Anne-Sophie Bounié
Lorsque les patients suivis en oncologie parlent du cancer, des traitements et de leurs effets secondaires, ils utilisent souvent les mêmes expressions. Plus que de simples tournures de phrase, elles renseignent l’hypnothérapeute sur les représentations du patient et sur les efforts d’adaptation qu’il déploie pour faire face à l’intrusion du cancer, de ses traitements et de leurs effets indésirables dans sa vie.
Cancer, stress et hypnothérapie. Dr Fabrice Lakdja
Comment vivre avec la vulnérabilité et la fragilité engendrées par l’épreuve du cancer ?  Darwin prétendait-il avec raison que les espèces qui survivront ne seront ni les plus fortes ni les plus intelligentes mais celles qui sauront s’adapter ? Le contexte de la maladie oncologique ne correspond-il pas à une situation particulière pour laquelle l’adaptation est nécessaire pour s’assurer la meilleure qualité de vie possible voire la survie ?
Hypnose et anesthésie : « Dormez, je le veux ? ». Dr Aurore Marcou
Bouleversement des repères, séisme personnel, familial et social, le cancer est une épreuve de vie. Une épreuve qui nous fait percevoir notre vulnérabilité, notre finitude, de plein fouet. Comment pouvons-nous aider, nous, soignants de passage, sur un tel chemin ? Quelle légitimité avons-nous, nous qui sommes souvent naïfs de toute épreuve ? Comment prendre soin de l’autre dans son entier quand nous n’avons appris qu’à ausculter les corps ?
Un abandon. Par Vanessa C., une patiente
Je vis l’hypnose comme un abandon. Un abandon de moi, un abandon de la maladie, un abandon total. Durant ces quelques minutes précieuses pendant lesquelles je suis dans cet état second, je ressens un véritable relâchement du corps et de l’esprit. Pour ce faire, il faut à mon sens deux composantes essentielles. La première étant bien évidemment d’être réceptif à cette pratique. Ce qui n’est pas forcément évident pour tout le monde.
« Prenez place ». Dr Stefano Colombo
Avec les chaleurs de l’été, je ne me le fais pas dire deux fois. Je n’ai même pas besoin d’y foncer, je suis déjà à l’entrée de mon marchand de glaces avec toute la patience nécessaire pour supporter avec sérénité la queue qui s’est formée devant son comptoir. Ses glaces sont excellentes, distribuées dans, sur et presqu’autour du cornet. Seule ma langue frémit d’impatience.
Le point de vue de la guérison. Dr Adrian Chaboche
Chers lecteurs, certains patients nous exposent à des situations parfois bien singulières. Si votre souvenir vous porte au précédent numéro, « L’odeur de la guérison » vous aura peut-être surpris, dérangé, ou fait rire. Tout à la fois peut-être aussi. Je vous rappelle que vous pouvez interagir entre chaque numéro en adressant à la rédaction ou à l’adresse mail de votre auteur vos remarques, questions, et, surtout, expériences personnelles que nous pourrons publier.

L’entretien d’explicitation. Dr Dina Roberts
Comment améliorer l’étude de l’hypnose ? Il semble indispensable de développer des recherches qualitatives pour décrire la façon dont les patients vivent la séance d’hypnose. L’entretien d’explicitation pourrait être une aide pour recueillir le vécu subjectif des sujets. L’entretien d’explicitation est éclairant à la fois par ses outils pratiques et par la démarche même qui a guidé son élaboration.
Entretien du Dr Patrick Bellet par le Dr Gérard Fitoussi
Bonjour Patrick, quel a été ton parcours personnel avant que tu ne t’intéresses à l’hypnose ? 
Patrick Bellet : Mon intérêt pour l’hypnose remonte à l’âge de 12-13 ans lorsque, par hasard, j’ai découvert dans la revue Planète à la fois l’existence de l’acupuncture et de l’hypnose. Intéressé par les sciences naturelles en général, cette lecture m’orientera vers des études médicales qui elles-mêmes, d’évidence (!), prendront conjointement la forme de l’acupuncture et de l’hypnose.
Livres en bouche. Dr Julien Betbèze
Yves Gros-Louis, psychologue canadien et Huron-Wendat, nous permet de découvrir le lien entre la sagesse des premiers Indiens d’Amérique et l’approche centrée solution. Chez ce psychologue spécialisé en toxicomanie, la découverte en 1994 de l’approche brève orientée vers les solutions fut un électrochoc. Les rencontres avec ses clients sont devenues très agréables et détendues.
La Corse sous Hypnose. Dr Marc Galy
Les 26 et 27 mai dernier, le 11e Colloque de L’AFEHM a eu lieu en Corse. Premier congrès consacré à l’hypnose dans l’Ile de Beauté. Pour cela, Jean-Marc Benhaeim avait choisi des thèmes centraux : la présence, l’expérience, le silence. Nous étions une centaine de soignants de spécialités et d’orientations diverses. Les temps d’échanges furent nombreux.
Rééducation, douleur, anesthésie. Dr Adrian Chaboche et Dr Lauriane Bordenave
Associer l’hypnose, kinésithérapie et MEOPA (gaz utilisé pour obtenir une sédation légère, courte et sans perte de conscience) améliore significativement la prise en charge du syndrome douloureux régional complexe de type 1 (SDRC, anciennement algoneurodystrophie) de la main et du poignet.
Lettre ouverte à Madame la Ministre des Solidarités et de la Santé
Après un avis défavorable de l’ANDPC sur l’enseignement de l’hypnose aux infirmiers et un nouveau dénigrement de l’hypnose médicale dans un article du Quotidien du Médecin du 30 mai dernier, le Dr Frédérique Honoré, présidente de l’Institut Milton Erickson de Biarritz, a écrit une lettre ouverte à Madame Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé.
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Florent HAMON
Hypnothérapeute, Praticien EMDR, Infirmier anesthésiste à Paris. Chargé de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille et dans les hôpitaux de l’AP-HP.
Consulte au cabinet d’Hypnose, EMDR et Thérapies Brèves de Paris 11.
Rédacteur web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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Revue Hypnose & Thérapies Brèves 45

vendredi 22 juin 2018 - 23:18
Hypnose & Thérapies Brèves: Revue 45 Mai, Juin, Juillet 2017 Edito: Les couleurs de la vie. Sophie Cohen
Ce numéro est sous le signe du vivant, du vital. Tout d’abord grâce à notre artiste : Mario René Madrigal. Ce peintre né au Nicaragua, avant de se révéler au Costa Rica, exprime une continuité entre les temps du précolombien et les temps actuels. Il opère ces liens au travers de la symbolique et les couleurs qu’il utilise.
 
 
Arrêt du tabac: script détaillé d'une séance. Dr Daniel Quin
Je propose quotidiennement des séances de sevrage tabagique en me servant de mon statut assumé de fumeur. J’aime fumer ! Il s’agit dans la structure d’intervention que je souhaite partager avec vous d’une sorte de recette universelle. A vous de l’adapter individuellement à chacun de vos patients et d’en faire « du sur-mesure » comme nous l’ont enseigné Erickson et ses disciples.

Techniques d’hypnoanalgésie. Dr Gilda Pardey Bracho
En neurochirurgie certaines procédures, en particulier de type fonctionnel, méritent des états alternant entre la sédation/analgésie (moments inconfortables et/ou douloureux) et l’état de conscience critique, afin d’évaluer l’efficacité de la procédure chirurgicale : électrode correctement placée, amélioration des symptômes lors de la stimulation corticale ou médullaire, et absence d’effets indésirables lors de la stimulation/résection chirurgicale.
 
Sclérose en plaques: Diminuer la spasticité. Valérie Etchevers
Depuis quelques années je travaille en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), où je pratique l’hypnose dans ma fonction d’infirmière, et je travaille également en cabinet. Il m’est arrivé assez fréquemment de rencontrer des personnes atteintes de sclérose en plaques. La sclérose en plaques, ou SEP, est une affection du système nerveux central. Elle touche le cerveau, le cervelet et la moelle épinière qui ont en commun d’être constitués de cellules spécifiques, les neurones.
Dossier François Roustang: l'Editorial du Dr Jean-Marc Benhaiem
Les grands penseurs sont fascinants. Leurs textes contiennent des ouvertures et des avancées à n’en plus finir. A chaque lecture et relecture, un nouveau concept apparaît. Ils vont à l’essentiel. Ils sont lus par une multitude qui y trouve son compte. L’écriture est précise. Chaque mot est pesé, choisi. Les textes et ouvrages de François Roustang sont de cette veine. "François a enseigné, a beaucoup écrit, fut beaucoup lu, mais se sentait peu compris", nous rappelle Gaston Brosseau depuis Montréal.
Roustang, l’homme libre. Guillaume Delannoy
C’est une amie qui m’a fait découvrir François Roustang. A une époque de sa vie où elle allait très mal, elle avait acheté La fin de la plainte, un livre destiné à un large public, mais aussi adressé aux professionnels de la relation d’aide, raison qui avait certainement guidé le choix de cette intellectuelle qui cherchait des pistes pour sortir de sa souffrance, mais qui n’aurait jamais, au grand jamais, daigné acheter ou même feuilleter un livre de développement personnel.
« De l’insoutenable légèreté de l’être ». Sylvie Le Pelletier-Beaufond
« De l’insoutenable légèreté de l’être » : c’est en ces mots que François Roustang évoque lors d’un de nos derniers entretiens, à l’aube de ses derniers jours en guise peut-être de clôture de son œuvre, l’essence de la vie qu’il nous invite inlassablement à contacter, dans une forme de présence au monde libre, intense, fluide. François Roustang sans relâche incite, propose, impose même de s’installer dans la vie telle qu’elle est, dans cette « légèreté de l’être, insoutenable parfois ».
Dans les blocs opératoires. Dr Marc Galy 
En octobre 1995 François Roustang donne une conférence à la Fondation Ling de Lausanne : « Pourquoi notre culture se méfie-t-elle de l’hypnose ? ». Cette conférence est publiée dans Feuilles oubliées, feuilles retrouvées en mai 2014 par Payot. Dans ce texte, il souligne que « notre époque accueille relativement volontiers l’hypnose lorsqu’elle est capable de produire des effets d’anesthésie ou d’analgésie, c’est-à-dire lorsqu’elle nous coupe des stimuli afférents qui pourraient être cause de douleur… ».
Faire vivre avec, jusqu’au bout ! Prolonger le geste de François Roustang. Dr Eric Bonvin
Après avoir exploré durant de nombreuses décennies l’expérience de vivre en ce monde avec les êtres vivants, permis à ceux qui en souffrent de la vivre mieux, évité d’échouer sur les écueils mortifères de la modernité, François Roustang a, tout au long de son cheminement, laissé de précieux indices sur l’expérience de vivre. Son parcours l’a conduit dans tous les domaines où elle peut être explorée, comme dans l’institution spirituelle religieuse, la psychologie, la psychanalyse, la philosophie puis l’hypnose thérapeutique.
François Roustang : le début d’une aventure. Dr Julien Betbèze
Le début des années 1980 a été marqué par l’arrivée sur la scène thérapeutique de l’importance de l’œuvre de Milton Erickson, avec la publication en 1984 en français du livre de Jay Haley, Un thérapeute hors du commun. L’entrée de l’hypnose thérapeutique en France a été facilitée par les formations mises en place par Jean Godin et Jacques-Antoine Malarewicz. Mais si l’hypnose thérapeutique a pu être accueillie comme une pratique et également comme une pensée, elle le doit au travail théorique effectué par François Roustang depuis la publication de Suggestion au long cours en 1984.
« Jamais contre d’abord ». Dr Stefano Colombo
Je me suis bien préparé pour cette marche à la montagne. Je le sens. J’avance à un rythme régulier. La première partie est une étape d’exploration : un nouveau paysage, des repères à fixer, une évaluation de la difficulté, le choix du bon chemin. Peu à peu, le terrain devient plus irrégulier, la pente commence à se faire sentir. Pendant cette deuxième étape, nous marchons en file indienne à une cadence qui convient à chacun du groupe. Nous avons, au fond, presque le même entraînement.
Le vent dans le dos. Dr Véronique Bonnet
Bonne nouvelle, ça pousse le facteur... « Le vent dans le dos » : l’expression est lancée dans la discussion, elle se pose sur la table. Il amène des lettres du bout du monde. Au fait, de quel bout s’agit-il ? C’est un restaurant « branchouille » où se rassemblent les amis, dans une ambiance qui éveille le regard. Du monde peuplé d’amis, de chaleur et de lumière. Ah, comme c’est bon dans le corps ces lettres... lire ces mots adressés.
La guérison n’a pas d’odeur. Dr Adrian Chaboche
Chers lecteurs, continuons notre exploration. Certains patients nous surprennent, parfois nous tourmentent, et même nous heurtent. Nous nous efforçons alors de parler d’empathie. Selon Carl Rogers : « Etre empathique, c’est percevoir le cadre de référence interne d’autrui aussi précisément que possible et avec les composants émotionnels et les significations qui lui appartiennent comme si l’on était cette personne, mais sans jamais perdre de vue la condition du “comme si” ».
Méditation Vipassana. Dr Dina Roberts
Les liens entre la méditation et l’hypnose suscitent beaucoup de questionnements. Je n’avais aucune pratique méditative lorsque j’ai décidé d’aller en faire l’expérience, en immersion, lors d’une retraite de dix jours pendant laquelle j’ai pratiqué la méditation Vipassana. Cette technique, également décrite comme un « art de vivre », propose d’apprendre à « voir la réalité telle qu’elle est » en passant par une exploration de soi fondée sur l’observation des sensations physiques.
Entretien avec Joyce Mills. Par Gérard Fitoussi
Pouvez-vous nous parler de votre parcours personnel ? Joyce Mills : Enfant, je racontais déjà des histoires. Mon fils aîné fut atteint de paralysie cérébrale, ce qui m’a conduit à m’intéresser à un programme pour les enfants dans sa condition. J’obtins mon doctorat en 1982 et en 1992 nous avons déménagé à Hawaii. Dix jours après notre arrivée, l’île fut touchée par un ouragan, le pire désastre naturel de cette région au XXe siècle. Cet événement a changé ma vie et mon travail.
Le gorille invisible. Quand nos intuitions nous jouent des tours
Notes de lectures par Christine Guilloux. Vous souvenez-vous d’avoir vu passer le gorille ? Ou vous est-il passé sous le nez sans que vous n’y preniez garde ? Vous riez jaune. Votre attention a été détournée, absorbée par une tâche et vous n’avez eu d’yeux que pour la tâche qui vous était assignée. Rappelez-vous, vous assistiez, sur une vidéo, à un jeu de basket entre deux équipes, l’une habillée en tee-shirts blancs, l’autre en tee-shirts noirs, et vous aviez à compter le nombre de passes entre les joueurs de l’équipe des blancs.

La psychothérapie des obsessionnels compulsifs. Claude Michel
Notes de lectures par Gérard Fitoussi. Dans un des ouvrages de références de l’hypnose, « Hypnotic suggestions and metaphors » de D. Corydon Hammond, où sont répertoriées nombre de propositions concernant l’utilisation de l’hypnose dans une variété de troubles, y compris les troubles anxieux, on ne trouve cependant pas de référence à l’utilisation de l’hypnose dans les TOC, pas plus que dans, par exemple, le « Oxford Handbook of Hypnosis ».
L'Hypnose à l’Académie nationale de médecine? Dr Lauriane Bordenave
Entretien avec Jean-Marc Benhaiem. Audition de l’Académie nationale de médecine. Lauriane Bordenave : Bonjour Jean-Marc, tu as été auditionné par l’Académie nationale de médecine (ANM) en janvier de cette année au sujet de l’hypnose. Pour quelles raisons ? Jean-Marc Benhaiem : en mars 2013, l’Académie nationale de médecine publie un rapport et des recommandations sur les médecines complémentaires.
Soyons le messager de notre message. Dr Régis Dumas
Humilité, transmission et partage d’expérience. Petites réflexions à l’intention des futurs congressistes. Le 10 mai 2017 va s’ouvrir en terre volcanique, à Clermont Ferrand, le 10e Forum de la CFHTB : notre terre d’Auvergne et ses volcans montent tranquillement en température... Cette manifestation exceptionnelle, une fois tous les deux ans, va réunir les 35 branches du bel arbre que constitue la Confédération Francophone Hypnose et Thérapies Brèves.
 
 
 
Le mois dernier : Hypnose et anorexie
Hypnose et neurochirurgie
Formation Hypnose et mouvement
Dominique Megglé
L'Hypnose, ça marche vraiment ?


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Florent HAMON
Hypnothérapeute, Praticien EMDR, Infirmier anesthésiste à Paris. Chargé de Formation au CHTIP à Paris, à l’Institut Hypnotim à Marseille et dans les hôpitaux de l’AP-HP.
Consulte au cabinet d’Hypnose, EMDR et Thérapies Brèves de Paris 11.
Rédacteur web de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.
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